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Rabbin Pauline Bebe

Le don d'un coeur intelligent 1/2 A l'épreuve du quotidien

33 min
À retrouver dans l'émission

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Rabbin Pauline Bebe
Rabbin Pauline Bebe Crédits : DR - Radio France

Un célèbre kabbaliste, Rabbi Abraham Cohen Herrera, dans son livre Le portail des cieux, proposa un jour une petite fable pour expliquer ce que Rabbi Isaac Louria appelait dans son système « le monde des points » : _‘olam haneqoudim_. 

Un monde de points isolés où chacun vit seul, sans relation avec qui que ce soit, ni dans l’action ni dans la parole. Un monde où l’on ne peut que recevoir des ordres, sans pouvoir répondre, ni donner son avis. Seulement avancer dans le même sens avec tout le monde, ne voyant que la nuque de ceux qui précèdent.

Véritable « tyrannie des nuques » dans laquelle dit Freud parlant de la foule « on observe le miracle de la disparition complète, quoique peut-être passagère, de toute particularité individuelle ».

Ce monde des points, par un mouvement de retournement faisant naître le face à face, peut se transformer, en une constellation appelée « visage », _partsouf_, dans la terminologie de Rabbi Isaac Louria. Passage de la « tyrannie des nuques » à la « démocratie des visages », où l’échange, la parole et le dialogue en sont la dynamique fondamentale, où s’exprime une attention subtile aux autres hommes « jusqu’aux larmes qu’un fonctionnaire ne peut pas voir… » selon une expression poignante de Lévinas. 

Démocratie des visages qui n’est pas l’anonymat de la masse, mais face à face où la parole n’est pas un « énoncé » mais un appel. L’Autre, parce qu’il est appelé, nommé, entre dans la sphère du respect et de la dignité. Il est celui à qui je parle, c'est-à-dire lui-même appelé à la parole, sa parole.

Appelé ainsi à répondre, il entre dans la responsabilité.

Mais la parole de chacun, même fondée en liberté, n’est jamais l’expression d’une pensée et d’une parole ex-nihilo, car toute pensée, même la plus originale s’inscrit dans une tradition, ne serait-ce que par les mots utilisés pour l’énoncer. 

Tradition qui est enseignement, relation de maître à disciple, ou texte, offert à la lecture et l’interprétation.

Enseignement qui défait l’homme de l’illusion de déjà savoir, de déjà comprendre de déjà saisir le monde et les autres, enseignement qui est humilité et refus de l’immédiateté de l’instinct. Mise à distance critique par le temps de l’étude et de la lecture qui est sagesse où s’allie la raison et le cœur, ce qu’évoque la belle prière que Salomon adressa à Dieu dans le chapitre 3 du premier livre des Rois :

« Veuille donc donner à ton serviteur un cœur qui entend, capable de juger ton peuple et de discerner le bien et le mal. 

Et Dieu répondit : 

Parce que tu m’as adressé cette demande parce que tu n’as demandé ni une longue vie, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis mais l’intelligence pour exercer la justice je vais réaliser ton souhait : je te donne un cœur intelligent et compréhensif, si bien que tu n’auras pas d’égal avant toi et n’en n’auras point après toi. »

L'invitée

Pauline Bebe  a  suivi ses études rabbiniques au Léo Baeck Collège de Londres de 1985 et  1990 et a été ordonnée à la  synagogue de West London.  

Elle est devenue  en 1990 la première femme rabbin de France et  d’Europe continentale  après la guerre, s'inscrivant ainsi dans une  lignée de pionnières.  

Avant  elle, Rabbinerin Régina Jonas, ordonnée en 1938 à Berlin par son professeur de Talmud, avait enseigné à Thérésienstadt et avait été déportée à Auschwitz. Sally Priesand était devenue en 1972 la première femme rabbin aux États-Unis et Jacqueline Tabick la première à Londres en 1975. 

Pauline Bebe est aujourd'hui rabbin de la Communauté Juive Libérale d'Ile de France  :  Centre Maayan.

http://www.cjl-paris.org/notre-rabbin/notre-rabbin-liberal-pauline-bebe

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Le livre de l'invitée

"Dans ce nouveau recueil de textes, ,, le Rabbin Pauline Bebe, première femme rabbin de  France, poursuit l'écriture de brèves chroniques qu'elle appelle des  "vignettes", inspirées d'expériences vécues au quotidien. 

Selon sa  propre définition : "des perles de spiritualité sont cachées dans le  quotidien, le creux d'une épaule, l'échange d'un regard plein d'amour,  un papier froissé par le temps". Le reste s'écrit, se dit et se rêve par  l'inspiration délicate d'un cœur au bout des doigts qui donne le titre  de cet ouvrage.

Pauline Bebe en appelle aussi à la poésie, un papillon  vient y conter ses voyages, un brin d'herbe y chante, etc. Ces cinquante  textes sont comme des étincelles qui éclairent notre chemin, des notes  de musique posées sur la partition de la vie."( Présentation de l'éditeur)

Le coeur au bout des doigts
Le coeur au bout des doigts Crédits : Actes Sud - Radio France
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