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Raphaël Zagury-Orly

Se passer de Heidegger?

32 min
À retrouver dans l'émission

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Raphaël Zagury-Orly
Raphaël Zagury-Orly Crédits : . - Radio France

Heidegger aura sans doute été l’un des plus grands philosophes du XXe siècle. Héritier, mais à sa façon, de la phénoménologie initiée par Husserl, sa pensée constitue aujourd’hui des œuvres complètes de plus de cent volumes dont l’influence dans l’histoire de la philosophie se fait sentir jusqu’à aujourd’hui et dans de nombreux domaines. 

Avant tout Heidegger fut un grand professeur, et c’est ainsi que lui-même, tout comme Nietzsche, se définissait : un « Lesemeister » un « maître de lecture », un maître d’école. À la fois un regard, une voix et un style nous disent tous les témoignages, plus la passion. "Avec Heidegger écrit Hannah Arendt, la pensée était redevenue vivante »

Mais très tôt, cet enseignement se construisit sur des choix philosophiques problématiques qui, à la relecture aujourd’hui, apparaissent comme différentes formes de mises à l’écart du judaïsme et des juifs, de ce que Ricoeur, dès le colloque de Cerisy de 1955, appela le « massif hébraïque », manifestant de la part de Heidegger un antijudaïsme et un antisémitisme qui se concrétiseront par une adhésion au nazisme et un ensemble de textes et de prises de positions dont la révélation publique constituera le socle de « l’affaire Heidegger », sous-tendue à plusieurs décennies d’intervalle par les livres de Victor Farias, d’Emmanuel Faye et de Peter Trawny.  

Mais quel est au juste le rapport entre Heidegger et le judaïsme ? Entre Heidegger et les juifs ? Questions d’autant plus intéressantes que la pensée de Heidegger fut accueillie, adoubée, critiquée, admirée par de très nombreux penseurs juifs et pas des moindres !

Certes, ces questions sont déjà anciennes et je pense particulièrement au livre majeur de Marlène Zarader, La dette impensée, Heidegger et l’héritage hébraïque, publié au Seuil en 1990, repris chez Vrin en 2014. 

Mais questions anciennes ne veulent pas dire inactuelles, l’ancienneté en souligne seulement l’importance de continuer à les reprendre, de les « ruminer » dirait Nietzsche, et d’en apporter de nouvelles compréhensions et de nouvelles perspectives.

Les invités

Joseph Cohen est Professeur à la  School of Philosophy of University College Dublin, en Irlande. 

Raphaël Zagury-Orly a été Professeur à l'école de Beaux-arts Bezalel à Jérusalem; il enseigne à Sciences Po- Paris et est Directeur de Programme au Collège International de Philosophie (Paris) ainsi que membre associé, CRAL - UMR 8566 (CNRS/EHESS).

Joeph Cohen et RapHaël Zagury-Orly créent avec Charlotte Casiraghi et Robert Maggiori les Rencontres Philosophiques de Monaco et en 2018, avec Alain Fleischer, le Groupe de recherche « L’Humain qui vient » en association avec plusieurs institutions universitaires importantes en France et à l’étranger. 

Auteurs, chacun et ensemble, de nombreuses publications, qui sont consacrées à, l’œuvre de Derrida et de Levinas et aux relations complexes entre Heidegger, la philosophie, le judaïsme, le nazisme, et l’antisémitisme. 

Archive sonore.

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Le livre des invités

L'adversaire privilégié de Joseph Cohen et Raphaël Zagury-Orly, aux éditions Galilée

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. Crédits : . - Radio France

Quatrième de couverture.

"La  pensée de Heidegger est indissociable de l’histoire de la philosophie.  Elle ne saurait se comprendre autrement que comme une « répétition » de  la question du sens de l’être demeurée occultée depuis Aristote jusqu’à  Nietzsche. 

Répéter l’histoire de la philosophie ne signifie nullement  réitérer la manière dont cette histoire s’est déployée, mais lui donner  une orientation déterminée : la rappeler à sa vérité initiale. 

C’est  ainsi que son œuvre est marquée par les alliances et les ruptures entre  le destin de la Grèce et l’appel de l’alémanité, entre l’« impensé » de  la métaphysique et l’éclosion de la vérité de l’être. 

Or, c’est dans ce  geste que nous voyons proliférer un antijudaïsme et un antisémitisme  animés par deux modalités de dénégation distinctes mais intimement liées  : la forclusion et l’« auto-annihilation » du judaïsme. En ce sens,  l’antijudaïsme et l’antisémitisme s’inscrivent à même l’extension de la  pensée de l’être.

Nous voyons en Heidegger un adversaire  privilégié : nous engageons une lecture interne des suppositions et des  conséquences de sa pensée de l’histoire tout en proposant d’autres  pistes de réflexion face à la singularité de l’autre et de l’événement  historique.

Il ne s’agira plus de comprendre ceux-ci au sein d’une  histoire de la vérité de l’être, mais d’orienter la philosophie vers un  questionnement hyper-critique. Celui-ci se mesure chaque fois  singulièrement à ce qui, au cœur du présent, nous reviendrait et nous  adviendrait des événements passés et à-venir dans l’histoire. 

Notre recherche entend ainsi autoriser une pensée philosophique où chaque  événement historique commanderait une singulière justice et une  responsabilité sans réserve au nom de ceux qui sont déjà morts et devant  ceux qui ne sont pas encore nés, pas encore présents ni vivants,  victimes ou non de l’histoire qui vient."

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. Crédits : . - Radio France
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