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Patricia Farazzi et Michel Valensi

Nos ancêtres les pirates

32 min
À retrouver dans l'émission

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Patricia Farazzi et Michel Valensi
Patricia Farazzi et Michel Valensi Crédits : DR

On apprend très tôt le nom de son pays et en particulier de sa ville, surtout quand on est fils de rabbin, comme je le suis. Cela fait partie de l’identité.

Ainsi, longtemps, avant de décliner mon nom, je disais : « Je suis le fils du rabbin de Reims, puis de Lille puis de Metz puis de Marseille. ». Fierté de cette noblesse à particule qui était souvent écornée par des questions toujours surprenantes : Ouaknin, c’est russe ? Un cousin des Bakounine ? Ah bon, c’est marocain ! Berbère, en plus ! A quoi je répondais : « Oui, tous les noms en « Oua » sont berbères, Ouanounou, Oualid, ou Walt Disney ! Ça faisait toujours rire !Fils de rabbin cela signifie aussi une grande fréquentation de la synagogue où je me rendais plusieurs fois par semaine et bien évidemment le vendredi soir et le samedi à l’occasion du Chabbat. A Lille, la synagogue se trouvait rue Auguste Angellier, à côté de la Faculté des lettres et pour y arriver, de la rue où nous habitions il fallait prendre la rue Jean Bart.

J’ai très vite appris à connaître la vie de ce héros des mers, ce corsaire de Dunkerque patenté par le roi de France Louis XIV, ce corsaire dont le nom du premier bateau dont il fut le commandant se nommait, à ma grande surprise, Le Roi David

A cet âge de l’adolescence où l’on rêve d’aventures et de pays lointain, Jean Bart donnait des ailes à un imaginaire maritime que consolidait la lecture, chaque semaine, dans le journal Pilote, des aventures de Barbe-rouge, une série intitulée Le démon des caraïbes dans un scénario de Charlier et dessinée par Hubinon.Ah, Barbe rouge, Baba, Éric et triple-patte, un quatuor tragi-comique que Goscinny immortalisa par la suite dans Astérix et le petit Nicolas et que l’on retrouve dans une filiation qui serait trop longue de citer entièrement ! Mais dès que la porte de la synagogue se refermait derrière moi, Jean Bart, Barbe rouge et ses amis disparaissaient, et le bruissement du vent dans les voiles, le bruit des canons et du croisement des sabres étaient remplaçaient par le chant des Psaumes et du Lekha Dodi qui accueille la fiancée du Chabbat.  

Pourquoi Rabbi Akiba et Barbe rouge ne faisaient-il pas équipe ?

Pourquoi l’histoire juive évoquait le soleil de la méditerranée et des pays qui la bordent, le shtetl et les voyages en diligence dans la neige de Russie, la vie de commentateurs-vignerons, de philosophes-médecins, de rabbins-astronomes, de talmudistes-commerçants, de banquiers, de savants, de tailleurs et de colporteurs, d’enseignants, de chercheurs, d’inventeurs, de forgerons et d’orfèvres, mais jamais de pirates, de corsaires, de boucaniers ni de flibustiers ?

La question est restée très longtemps en suspend n’affaiblissant pas mon intérêt pour ces héros de mon enfance, m’intéressant particulièrement depuis, aux histoires de bateaux que je trouvais dans le Talmud, et ayant une attirance singulière pour le livre de Jonas et l’histoire de Noé.Aussi je me suis réjoui que la boussole de Jack Sparrow dans Pirates des caraïbes n’indique pas le nord, mais seulement le chemin de la chose la plus désirée, rappelant cette phrase attribuée à Rabbi Nahman de Braslav : « Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît car tu ne pourrais pas t’égarer ! »Tous comme je me suis réjoui à la lecture des chapitres de Don Quichotte racontant des histoires de captifs rachetés aux pirates et dont tout laissait à penser qu’il était question de juifs marranes.

Mais la question continuait à me travailler. Pourquoi Rabbi Akiba et Barbe rouge ne faisaient-ils donc pas équipe ? Pourquoi les juifs semblaient absents de ce monde des aventures maritimes ? Pourquoi cette absence dans la construction de l’imaginaire universel auquel les pirates semblaient appartenir ? 

Je m’arrête ici dans mon récit car à la vérité tout ne s’est pas passé comme je viens de le raconter ! Tous ces souvenirs sont un cadeau ! Car s’ils m’habitaient certainement, enfouis très profondément en moi-même, je les avais totalement oubliés. 

Ces souvenirs surgirent à l’occasion d’un autre cadeau que me fit une amie très chère en me mettant entre les mains un livre d’Edward Kritzler intitulé Les pirates juifs des caraïbes, un best-seller édité aux États-Unis en 2008 puis édité dans une traduction française d’Alexandra Laignel-Lavastine, d’abord chez André Versaille éditeur en 2102 et qui vient d’être réédité aux éditions de l’éclat. « Lis çà, tu vas voir, c’est absolument passionnant et important ! » 

Comme dit Proust : « Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu ! » 

Les invités.

Patricia Farazzi est romancière et traductrice. Elle a publié de nombreux ouvrages et a fondé les éditions de l'éclat avec Michel Valensi en 1985. Michel Valensi est éditeur, essayiste et traducteur; il a fondé les Éditions de l’Éclat en 1985 avec Patricia Farazzi.

Site des éditions de l'éclat.

http://www.lyber-eclat.net/

Transition sonore.

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Le livre présenté dans l'émission.

Editions de l'éclat
Editions de l'éclat Crédits : DR

Les pirates juifs des caraïbes

Quatrième de couverture

Ce livre retrace la fabuleuse histoire  de ces Juifs expulsés d’Espagne et du Portugal qui, au XVIe siècle,  parvinrent à s’embarquer avec les grands explorateurs pour gagner  clandestinement le Nouveau Monde et y devenir ... pirates !  

À bord de leurs navires, La Reine Esther ou Le Prophète Samuel, ces  aventuriers, qui continuent de pratiquer leur judaïsme en secret, sèment  la terreur parmi les galions espagnols. Continuellement persécutés, ils  trouvent finalement refuge en Jamaïque, où Christophe Colomb et sa  famille offrent asile aux Juifs poursuivis par l’Inquisition…

Entre chasses au trésor, conquête des Amériques et récits d’espionnage,  on découvrira dans ces pages une foule de personnages hauts en couleur,  comme l’extraordinaire rabbin-pirate Samuel Palache, qui monte encore à  l’abordage à 60 ans passés et fonde la première communauté juive  d’Amsterdam. Ou les frères Moïse et ­Abraham Cohen Henriques, deux  corsaires ­partis à la recherche de la mythique mine d’or de Colomb. On y  croise aussi la flamboyante figure d’Antonio-Abraham Carjaval, l’agent  secret de Cromwell ; ou encore Sinan, commandant de la flotte de  Barberousse et ennemi juré de Charles-Quint.  La première édition française de ce livre a paru pour la première fois en 2012 chez André Versaille éditeur, à Bruxelles.

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