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Perrine Simon-Nahum

L'héritage des sciences de l'homme

32 min
À retrouver dans l'émission

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Perrine Simon-Nahum
Perrine Simon-Nahum Crédits : DR - Radio France

"Nos humanité nous rendent elles inhumains ?"   s’interrogeait Georges Steiner en s'indignant de sa propre surdité à la  demande d'un mendiant au sortir d'un cours particulièrement intense  portant sur une des grandes pièces du théâtre antique. 

Mais oser poser et partager cette insoutenable question n'est-ce pas  déjà répondre d'une humanité qui n'abdique pas devant la souffrance de  l'autre et l'extrême exigence éthique de celui qui se construit avec le  texte ? 

Dans notre période de hautes turbulences dans lesquelles les moins  pessimistes voient les soubresauts du monde connu parvenu à son terme,  cette question continue de résonner,  

Mais si, dans cette probable longue période transitoire d'accouchement d'un le monde inédit, nous en inversions les termes ? 

Pour nous demander : qu'est-ce qui dans nos Humanités nous  garantirait de rester humain ? Qu'est-ce qui nous permettrait de garder  le cap d'une humanité choisie, Non pas celle d'un passé regretté, d'un  âge d'or supposé, mais celle qui parcourt l'Histoire et lui survit, si  l'histoire est cette longue série d'événements qui nous ordonnent et  dans lesquels se construit chaque vie ? 

Bien sûr nos questionnements contemporains ne sont plus ceux des  Européens qui en leur "temps modernes " découvrirent un Nouveau Monde,  de nouvelles manières d'êtres humains que de longues controverses et les  progrès de l'esprit ont fini par intégrer ,si ce n'est accueillir, dans  le giron de l'Humanité. 

L'enjeu aujourd’hui n’est plus de décider de qui est un être humain,  étant entendu que toute personne a droit à la dignité et que tous les  hommes naissent libres et égaux en droit ... mais : où et comment  pouvons-nous continuer de vivre et avec quels repères ?    

N'aurions-nous pas tout intérêt à interroger ceux qui aux jalons des  temps modernes et de notre époque contemporaine ont fait des sociétés  humaines leur objet d'étude et de l'organisation des hommes pour vivre  sans s'entretuer, une science ?  

Et envisager avec eux les voies d'une humanité répondant au défi de sa survie dans notre ultra moderne monde contemporain ? 

De ces chercheurs et pionniers dans les sciences humaines on peut dire ce que disait Levinas de Maimonide : 

« A côté des recherches savantes qui situent un grand penseur au  carrefour des influences qu'il a subies et de celles qu'il a exercées,  il y a une place pour une question modeste mais grave : qu’est-il pour  nous ? La valeur d’une vraie philosophie ne se place pas dans une  éternité impersonnelle. Sa face lumineuse est tournée vers les êtres  temporels que nous sommes. Sa sollicitude pour nos angoisses fait partie  de sa divine essence. L’aspect véritablement philosophique d’une  philosophie se mesure à son actualité. Le plus pur hommage qu’on puisse  lui rendre consiste à la mêler aux préoccupations de l’heure. Celles de  notre époque sont particulièrement poignantes. Elles concernent  l’essence même de notre civilisation en tant que juifs et en tant  qu’hommes. » 

Oui que sont-ils pour nous tous ces penseurs du passé, ces penseurs  de l’humain et de la modernité ? Que peuvent nous apprendre les premiers  penseurs des sciences humaines sure notre société aujourd’hui ? Comment  eux-mêmes ont-ils conjugué cette relation entre tradition et  modernité ? Question générale mais qui se pose particulièrement dans le  judaïsme car ce dernier est lié de façon intrinsèque à la modernité. Comme nous l’avons vu la semaine dernière avec Dominique Schnapper, l’émancipation est passée par là ! 

L'invité

Perrine Simon-Nahum est directrice de recherche au CNRS, professeure  attachée au Département de philosophie à l’École Normale Supérieure,  auteure de très nombreux articles et ouvrages très remarqués et  directrice de collection chez Odile Jacob. Elle a publié notamment : La Cité investie. La science du judaïsme  français et la République (Le Cerf, 1992) ; André Malraux. L'engagement  politique au XXe siècle (Armand Colin, 2010) ; Michelet, Journal,  nouvelle édition (Gallimard, 2017). 

Transition musicale

Le livre de l'invitée

Les Juifs et la modernité: L'héritage du judaïsme et les Sciences de l'homme en France au XIXe siècle. Éditions Albin Michel. 

"Les Juifs ont souvent entretenu un rapport singulier à la modernité.   C'est particulièrement vrai en France où, très tôt émancipés, ils   prirent pleinement part à l'épanouissement du pays. En même temps   qu'elle leur accorde la citoyenneté, la Révolution française leur ouvre   l'accès à la science. 

Héritiers d'une culture où sacré et profane,  loin d'être opposés,  s'entremêlent, ils sont les premiers à s'engager  dans l'aventure des  sciences de l'homme qui marque le XIXe siècle. En  effet, les savants  juifs conservent de la tradition une conception du  temps et de  l'histoire qui leur permet d'échapper aux dilemmes auxquels  sont  confrontés les érudits protestants ou catholiques.  

Leur familiarité  avec l'Orient et l'absence de dogmes, autorisant  l'inclusion du  religieux dans leurs objets d'étude, expliquent leur  rôle fondateur dans  l'essor de la science des religions mais aussi de  la philologie, de la  linguistique, de la mythologie comparée ou de la  sémantique. Salomon  Munk, Michel Bréal, Adolphe Franck, James et Arsène  Darmesteter sont les  grands ancêtres des intellectuels du XXe siècle. 

Cette rencontre  entre judaïsme et modernité éclaire d'un jour  nouveau l'histoire  politique et intellectuelle française, restituant au  religieux la part  qui lui revient. Elle permet de saisir comment,  depuis leurs disciplines  respectives, les savants juifs contribuent à  poser l'une des questions  centrales de la modernité : celle de  l'identité. " (présentation de l'éditeur"

Les juifs et la modernité
Les juifs et la modernité Crédits : Perrine Simon-Nahum - Radio France

On écoutera aussi le Talmudiques:

Les ressources de la démocratie, avec Dominique Shnapper

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