LE DIRECT
Jacques Le Rider

Freud et les sources antiques de l'Europe

32 min
À retrouver dans l'émission

.

Jacques Le Rider
Jacques Le Rider Crédits : DR - Radio France

La mythologie grecque est partout aujourd’hui. En livre pour adultes, en version expliquée aux enfants, en Bd, en jeux vidéo par dizaines, en péplum, ou encore en film d’animation avec « 50 nuances de grec » par exemple. 

La civilisation grecque portée par sa langue, sa mythologie, sa philosophie et son esthétique ne forme-t-elle pas avec la Bible comme le disait Kees Noteboom, les deux piliers de la civilisation européenne d’aujourd’hui ? 

N’est-elle pas cette référence incontournable au point que certaines personnes comme Gérard Haddad, que nous avons reçu ici même, aimeraient remplacer l’ancienne appellation judéo-chrétienne de notre civilisation par l’expression gréco-abrahamique ?

Le nom « Europe » lui-même, n’est-il pas un nom offert par la mythologie grecque, qui raconte l’histoire de cette Princesse phénicienne, fille de Téléphassa et d'Agénor, roi de Tyr, qui fut aimée de Zeus à qui elle donna trois fils Minos, Rhadamanthe, et Sarpédon ? 

Et pourtant paradoxalement, La civilisation grecque est aujourd’hui mise à l’écart, à distance, même si la Mythologie grecque et la langue grecque sont encore présentes, mais de manière marginale dans les programmes de l’éducation nationale, au collège et au lycée, et tout particulièrement l’histoire d’Œdipe et toutes les filiations culturelles qu’elle a suscité.

Œdipe justement ! Son histoire n’est-elle pas une porte d’entrée privilégiée pour s’interroger sur cette place du grec et de la civilisation grecque aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines et en particulier européennes ? 

Entrée privilégiée en effet, l’histoire d’Œdipe en est une, par la place que lui a donné Freud dans l’invention et la construction de la psychanalyse, et qui a fait de l’histoire de ce héros grec une figure patrimoniale, si l’on peut dire, de l’humanité. Dès lors Freud, ne peut-il pas être celui par qui cette interrogation de la place de la civilisation grecque peut être questionnée de manière emblématique ? 

N’est-il pas aussi celui qui nous permettra de réfléchir sur la réception de cette civilisation grecque, à la fois dans le monde germanophone et en dehors de lui, pour apprécier les adhésions, mais aussi les oppositions et les dissensions dont celle-ci a été l’occasion. Car l’Autriche de Freud n’était pas l’Allemagne, ni la France, pourtant très germanophile à cette époque ! 

Des questions particulièrement bienvenues à l’occasion de la grande « exposition Freud » qui se tient au Musée d’art et d’histoire du judaïsme jusqu’au 10 février 2019. 

Cette exposition, proposée à l’occasion des vingt ans du MahJ, la première présentée en France sur Sigmund Freud, par un ensemble de 200 pièces – peintures, dessins, gravures, ouvrages, objets et dispositifs scientifiques –, dont des œuvres majeures de Gustave Courbet (L’Origine du monde), Oskar Kokoschka, Mark Rothko ou Egon Schiele, jette un regard nouveau sur le cheminement intellectuel et scientifique de l’inventeur de la psychanalyse. 

Cheminement de Freud marqué par un parcours riche d’influences variées où la place de l’influence de la mythologie grecque d’une part et de son judaïsme d’autre part entretient des relations complexes, qui se complètent, s’opposent et s’enrichissent mutuellement. 

L'invité

Jacques Le Rider. Normalien agrégé d’allemand, il est membre correspondant étranger de  l'Académie autrichienne des Sciences depuis 2015. Il a été, de 1983 à  1986, directeur de l’institut culturel franco-allemand de Tübingen,  puis, de 1994 à 1996, conseiller culturel à l’ambassade de France en  Autriche, puis directeur de l’institut français de Vienne.

Il est l'auteur entres autres de Modernité viennoise et crises de l'identité,  PUF, Quadrige, 2000. 

Il a édité avec Jean Lacoste, les  œuvres de Nietzsche dans la collection Bouquins (Robert Laffont). Les œuvres de Goethe, aux Éditions Bartillat.

Il est également l'auteur, de Les Juifs viennois à la belle époque (1867-1914), Albin Michel, 2013,  Freud et Virgile dans La science des rêves, revue Europe, n° 954, 2008,  Journaux intimes viennois, PUF, 2000 et Freud, de l’Acropole au Sinaï, PUF, 2002.

Transition sonore

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Le livre de l'invité

Quatrième de couverture   

Sigmund Freud était si profondément imprégné d'histoire ancienne  et de littérature grecque que l'on peut définir la psychanalyse comme  une archéologie de l'inconscient dont la méthode fut conçue sur le  modèle de la philologie.

OEdipe roi préfigure le « sujet de  l'inconscient » et donne la clef de la « psychanalyse tragique ». La  fascination de Freud pour la Grèce antique n'était pas une exception. La  plupart de ses contemporains ont trouvé dans la civilisation grecque  une part essentielle de leur inspiration. S'interroger sur la dette des  Modernes envers les Anciens permet de reconstruire le système culturel  allemand et autrichien, dont Freud fut à la fois le parfait représentant  et le critique lucide. 

Mais Freud a souffert, depuis l'époque de la  Première Guerre mondiale, d'un grandissant « malaise dans la Bildung »  néo-humaniste institutionnalisée à l'époque de Humboldt, dont Nietzsche  avait analysé les contradictions. Les références à la Grèce ancienne  avaient d'abord permis à Freud de se démarquer du genius loci viennois,  baroque et romain. 

Son parcours ultime l'éloigne de l'Acropole et le  ramène à la Loi sinaïtique. Ce n'est pas un retour au religieux, mais la  recherche de nouveaux fondements de l'éthique et de la rationalité  scientifique, à l'heure où la civilisation européenne s'effondre. 

Jacques Le Rider
Jacques Le Rider Crédits : PUF - Radio France

Addenda concernant l'émission "Talmudiques" du 23 septembre "Scout toujours ..." 

Voici les informations concernant les archives sonores de l'émission du 23 septembre.

Il s'agit d'un film d'Emil Weiss : Gordin. Destins, Valeurs, Transmissions. Rachel & Jacob Gordin 

Musique : Teddy Lasry, Ami Flamer
Participants : Rachel Gordin, Léon Askenazi, Rami Sélinger,  Alex  Derczsansky, Emmanuel Levinas , André Chouraqui, Léon Poliakov,  Germaine  Poliakov, Hélène Stern, Paulette Neu, Itshak Michaeli, Renée Néher-Bernheim, Dominique Bourel, Gérard Israël.
Production : Michkan World Productions, Paris Barcelone Films, TFJ. 

Site qui concerne ce film :  http://www.emilweiss.com/gordin/ 

On pourra aussi consulter avec beaucoup d'intérêt toute la filmographie d'Emil Weiss à l'adresse suivante: http://www.emilweiss.com/filmographie/ 

L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......