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Frédéric Worms

La parole en état d'urgence.

32 min
À retrouver dans l'émission

Marc-Alain Ouaknin reçoit le philosophe Frédéric Worms.

Frédéric Worms
Frédéric Worms Crédits : D.R. - Maxppp

Au premier siècle de notre ère, Dans un contexte de catastrophe imminente, la chute du temple autrement dit la disparition même de sa civilisation, rabbi Yohanan ben Zakaï, un des grands maîtres du judaïsme, se vit accorder une faveur exceptionnelle par l’empereur romain Vespasien : il pouvait faire la requête de son choix, sans discussion elle lui serait accordée ; contre toute attente, le maitre demanda l’autorisation de construire une école !

Une école contre la destruction ? la demande peut sembler incongrue ou irresponsable !

Et pourtant on sait le devenir de cette confiance dans l’étude : une civilisation fut sauvée et avec elle une certaine idée de l’humain dont, comme le souligne Levinas, la portée est universelle L’aspect essentiel de cette mutation culturelle, il faut sans doute dire révolution, fut de prendre conscience que le livre, la lecture et l’interprétation sont plus forts que le glaive et que c’est par la culture de l’étude, par la relecture et les commentaires, par l’esprit critique que l’on développe ainsi, que l’homme et la société ont une possibilité de grandir et d’atteindre leur maturité.

Kafka  l’exprimait en une formule saisissante : « ma patrie : le texte »,   

Et le 11 novembre 1848, Victor Hugo  prononça à l’Assemblée Nationale, ce discours :

« Il importe, messieurs, de remédier au mal, il faut redresser, pour ainsi dire, l’esprit de l’homme ; il faut, et c'est à la grande mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers Dieu, vers la conscience, vers le beau, vers le juste et le vrai, vers le désintéressé et le grand. C'est là ; et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent la paix de l'homme avec la société. Pour arriver à ce but, messieurs, que faudrait-il faire ? Précisément tout le contraire de ce qu'ont fait les précédents gouvernements ; précisément tout le contraire de ce que vous propose votre comité des finances. Outre l'enseignement religieux, qui tient le premier rang parmi les institutions libérales, il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies ; il faudrait multiplier les maisons d'études, pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes ; tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, où l’on s'instruit, où l’on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot ; il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd. »

Peut-être avions- nous cessé d’y croire tout à fait. Nous ne pensions plus avec lui qu’« une école fermait une prison » ou du moins avions nous de bonnes raisons d’en douter…

Mais aujourd’hui, tous les yeux et les espoirs se tournent de nouveau vers l’école, malgré les reproches qui lui sont adressés, plus que jamais pressentie comme un rempart infaillible au délitement de la société et à la folie du monde. Et l’école peut en effet être encore le lieu d’où s’élève la pensée, où se déjoue les certitudes et se réaffirment les repères.

J’en fait l’expérience depuis 15 ans en intervenant régulièrement dans un lycée que l’on dit « de banlieue » : le Lycée des métiers Camille Claudel de Mantes-la-Ville. C’est pour cette raison, qu’avec l’accord de Sandrine Treiner, directrice de France Culture et de Laurent Bonsergent Proviseur de cet établissement,  j’ai proposé en septembre dernier à la Classe de BTS MUC , de construire une émission de Talmudiques autour de la commémoration du 11 janvier.

Nous avons inauguré ce travail le 9 décembre, journée nationale de la laïcité, endeuillée par les attentats du 13 novembre. Extrêmement éprouvés, ces étudiants se sont mobilisés pour mener à bien ce travail jusqu’à ce jour.

« J’affirme l’importance de lutter rapidement :il faut s’unir pour montrer la force de la réflexion et renforcer l’idée d’unité » écrit l’un d’eux ; tous se disent meurtris et se sentent de plus en plus désemparés.

Particulièrement interpellés par un texte de Frédéric Worms  publié dans Libération  le 4 décembre 2015, intitulé : y aura-t-il un 11 janvier après le 13 novembre ? » , ils m’ont proposé de réfléchir à "la parole en état d’urgence" .

Dans cet article, Frédéric Worms  traduit concrètement les idées qu’il défend au fil de ses chroniques dans ce journal depuis janvier 2015 : il suggère l’institution d’une journée nationale de la discussion critique : en quoi l’échange intellectuel peut-il être garant de la cohésion nationale ? Comment, dans quelles conditions, avec qui et selon quelles règles est-il possible d’imaginer une telle journée ? Pour quels bénéfices réels ? La discussion critique peut-elle faire le poids contre le terrorisme et le danger qui nous menace ?

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The Beatles, Revolution.

Textes cités*

Victor Hugo, Discours du 11 novembre 1848.

  • Ludwig Wittgenstein, Aphorismes.
  • Daniel Mendelsohn, Les disparus.

L'invité 

Frédéric Worms est professeur de philosophie à l'Ecole normale supérieure, où il dirige le Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine, et membre du Comité consultatif national d'éthique. Un des plus grands spécialistes contemporains de la pensée de Bergson, dont il est co-auteur d'une biographie avec Philippe Soulez (2002).

Livres de l'invité

(Livres récents)

  • Bergson ou Les deux sens de la vie  : étude inédite, Paris, PUF, 2004, coll. "Quadrige"
  • Le moment du soin. À quoi tenons-nous ?  Paris, PUF, 2010.
  • Revivre, Éprouver nos blessures et nos ressources , Paris, Flammarion, 2012, réédition 2015.
  • La vie qui unit et qui sépare, Paris, Payot, 2013, coll. "Manuels".
  • Penser à quelqu'un , Flammarion, 2014.

Penser à quelqu'un. Édition Flammarion, 2014.

"Penser à quelqu’un. Nous savons tous qu’il ne s’agit pas là d’une pensée comme les autres. Cela évoque aussitôt les expériences les plus intenses. L’amour. La perte. La jalousie. L’admiration. Ce livre nous explique pourquoi. Il nous montre que ces pensées sont premières. Conditions de toutes les autres pensées. Toutes les pensées renvoient aux relations, à ceux à qui nous pensons, mais aussi à ceux qui pensent à nous. Elles peuvent nous créer, mais aussi nous détruire. Elles traversent la culture, la morale, la politique, sources de manipulations mais aussi de résistances. Elles nous font comprendre de façon nouvelle notre pensée, et notre vie." • [Présentation de l'éditeur, extrait]

Bibliographie

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