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Gilles Hanus

Spinoza à l'épreuve des textes 1/2 Croire, savoir et interpréter

32 min
À retrouver dans l'émission

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Gilles Hanus
Gilles Hanus Crédits : Philosophe - Radio France

Voici une histoire qu’aimait raconter Rabbi Nahman de Braslav (1772-1810)« Alors qu’un livre était ouvert devant lui, un roi vit une araignée qui avançait sur la tranche du livre. Sur l’une des pages, se trouvait une mouche. L’araignée se lança à la poursuite de la mouche. Et alors que l’araignée avançait vers la mouche, le vent se leva et fit tourner les pages du livre.

L’araignée ne put atteindre sa proie et rebroussa chemin, comme si elle abandonnait toute poursuite. L’araignée repartit à la poursuite de la mouche. Elle réussit à poser une patte sur la page où était la mouche. Mais à ce moment-là la page se souleva, et l’araignée se retrouva coincée entre deux pages. Ayant presque disparu totalement presque plus rien d’elle. 

Le roi avait observé tout cela et en fut très étonné. Il comprit que ce n’était pas un simple incident, et qu’on avait voulu lui montrer quelque chose. Le roi se mit à réfléchir essayant de trouver une signification. Il s’endormit devant le livre ouvert, et il se mit à rêver … »

Rabbi Nahman concluait toujours son histoire par cette phrase : « La mouche me direz-vous ? je ne vous révélerai pas ce qui lui est arrivé !

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... Crédits : DR - Radio France

L’histoire que je viens de raconter est le début de l’un des fameux contes de Rabbi Nahman de Braslav connu sous le nom « La mouche et l’araignée. »

Longtemps je me suis interrogé sur le sens de cette histoire. 

Et je suis arrivé à formuler une hypothèse en passant par la langue yiddish dans laquelle cette histoire était racontée. Langue dans laquelle l’araignée se dit Spinne ce qui me fit penser au nom de Spinoza que l’on prononce Shpinoza en allemand et en yiddish, en tout cas c’est comme cela que mes maîtres yiddishisant le prononçaient. 

Plus tard cette hypothèse me fut confirmée par Nietzsche lui-même, qui dans de très nombreux textes, rapproche explicitement Spinoza de l’araignée, non seulement par le jeu des sonorités mais par la manière dont Spinoza réduit le « Dieu Sauveur » à un « Dieu métaphysicien », l’infini du divin à la finitude des concepts. 

« La mouche et l’araignée » devint pour moi une histoire qui pose la question des rapports entre Spinoza et ses lecteurs à travers les siècles. 

Spinoza
Spinoza Crédits : ... - Radio France

L'invité

Gilles Hanus, est philosophe. Il  a été durant de nombreuses années l’élève de Benny Lévy à qui il a consacré une thèse qu'il a publié par la suite sous la forme d'un ouvrage intitulé  Il dirige les Cahiers d’études lévinassiennes.

Transition sonore

Le livre de l'invité

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. Crédits : . - Radio France

Présentation de l'éditeur

Ni apologie, ni accusation : ce livre propose une lecture des passages du Traité théologico-politique  sur la prophétie ou la révélation visant à comprendre le rôle qu’elles  jouent dans la pensée de Spinoza.

Il y est donc question de  connaissance, naturelle ou surnaturelle, de la vérité, de ce et de ceux  qui y résistent (l’imagination, le vulgaire), de l’Écriture (prophétie)  et de la loi (politique) et de la manière dont Spinoza, qui connaissait  l’hébreu, comprenait les versets bibliques relatifs à la prophétie sur  lesquels il appuie ses analyses.

Aux définitions rigoureuses, mais parfois surprenantes, Spinoza  associe un certain nombre de figures : Adam, Abraham, Moïse, Jésus, mais  aussi Salomon, qui illustre magistralement à ses yeux la différence  entre sage et prophète. Chacune d’elles est examinée et les  interprétations de Spinoza rapportées aux versets sur lesquels elles  portent.

Cette lecture cherche à mettre en lumière la stratégie spinoziste  d’interprétation, inspirée par l’idée que la philosophie seule  permettrait d’accéder au texte initial, le texte naturel, dont tous les  autres textes, à commencer par les Écritures, ne seraient qu’autant de  traductions.

On lira aussi

Gilles Hanus
Gilles Hanus Crédits : Hermann - Radio France

Présentation de l'éditeur

Bien que banal, le fait de parler n'en est pas moins d'une importance  primordiale. Car nos paroles esquissent, par-delà les messages qu'elles  délivrent, de véritables visions du monde autour desquelles les hommes  s'opposent ou s'associent. Parler, c'est donc aussi toujours donner au  monde et à l'homme une certaine figure. Dans les temps crépusculaires,  la parole se confond aisément avec son double inversé, sa caricature  :  le discours, parole figée. Les mots deviennent des leurres ou des  pièges, et les visions du monde des idéologies. Il est alors nécessaire  de distinguer clairement à nouveau parole et discours. Dans ce but,  l'auteur examine ici trois des principaux usages de la parole  : parler,  lire et enseigner.

Autres ouvrages cités dans l'émission

Adin Steinsaltz, Contes de sagesse de Rabbi Nahman de Braslav,  éditions Albin Michel, 2914.

Sebastian Dieguez, Total Bullshit, aux sources de la Post-vérité, Puf, 2018.

Nietzsche, L'Antéchrist, Folio essais, Gallimard, 1990.

Hannah Arendt - Karl Jaspers, Correspondances 1926-1969, Payot, 1996.

  • On consultera aussi à propos des araignées

Gilles Deleuze, Spinoza, Philosophie pratique, Minuit, 1981, p. 21.

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