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George Elia Sarfati

L'héritage éthique du judaïsme

32 min
À retrouver dans l'émission

1/2 l'invention du Moussar: une école de sagesse

George Elia Sarfati
George Elia Sarfati Crédits : DR

Le premier verset de la Tora qui a été lu ce samedi à la synagogue commence par la phrase Beréchit bara élohim èt hachamayim veèt haarèts, que l’on traduit traditionnellement par "Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre".

Il existe bien sûr de très nombreuses autres traductions, qui se doublent de très nombreux commentaires. Celui du Midrach Rabba est très surprenant. En guise de commentaire il choisit de citer un verset du livre des proverbes : « j’étais auprès de lui comme un tuteur, jouant chaque jour, jouant devant lui à chaque instant ». C’est la Sagesse qui est le sujet de la phrase. La sagesse se présente comme un tuteur, "pédagogue" dit le texte, introduisant un mot grec dans le texte hébreu.

Pour le Midrach, la Création du monde c’est la création de chaque enfant que l’on amène à l’école pour qu’il apprenne, pour qu’il se forme, et puisse grandir de la meilleure façon possible.

Ainsi commencer la Tora par le récit de la Création du monde c’est nous rappeler à la responsabilité de l’éducation de nos enfants et bien évidemment de nous-mêmes.

Le parallèle entre le monde et l’enfant est intéressant à suivre car les étapes de la création du monde décrites dans le texte biblique sont en quelque sortes les étapes de la création de l’enfant, l’évolution de son esprit, de son intelligence, de sa sensibilité, de la maîtrise de ses comportements, envers lui-même et envers les autres.

Au commencement tout est mélange, un grand Tohu-bohu, puis vient immédiatement la lumière qui permet de distinguer les êtres et les choses et de structurer le temps, en jours, en semaine, en mois et en années. L’enfant grandit et apprend ainsi à distinguer « le bien et le mal », le « bon et le mauvais », l’ « utile et l’inutile », le « beau et le laid », le « vrai et le faux », le « juste et l'injuste », des oppositions qui vont s’affiner avec le temps, par l'éducation des parents, par l’école, la fréquentation des maîtres et des maîtresses, par les études, la lecture, et un apprentissage concret de la vie en société. Relations avec les autres qui vont lui faire découvrir aussi le sens des limites et de la loi, ainsi que le sens du devoir.

Acquisition d’une sagesse, qui avec le temps, va lui faire lui permettent de prendre des décisions réfléchies relatives à la conduite de sa vie, en un mot de découvrir et d’exercer sa liberté. Une liberté qui ne sera pas que spéculative mais qui se traduira dans l’action par un art de vivre à la recherche de ce que nous appelons, d’un mot qui mériterait beaucoup de commentaires : le bonheur.

Le chemin vers le bonheur n’est pas simple, car l’homme est un formidable champ de bataille où s’affrontent les désirs et les passions.

Si le récit de la Création du monde se relit chaque année en ouverture du texte de la Tora c’est que grandir, apprendre, se former, et se transformer est le lot de chaque instant de la vie. Comme dit Erich Fromm, « Vivre c’est naître à chaque instant ».

J’aime cette pensée Maeterlinck que je médite souvent :

« Si l'être que j'aime le plus au monde venait me demander quel choix il lui faut faire, et quel est le refuge le plus profond, le plus inattaquable et le plus doux, je lui dirais d'abriter sa destinée dans le refuge de l'âme qui s'améliore ».

A travers les siècles, les philosophes, les théologiens, les poètes, les éducateurs, les écrivains se sont posés beaucoup de question sur cette âme qui s’améliore. Ils ont eu conscience que si elle peut s’améliorer elle peut aussi se détériorer, se perdre, s’oublier, s’égarer, retrouver son chemin pour s’égarer encore, l’occasion parfois de belles découvertes et parfois de mauvaises rencontres. Mais toujours pour la majorité d’entre eux ils ont été portés par cette confiance en l’humain, qu’il est capable non seulement du bon et du bien mais du meilleur.

Pour trouver ce chemin vers le meilleur, les anciens ont proposés des techniques et exercices spirituels, les philosophes et les théologiens ont réfléchi sur cette science qui conduit au souverain bien et ont donné à cette sagesse le nom de « Morale » ou d’« éthique ».

Non seulement le judaïsme a participé à cette grande construction d’une sagesse morale, mais en a été l’un des promoteurs majeur, depuis les textes bibliques jusqu’à nos jours en passant par le Talmud, des traités de philosophie et de théologie, des traités spécifiquement consacrés à ces questions, ainsi que par la création par Rabbi Israël Salanter, au XIXe siècle, d’un mouvement entièrement centré sur l’éthique, mouvement appelé tenouat ha moussar.

Rabbi Israël Salanter Lipkin (1810-1883)
Rabbi Israël Salanter Lipkin (1810-1883) Crédits : DR

Une longue histoire complexe qu’il est important, voir urgent de découvrir en ces temps où nous sommes à la recherche des âmes qui s’améliorent.

En ces temps aussi où les sciences et les technologies cherchent non seulement à améliorer l’homme mais à le réinventer, avec le risque de le faire disparaître dans un transhumanisme radical.

En ces temps de dataïsme comme dit Yuval Noah Harari, où les data, les données numériques, construisent des intelligences artificielles qui questionnent au plus haut point la conscience morale, la liberté et le bonheur, et remettent en question de très nombreux fondements de ce qu’est un être humain.

Pour approfondir l’héritage de l’éthique du judaïsme Marc-Alain Ouaknin reçoit George-Elia Sarfati à qui l’on doit une trilogie très importante sur cette question.

l'invité

Georges Elia Sarfati est linguiste, traducteur, philosophe, poète et psychanalyste existentiel. Il a été professeur titulaire au Département de Langue et littérature française de l’Université de Tel-Aviv et est actuellement Directeur de l’école française d’analyse et de thérapie existentielles (logothérapie) qui s’inscrit dans la lignée et poursuit l’œuvre de Victor Frankl.

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Livres de l'invité cités dans l’émission.

La tradition éthique du judaïsme

Introduction au Moussar

L'ouvrage restitue de l'Antiquité à l'époque contemporaine, les principales étapes de formation de la sagesse pratique du judaïsme, soucieuse d'éclairer les "devoirs du coeur" et la problématique du "soin de l'âme", telle qu'elle s'est aussi fait jour en philosophie. Cette étude, à la fois historique et intellectuelle, est unique dans la bibliographie internationale; elle ouvre un domaine de recherche en grande partie inédit dans l'université et méconnu du grand public.

Berg International
Berg International Crédits : DR

La trilogie

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Berg International Crédits : DR

Bibliographie sélective de George-Elia Sarfati

George-Elia Sarfati est auteur de très nombreux ouvrages. En voici une sélection de quelques-uns. Pour la bibliographie complète voir le site de l'invité (ci-dessous)

Bibliographie sélective de George-Elai Sarfati
Bibliographie sélective de George-Elai Sarfati Crédits : DR

Site de l'invité

http://www.georgeseliasarfati.net/

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