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Georges-Elia Sarfati

L'héritage éthique du judaïsme

32 min
À retrouver dans l'émission

L'invention du Moussar: une école de sagesse

Georges-Elia Sarfati
Georges-Elia Sarfati Crédits : DR - Radio France

Une rediffusion du 15/10/2017

Le premier verset de la Tora est Beréchit bara élohim èt hachamayim veèt haarèts, que l’on traduit traditionnellement par "Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre". Il existe bien sûr de très nombreuses autres traductions, qui se  doublent de très nombreux commentaires. Celui du Midrach Rabba est très  surprenant. En guise de commentaire il choisit de citer un verset du  livre des proverbes : « j’étais auprès de lui comme un tuteur, jouant  chaque jour, jouant devant lui à chaque instant ». C’est la Sagesse qui  est le sujet de la phrase. La sagesse se présente comme un tuteur,  "pédagogue" dit le texte, introduisant un mot grec dans le texte hébreu. 

Pour le Midrach, la Création du monde c’est la création de chaque  enfant que l’on amène à l’école pour qu’il apprenne, pour qu’il se  forme, et puisse grandir de la meilleure façon possible. Ainsi commencer la Tora par le récit de la Création du monde c’est  nous rappeler à la responsabilité de l’éducation de nos enfants et bien  évidemment de nous-mêmes. Le parallèle entre le monde et l’enfant est intéressant à suivre car  les étapes de la création du monde décrites dans le texte biblique sont  en quelque sortes les étapes de la création de l’enfant, l’évolution de  son esprit, de son intelligence, de sa sensibilité, de la maîtrise de  ses comportements, envers lui-même et envers les autres. 

Au commencement tout est mélange, un grand Tohu-bohu, puis vient  immédiatement la lumière qui permet de distinguer les êtres et les  choses et de structurer le temps, en jours, en semaine, en mois et en  années. L’enfant grandit et apprend ainsi à distinguer « le bien et le  mal », le « bon et le mauvais », l’ « utile et l’inutile », le « beau et  le laid », le « vrai et le faux », le « juste et l'injuste », des  oppositions qui vont s’affiner avec le temps, par l'éducation des  parents, par l’école, la fréquentation des maîtres et des maîtresses,  par les études, la lecture, et un apprentissage concret de la vie en  société. Relations avec les autres qui vont lui faire découvrir aussi le  sens des limites et de la loi, ainsi que le sens du devoir. 

Acquisition d’une sagesse, qui avec le temps, va lui faire lui  permettent de prendre des décisions réfléchies relatives à la conduite  de sa vie, en un mot de découvrir et d’exercer sa liberté. Une liberté  qui ne sera pas que spéculative mais qui se traduira dans l’action par  un art de vivre à la recherche de ce que nous appelons, d’un mot qui  mériterait beaucoup de commentaires : le bonheur. 

Le chemin vers le bonheur n’est pas simple, car l’homme est un  formidable champ de bataille où s’affrontent les désirs et les passions. Si le récit de la Création du monde se relit chaque année en  ouverture du texte de la Tora c’est que grandir, apprendre, se former,  et se transformer est le lot de chaque instant de la vie. Comme dit  Erich Fromm, « Vivre c’est naître à chaque instant ». J’aime cette pensée Maeterlinck que je médite souvent : 

« Si l'être que j'aime le plus au monde venait me demander quel choix  il lui faut faire, et quel est le refuge le plus profond, le plus  inattaquable et le plus doux, je lui dirais d'abriter sa destinée dans  le refuge de l'âme qui s'améliore ». 

A travers les siècles, les philosophes, les théologiens, les poètes,  les éducateurs, les écrivains se sont posés beaucoup de question sur  cette âme qui s’améliore. Ils ont eu conscience que si elle peut  s’améliorer elle peut aussi se détériorer, se perdre, s’oublier,  s’égarer, retrouver son chemin pour s’égarer encore, l’occasion parfois  de belles découvertes et parfois de mauvaises rencontres. Mais toujours  pour la majorité d’entre eux ils ont été portés par cette confiance en  l’humain, qu’il est capable non seulement du bon et du bien mais du  meilleur. 

Pour trouver ce chemin vers le meilleur, les anciens ont proposés des  techniques et exercices spirituels, les philosophes et les théologiens  ont réfléchi sur cette science qui conduit au souverain bien et ont  donné à cette sagesse le nom de « Morale » ou d’« éthique ». Non seulement le judaïsme a participé à cette grande construction  d’une sagesse morale, mais en a été l’un des promoteurs majeur, depuis  les textes bibliques jusqu’à nos jours en passant par le Talmud, des  traités de philosophie et de théologie, des traités spécifiquement  consacrés à ces questions, ainsi que par la création par Rabbi Israël  Salanter, au XIXe siècle, d’un mouvement entièrement centré sur  l’éthique, mouvement appelé tenouat ha moussar.

Rabbi Israel Salanter
Rabbi Israel Salanter Crédits : DR - Radio France

Une longue histoire complexe qu’il est important, voir urgent de  découvrir en ces temps où nous sommes à la recherche des âmes qui  s’améliorent. En ces temps aussi où les sciences et les technologies cherchent non  seulement à améliorer l’homme mais à le réinventer, avec le risque de le  faire disparaître dans un transhumanisme radical. En ces temps de dataïsme comme dit Yuval Noah Harari, où les datas,  les données numériques, construisent des intelligences artificielles qui  questionnent au plus haut point la conscience morale, la liberté et le  bonheur, et remettent en question de très nombreux fondements de ce  qu’est un être humain. 

Pour approfondir l’héritage de l’éthique du judaïsme Marc-Alain  Ouaknin reçoit George-Elia Sarfati à qui l’on doit une trilogie très  importante sur cette question.

L'invité

Georges Elia Sarfati est linguiste, traducteur, philosophe, poète et  psychanalyste existentiel. Il a été professeur titulaire au Département  de Langue et littérature française de l’Université de Tel-Aviv et est  actuellement Directeur de l’école française d’analyse et de thérapie  existentielles (logothérapie) qui s’inscrit dans la lignée et poursuit  l’œuvre de Victor Frankl.

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Livres de l'invité cités dans l’émission.

"La tradition éthique du judaïsme Introduction au Moussar L'ouvrage restitue de l'Antiquité à l'époque contemporaine, les  principales étapes de formation de la sagesse pratique du judaïsme,  soucieuse d'éclairer les "devoirs du cœur" et la problématique du "soin  de l'âme", telle qu'elle s'est aussi fait jour en philosophie. Cette  étude, à la fois historique et intellectuelle, est unique dans la  bibliographie internationale; elle ouvre un domaine de recherche en  grande partie inédit dans l'université et méconnu du grand public. " (Quatrième de couverture"

La tradition éthique du judaïsme
La tradition éthique du judaïsme Crédits : Georges-Elia Sarfati - Radio France

Site de l'invité

http://www.georgeseliasarfati.net/

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