LE DIRECT
Emmanuel Deun

Une juste mémoire

33 min
À retrouver dans l'émission

.

Emmanuel Deun
Emmanuel Deun Crédits : DR - Radio France

Conférence le 8 août 2019

Rencontre autour d’un livre 

avec Emmanuel Deun

Le jeudi 08 août 2019 

Maison des Bretchs Route du Stade 43400 

Le Chambon-sur-Lignon

Marche de la Mémoire

Le  Samedi 10 août 2019 aura lieu La Marche de la Mémoire au Chambon-sur-Lignon

https://www.tousvoisins.fr/le-chambon-sur-lignon/agenda/1989209-marche-de-la-memoire

Exposition

Gérard Garouste et l’école des Prophètes Exposition au Lieu de Mémoire, du 5 juillet au 29 septembre 2019

https://www.memoireduchambon.com/gerard-garouste-et-l-ecole-des-prophetes-exposition-5-juillet-29-septembre-2019/

...

L'émission d'aujourd'hui

« 11 novembre 1918, 11 heures précise, toutes les cloches de  France sonnent à la volée. Le son des clairons résonne sur le front et  les airs de « Cessez-le-Feu », « Levez-vous », « Au Drapeau » traversent  tous les villages et toutes campagnes. 

Un armistice a été conclu le matin entre les Alliés et  l'Allemagne et pour la première fois depuis quatre années, les soldats  de l’armée française et de l’armée allemande découvrent qu’il est  possible de se faire face sans s’entretuer. 

La guerre laisse derrière elle des millions de morts et de mutilés. 

Les survivants veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la « der des der... » [https://www\.herodote\.net/

Ils ne savaient pas que 21 ans plus tard commencerait une seconde  guerre mondiale tout aussi terrible mais différemment, théâtre de la  profonde Barbarie, deux guerres liées mais dont le souvenir de la  dernière risque parfois d’occulter le souvenir de la première.  Occultation préjudiciable car ne permettant plus de comprendre les  causalités et l’enchaînement des idées, des événements et des passions,  pour le mal mais aussi pour le bien !  La langue hébraïque possède au moins trois verbes différents pour  exprimer l’instance mémorielle des individus et des sociétés. Le plus  connue est zakhar, « se souvenir », et son impératif zakhor que l’on peut traduire par « souviens-toi ». Il y a aussi le verbe _chamar et son impératif chamor_  qui veut dire littéralement « garde » au sens de « garde en mémoire »,  « préserve », « protège ». Et il existe un troisième verbe, paqad  qui a le sens de « se souvenir de quelqu’un », se souvenir d’une  promesse faite à quelqu’un pour rouvrir un chemin qui pourrait avoir été  fermé par l’oubli.  

Les Maîtres du Talmud expliquent l’usage des deux verbes chamor et zakhor de la façon suivante : Chamor balèv ve zakhor bapé. 

Chamor se fait « dans le cœur », alors que zakhor passe « par la bouche », c'est-à-dire par la parole. La chemira est un travail intérieur, intime, personnel, alors que la zekhira est expression externe de cette mémoire, une expression partagée de cette mémoire.  

Ainsi, la zekhira est le fait de mentionner, d’exprimer,  d’extérioriser, de montrer, de rendre visible, de faire circuler la  mémoire, de faire œuvre d’histoire, et peut-être de musée.  

C’est l’action nécessaire, celle qui prête « main forte » au  sentiment intérieur qui disparaîtra le jour où les individus qui le  portent disparaîtront, ou que la force de l’oubli aura été plus forte  que celle du souvenir. Une façon de rappeler aussi que Yad vachem signifie "la main et le nom". 

La mémoire est un animal difficile à dompter. Comme dit le Talmud  au nom de Rabbi Yehoshoua ben Hanania après la destruction du Temple,  cité par Yossef Hayyim Yerushalmi : « Ne pas se souvenir, nous ne le  pouvons, … mais trop se souvenir, nous ne le pouvons pas non plus ! » 

Difficulté de la juste mémoire aujourd’hui car nous sommes entrés dans l’ère des derniers témoins.  

Nous sommes à la fin de cette époque de transition très fragile et  très courte de ceux qui auront connu les deux époques, celle de la voix  vive et celle de la voix qui s’est tue. 

Sur nos épaules, nous le savons, nous le sentons, repose maintenant  l’édification d’un nouveau « conservatoire de la mémoire », sur une  « nouvelle Maison du souvenir » selon l’expression du romancier Philip David. 

Véritable mutation sociologique qui touche à l’histoire, la philosophie, la politique, le droit et la littérature.  

L'invité

Emmanuel Deun est psychologue clinicien et psychanalyste. Il a publié «  C’est mon jour de chance », Addiction au jeu et fausses croyances  (Éditions In Press, 2013) et L'Étrange affaire Portal, Un fait divers entre deux mondes (1973-1975), aux éditions Imago. 

Archives sonores

A la vie, un film de Jean-Jacques Zilbermann 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Nuit et brouillard de Jean Ferrat 

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours, Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour, Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire, Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare. Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter, L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été Je twisterais les mots s'il fallait les twister, Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez !  

Le livre de l'invité

Emmanuel DEUN, Le Village des Justes,Le Chambon-sur-Lignon de 1939 à nos jours. Éditions Imago

Emmanuel Deun
Emmanuel Deun Crédits : Imago - Radio France

"De 1939 à 1944, inspirés par  des hommes de foi, les habitants du  Chambon-sur-Lignon —  essentiellement protestants — entreprennent de  cacher des Juifs,  notamment de nombreux enfants, menacés de  déportation, et les  accueillent dans leurs maisons et dans les fermes  alentour.  

Au-delà du  refuge, des hommes et des femmes de bonne volonté leur  fournissent, au  péril de leur vie, de faux papiers d’identité, des  cartes de  rationnement, et les aident à passer en Suisse.  

Grâce à une étonnante  conspiration du silence de la population du  Plateau Vivarais-Lignon, on  estime que trois à quatre mille personnes  purent ainsi être sauvées,  sous les yeux mêmes des autorités de Vichy  et des Allemands." 

En s’appuyant sur les témoignages des tout derniers protagonistes,  dont  certains ne s’étaient jamais exprimés, en brossant le portrait de   personnalités hors du commun, Emmanuel Deun raconte l’histoire de ces   faits exceptionnels. Puis, au terme de son récit, il analyse le   processus mémoriel toujours à l’œuvre et les controverses qu’il suscite   encore aujourd’hui. 

En 1990, le village et les communes environnantes furent reconnus  comme «  Justes parmi les nations » pour leur conduite généreuse et   héroïque  pendant la guerre.  

Émission "Talmudiques" en lien.

" Vous les Justes de France qui nous donnez des raisons d’espérer ! ", avec Nathalie Heinich. 01/07/2018 

L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......