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Catherine Chalier

L'appel de Kippour

32 min
À retrouver dans l'émission

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Catherine Chalier
Catherine Chalier Crédits : DR - Radio France

Que retiendront les historiens des siècles et des décennies futures de ce que fut l’année 2020, en France et dans le monde ? Sans aucun doute qu’elle fut l’année de la grande pandémie qui bouleversa à la fois les politiques, les économies et les mentalités ! Temps du grand confinement et des petits re-confinements, temps des masques et de la maladie, et de la mort ! Temps d’une transformation de nos habitudes ; temps de gestes interdits et d’invention de nouvelles manières d’être, dans les relations professionnelles, sociales et familiales. 

Ces historiens se souviendront aussi que les premiers moments du grand confinement furent aussi ceux d’un électrochoc qui sembla raviver, au moins pour un temps, une conscience morale, et appelant notre attention sur tout un monde invisible, sur toutes ces personnes engagées, au péril de leur vie, à soigner, protéger, accompagner, réconforter, soutenir, aider, toute les personnes affaiblies par la maladie ou touchées par le deuil.

Il se souviendront alors aussi de tous ces concerts d’applaudissements qui tous les soir à 20 h précises cherchaient à dire toute la reconnaissance et la gratitude de toute une nation envers cet engagement remarquable ! Ils se souviendront de ce grand merci prononcé par des millions de bouches à la fois terrorisées par ce qui se passait et en même temps rassurées par ce qu’il découvraient de ne pas être livrés à la solitude et abandonnés à la déréliction de ces temps difficiles.

Et ils se souviendront aussi, peut-être, que ce fut alors un moment privilégié où se produisirent non seulement ces élans et ces manifestations de gratitude mais aussi celui d’une interrogation privilégiée sur le sens de ce que représente « la gratitude », sur ce que signifient le mot « reconnaissance » et l’expression « rendre grâce », et ce petit mot, qui somme toute, reste fortement énigmatique : « merci » !

Mot non étranger à la fête de Kippour qui commence ce soir, comme il ne l’est pas de la liturgie synagogale de ce jour en général,  de chaque office du Chabbat en France où l'on prononce une bénédiction pour la République Française et le peuple français. Cette coutume inattendue mais bienvenue qui souligne à quel point le judaïsme possède un attachement particulier et profond à la gratitude, c’est-à-dire aussi une mémoire forte, non seulement pour le mal, mais aussi pour le bien qui a été fait. 

Cette prière n’est pas sans évoquer la prière des soldats juifs anglais qui remerciaient, en 1914, « Mother England » de leur avoir permis de combattre pour la liberté dans ses rangs !

Mais le concept de « gratitude » n’est pas simple et le mot « merci » n’est pas un mot banal. Et exprimer sa reconnaissance requiert un savoir-faire qui exige de la nuance et une fine intelligence.

L'invitée

Professeur émérite de philosophie de l’Université de Paris-Ouest-Nanterre et qu’à la suite de Levinas, elle explore, comme elle aime à le dire, le lien entre philosophie et la tradition hébraïque de la pensée.    

Auteure d’une œuvre très  importante et essentielle, Catherine Chalier est spécialiste de la pensée d’Emmanuel Levinas dont elle a  édité avec Rodolphe Calin deux volumes de l'édition  critique à l'IMEC. Elle est aussi traductrice de l’hébreu.  

La pause musicale

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Le livre de l'invitée

Bayard édition
Bayard édition Crédits : Catherine Chalier - Radio France

Présentation de l'éditeur

"Remercier et rendre grâce, en pensée, en parole et en acte, est souvent  difficile. Notamment pour ceux que le malheur personnel épargne ou au  contraire pour ceux qui sont trop éprouvés. Comment donc une vie à  première vue condamnée à ignorer ce sentiment de gratitude peut-elle  donc le découvrir, soudain ou peu à peu ? 

La crise sanitaire mondiale du  printemps 2020 peut-elle jouer un rôle dans cette découverte ? Comment  penser que la gratitude reste si souvent un tourment ?

Pourquoi  certaines personnes estiment-elles que celui qui remercie atteste son  infériorité, par rapport à celui qu'il remercie ? Probablement parce que  remercier place dans une position où les êtres humains affrontent une  asymétrie entre eux. 

Reconnaître cette asymétrie, la voir comme une fragilité, mais aussi une richesse, voilà le chemin philosophique et  spirituel que propose dans ce beau texte la philosophe Catherine  Chalier."

Intervenants
  • philosophe, professeure émérite de philosophie de l’Université de Paris Ouest Nanterre
L'équipe
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