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Méir M. Bar-Asher

Le judaïsme et le Coran: quel rapport ?

32 min
À retrouver dans l'émission

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Méir M. Bar-Asher
Méir M. Bar-Asher Crédits : DR - Radio France

Il y a une vingtaine d’années, l’année qui précéda le 11 septembre, je fus invité dans un lycée de Mantes-la-Ville pour parler de l'enseignement de la littérature à une classe de jeunes filles dont la plupart étaient à la fois issues de l’émigration et de confession musulmane. Ce sont les élèves elles-mêmes qui avaient choisi de m’inviter après la lecture de l'un de mes ouvrages, Bibliothérapie, si mes souvenirs sont bons. 

Je sus par la suite que cette invitation n’était pas allée de soi, et qu’un débat s’était engagé dans la classe entre une élève et une autre : « Quoi tu vas inviter un feuj !  Toi ! » disait l’une, effarée, étonnée et presque en colère. Et l’autre de répondre, c’était la fille d’un imam : « Oui c’est un philosophe et un rabbin il a beaucoup de choses à nous apprendre ! »

Je crois que je n’avais pas mesuré à quel point le judaïsme et les juifs et les rabbins, étaient pour elles des points de crispation, de mise à distance, voire d’un rejet profond, sans doute plus inconscient que conscient, mais tout à fait réel.

Quelques années plus tard, en 2005, j'accompagnais , avec Rachid Benzine, une autre classe de ce lycée au Premier congrès imams rabbins pour la paix, organisé par Alain Michel et la Fondation Hommes de Parole

Elles écoutèrent, questionnèrent, dansèrent avec la rabbins qui dansaient et chantaient avec les imams, découvrirent le soufisme avec des soufis qui venaient de Jérusalem et dont elles s’étonnèrent qu’ils parlaient aussi bien l’hébreu que l’arabe et revinrent dans leur lycée et leurs quartiers avec une âme nouvelle, ambassadrices du fait, qu’« impossible » n’est pas un mot définitif, et décidèrent de transmettre et de faire connaître leur expérience.

Dès la séance d’ouverture de ce congrès elles lurent  en séance plénière un appel avaient qu’elles et qu’elles adressaient aux centaines d’Imams et de rabbins qui allaient débattre pendant plusieurs jours, dont les dernières phrases résonnent encore dans ma mémoire :

« Nous avons confiance que ces textes, fondateurs de vos religions mais aussi patrimoine précieux de l'humanité, peuvent transmettre la vie dans toute sa complexité.

Nous avons confiance que, lus et enseignés par des hommes et des femmes responsables, ils peuvent permettre de reconnaître et d'accepter les différences comme des richesses possibles et non comme des dangers certains.

Nous vous demandons ainsi de veiller à préserver l'intégrité morale et physique de tout être humain en garantissant une interprétation juste des textes dont vous êtes dépositaires.

Nous vous demandons de ce fait, de délivrer sans ambiguïté des enseignements conformes à cette justesse, pour que ces textes fassent entendre avec vous, qui avez savoir et autorité, leurs paroles de sagesse et de paix. »

Ce début de XXIe siècle n’a pas démenti l’urgence de s’interroger avec sérieux le contenu potentiellement porteur de violence des textes fondateurs et la responsabilité de celles et ceux qui en orientent la lecture.

Les deux rencontres que je viens d’évoquer témoignent que les préjugés peuvent se dépasser, que l’éducation reçue à la maison ou au sein d’une communauté peut être infléchie par l’étude, la rencontre et la bonne volonté. 

L'invité

Meir M. Bar-Asher est directeur du Département de Langues et Littératures arabes à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Il a également dirigé l’institut d’Études asiatiques et africaines de l’Université hébraïque de Jérusalem (2004-2006) et l’institut Ben-Zvi pour l’étude des communautés juives orientales et présidé le Comité professionnel pour l’enseignement de l’arabe du ministère israélien de l’Éducation (2011-2012). 

Son champ de recherches couvre le shi‘isme (y compris la religion nusayrite-‘alawite), l'exégèse du Coran et les affinités religieuses entre le judaïsme et l'islam. Il est Auteur de très nombreux articles importants et de plusieurs livres très remarqués. Son dernière ouvrage : Les juifs dans le Coran, aux éditions Albin Michel, 2019.

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Le livre de l'invité

Les juifs dans le Coran

Éditions Albin Michel

Préface de Mohammad Ali Amir Moezzi 

Présentation de l'éditeur     

"Le Coran est-il antisémite ? L'islam véhicule-t-il une « haine du  Juif » qui le rend incompatible avec les valeurs occidentales ? 

Le  regard de l'islamologue est indispensable pour dépassionner le débat et  sortir des jugements à l'emporte-pièce. Sans rien masquer des aspects  les plus problématiques, le grand savant Meïr M. Bar-Asher fait le point  sur ce dossier brûlant. 

Il passe en revue l'image des « fils d'Israël »  et des « Juifs » dans le Coran et le Hadîth, ainsi que les bases  coraniques du statut de dhimmi. IL s'attarde également sur l'apport  extraordinaire de la tradition juive à l'exégèse musulmane du Coran,  ainsi que sur les parallèles entre les lois religieuses juive et  musulmane, halakha et sharia

Il montre surtout que la question du  rapport de la tradition islamique à la figure du Juif et au judaïsme est  complexe, et qu'on ne saurait la ramener à la caricature qu'en donnent  tant les prédicateurs islamistes que les islamophobes.

Un ouvrage accessible, essentiel pour comprendre les enjeux de société actuels."

Editions Albin Michel
Editions Albin Michel Crédits : DR - Radio France
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