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Francine Kaufmann

"Le temps de la traduction" 2/2 Un commencement infini

32 min
À retrouver dans l'émission

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Francine Kaufmann
Francine Kaufmann Crédits : DR - Radio France

J'aime cette période de l'année, qui après les fêtes de la nouvelle année, de Kippour et de Soukkot, est le temps de l'inauguration d'un nouveau commencement de la lecture du rouleau de la Tora.

Chaque année, alors que les feuilles d'automne commencent à prendre des couleurs de feu et à illuminer les forêts et les campagnes, les feuilles du livre répondent à cet incendie joyeux par un autre feu, celui de l'inaugural beréshit, premier mot de la Tora, lu par le midrash comme berit esh, c'est à dire alliance de feu, allusion à l'encre des mots tracés sur le parchemin du rouleau, feu noir sur feu blanc, mots déjà oiseaux, colombe et corbeau, Noé aura retenu la leçon

!

Chaque année le rouleau est relu, en commençant à nouveau au commencement du Livre, En commençant par ce mot énigmatique beréshit, sur lequel, aucun traducteur ne s'est jamais mis d'accord avec un autre, un mot traduit et toujours retraduit, en perpétuelle renaissance et en perpétuel questionnement. Un mot, dit Rachi, qui nous appelle et nous dit darchéni, « Interprète moi » c'est à dire traduis-moi et en même temps ne me traduis pas ! Approche qui n'est pas prise ni emprise, caresse aurait dit Levinas I

Mystère des premières phrases qui inaugurent tous les livres.

Qu'en est-il de ce Beréchit, de cet incipit du texte biblique. Comment le comprendre, comment le traduire ? peut-on le traduire ? Comment comprendre la première phrase de la Tora qui en hébreu fait entendre Béréchit bara élohim èt hachamayim veèt haarèts ? Quelle philosophie cache-t-elle ? Quelle métaphysique ? Quelle poétique. Que dit-elle de différent de la première phrase du Yi-king ou d'Hésiode si on venait à les comparer comme le fait par exemple François Jullien dans un beau petit livre, petit mais profond qui s'intitule « Entrer dans une pensée ou des possibles de l'esprit. »

La langue de la Bible, dans son originale hébraïque, est une langue à la fois simple et complexe porteuse de toute une philosophie au cœur même des mots.

De siècle en siècle les traducteurs se sont frottés à ce texte essayant d'en rendre au plus près le sens sans en perdre la forme. 

Parfois privilégiant la forme hébraïque, parfois préférant le sens et le style de la langue d'arrivée. 

Parfois choisissant un équilibre fragile entre les deux. Comme dit Luther cité par Rosenzweig, cité par Berman : « Parfois j'ai gardé rigidement les mots, parfois conservé seulement le sens ! ».

L'invité

Francine Kaufmann est chercheuse et essayiste   (littérature de la Shoah, traduction juive et biblique, traduction pour   les média), interprète de conférence et traductrice de poésie. Docteur  ès lettres (1976), titulaire d’une maîtrise de théâtre (1968), du  diplôme supérieur d’hébreu de L’École des Langues Orientales (1968) et d’un diplôme de l’Institut de Communication Publique de l’Université de  Boston  (1984), elle a été assistante de langue et de littérature  hébraïques à  Paris III de 1969 à 1974, ainsi qu’à l’INALCO et à  l’Université de  Vincennes avant de s’installer à Jérusalem en 1974.   

Professeur émérite de l’Université Bar Ilan, en Israël, elle a enseigné de 1974 à 2011, au Département de traduction, d’interprétation   et de traductologie, qu’elle a dirigé à deux reprises. 

Transition musicale

Bibliographie de l'invitée

Elle est l’auteur d’une centaine d’essais universitaires et   d’articles d’encyclopédies, d’un livre sur l’œuvre d’André  Schwarz-Bart :  « Pour relire Le dernier des Justes. Réflexions sur la Shoa » (Librairie des Méridiens-Klincksieck, 1986 ; 2ème édition 1987), d’anthologies de poésie hébraïque (notamment Le Chant Ininterrompu - Anthologie de la poésie d’Israël,   1984, Jérusalem, Publications de l’OSM) et elle a rédigé le chapitre   « Littérature hébraïque » de l’anthologie d’Emmanuel Haymann éd., Pages juives (2008, Armand Colin).  Elle a collaboré à un Dictionnaire des religions (éd. du CAL, Paris, 1972, et Marabout Université, 1974), à l’Encyclorama d’Israël  (Paris, Israël et New-York 1986), à un ouvrage collectif sur Les traducteurs dans l’histoire (Unesco, Université d’Ottawa et John Benjamins 1995).  

Elle a dirigé un numéro spécial de la revue META 43:1 (Université de Montréal) sur La traduction et l’interprétation en Israël  (1998) et rédigé le chapitre « Traduction juive » dans un ouvrage  collectif sur la traduction en France au XIXe siècle, aux éditions  Verdier. Ainsi que l'article sur les traducyions de la Bible dans Le Dictionnaire du Judaïsme de 1944 à nos jours (sous la direction de Jean Leselbaum & Antoine Spire) aux éditions Armand Colin/ Le bord de l'eau, 2013. 

Interprète de conférence (membre A.I.I.C.), elle est l’interprète d’hébreu en français dans les films de Claude Lanzmann : Shoah and Sobibor. Elle a longtemps été réalisatrice de télévision et de radio (La Source de Vie, Kol Israël, RCJ) et journaliste dans la presse juive. 

De nombreuses de ses conférences sont visibles sur le site Akadem. 

FRancine Kaufmann
FRancine Kaufmann Crédits : DR - Radio France

En lien avec l'émission

Une émission de "Talmudiques" du 14 octobre 2018.

"Le temps de la traduction"  : 1/2 Francine Kaufmann : une vie à traduire    

On pourra aussi lire le bel interview sur le site "Le mot Juste en anglais"

http://www.le-mot-juste-en-anglais.com/2013/04/francine-kaufmann-traductrice-du-mois-davril.html

Une conférence : Hommage à André Chouraqui 

http://www.akadem.org/sommaire/colloques/andre-chouraqui-les-mots-et-l-action/retrouver-l-etymologie-des-textes-saints-06-03-2008-7216_4137.php

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