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Olivier de Marliave

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À retrouver dans l'émission

Philanthropes et rêveurs: un engagement jusqu'au bout du monde

Olivier de Marliave
Olivier de Marliave Crédits : DR - Radio France

Le philosophe Dov Hercenberg raconte qu’au moment où  l’écrivain Yitzhak Goren publia son livre Un été alexandrin, consacré à l’histoire de familles juives en Egypte, il décida de changer de nom : il reprit celui de Gormezano qu’il avait en arrivant en Israël dans les années cinquante et que ses parents, nouveaux immigrés, avaient hébraïsé en Goren. Voici ce qu’il écrit :

« Gormezano est le nom qui fut donné à mes ancêtres à leur arrivée en Espagne avant l’Inquisition, alors qu’ils venaient de Gorms, c’est-à-dire en fait de Worms, ville allemande où ils furent persécutés et dont ils furent chassés. Au Moyen Age ces Juifs allemands de Gorms arrivèrent ainsi en Espagne, qui était l’Amérique d’alors, et y vécurent un certain temps. C’est ainsi qu’en Espagne ils eurent droit à un nom mi-allemand, mi-espagnol, un mélange de deux diasporas en un seul nom : Gormezano... 

Mais, mes ancêtres ne restèrent pas en Espagne. L’expulsion des juifs espagnols en 1492 les remit sur le chemin de l’errance. Ils repartirent vers le nord jusqu’en Suède où, alors qu’ils ne renonçaient pas à leur nom Gormezano, les Suédois, eux, les appelaient les Espagnols. 

Ce renvoi à l’origine cachait pour les Suédois un refus de reconnaître ces étrangers comme des autochtones. Alors que pour les Gormezano, la pratique d’un nom qui venait d’ailleurs témoignait d’un attachement à cet ailleurs. 

Plus tard, mes ancêtres passèrent de Suède en Turquie. Là, ils furent appelés los Suedos

De Turquie ils arrivèrent en Égypte où ils devinrent los Turquanos

Enfin, arrivés en Israël, on les appela les Égyptiens, des Égyptiens dont le nom était Gormezano, en référence à la ville allemande de Worms, qu’ils avaient quittée depuis bien, vraiment bien longtemps...

C’est alors que mes parents éprouvèrent le besoin d’adapter leur nom à la langue israélienne et de l’hébraïser en Goren. Mais moi, j’ai choisi de rechanger de nom et de revenir à Gormezano parce je veux que mon nom reflète mon histoire. »

Cette petite histoire nous éclaire beaucoup sur l’histoire des juifs, elle témoigne de la manière dont les nations et leurs gouvernants à travers les siècles ont fait une place aux juifs, les accueillant, les intégrant, mais aussi les tenant à l’écart, les rejetant et les expulsant pour parfois même leur demander de revenir, créant chez ces populations juives une incertitude et une précarité, une intranquillité de l’âme, qui avec le temps s’est inscrite dans la manière dont les juifs ce sont eux-mêmes perçus et ont commencé à raconter leur histoire. 

Identité narrative qui se construisit dans la tension entre « le chemin et la demeure », entre « l’exil et le royaume », confondant parfois les aléas de l’histoire avec une ontologie de l’être juif voué à l’errance et au départ permanent, que l’humour juif d’Europe de l’est se fit un plaisir de souligner et de perpétuer à son tour : Pourquoi les juifs jouent-ils du violon ? Parce que, en cas de pogrome c’est toujours plus facile à emporter qu’un piano !

Toute vie paisible, à la suite d’un décret venant de n’importe qui et de nulle part pouvait bouleverser l’existence de chacun et de tous, comme le formule à sa manière l’histoire d’Esther et la fête de Pourim, une fête qui rassure, car tout est bien qui finit bien. D’autant plus que cette fête se poursuivait un mois plus tard par le fête de Pessah la fête de la libération de l’esclavage et la sortie d’Égypte.

Ainsi, au cours des siècles, même lorsqu’ils réussirent à s’intégrer parfaitement, les juifs n’oublièrent jamais la terre des ancêtres, que la formule « L’année prochaine à Jérusalem » scandait lors des différentes fêtes de pèlerinage ou qui s’inscrivait à même le mur de chaque maison par une pierre manquante en souvenir de la destruction des deux temples de Jérusalem.

A travers les siècles, la fatigue et la douleur que provoquèrent ces mises à l’écart, violences et restrictions, expulsions et exils successifs, poussèrent les juifs à chercher refuge dans des terres qui voudraient bien les accueillir et leur céder officiellement un lieu de séjour pour qu’ils puissent construire une société sereine, épanouie et en paix. 

Bien sûr leurs premières pensées allaient vers la terre des ancêtres qui avec le temps avait pris le nom populaire de « terre promise » mais ce n’étaient pas la seule destination envisagée. La terre promise prit d’autres figures et se démultiplia en d’autres terres d’accueil et de refuge, d’autres Terres promises. 

L’histoire de ces « Terres promises » est très peu connue et c’est le grand mérite d’Olivier de Marliave de nous offrir la possibilité de la découvrir dans l’ouvrage qu’il vient de faire paraître aux éditions Imago et qui est précisément intitulés Les terres promises avant Israël et sous-titré Du Suriname à l’Alaska, du Kenya à la Mandchourie.

Marc-Alain Ouaknin reçoit ce matin Olivier de Marliave

L'invité

Diplômé de l’Ecole supérieure de Journalisme de Lille et licencié d’espagnol, Olivier de Marliave est écrivain-journaliste. 

Il débute dans la presse écrite, puis économique. Il entre à l’ORTF magazines économiques, grands reportages, magazine transfrontalier, et participe à la création du site internet de France-Télévision.

Il est l’auteur d’enquêtes historiques et ethnographiques dont : « mythologies pyrénéennes », Magie et sorcellerie dans les Pyrénées », « Sources et saints guérisseurs », « Des Hommes et des Arbres » (histoire des espèces autour du globe), « Le monde des eunuques » et tout récemment «  Les terres promises avant Israël » aux éditions Imago.

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Le livre de l'invité

Olivier de Marliave
Olivier de Marliave Crédits : Editions Imago - Radio France

Quatrième de couverture

L’Angola, l’Alaska, la Mandchourie, la Crimée, le Kenya, le Suriname, la  Tasmanie, l’Argentine, Madagascar, le Far-West…, nombreuses furent les  terres de refuge envisagées par les Juifs avant la naissance de l’État  d’Israël.
Dès la fin du XIXe siècle, fuyant la vague des pogroms russes puis, plus  tard, les persécutions antisémites en Europe, des Juifs, cherchant à se  protéger contre la déferlante de haine, se mirent en quête de lieux  d’accueil où ils pourraient vivre librement et en toute sécurité. Au  contraire des sionistes, ces territorialistes — pour lesquels la  Palestine était inaccessible ou, du moins, ne pouvait être qu’un projet  parmi d’autres — parcoururent la planète, étudiant avec attention sols  et climats dans l’optique d’installations.
Soutenues par des intellectuels engagés, financées par de généreux  bienfaiteurs — tels les barons de Hirsch et de Rothschild —, des  expéditions, composées d’ingénieurs et d’explorateurs, s’aventurèrent,  souvent au péril de leur vie, dans les régions les plus inattendues du  globe, parvenant parfois à établir des petites communautés qui  connaîtront généralement l’extrême misère.
Dans cet ouvrage novateur, Olivier de Marliave retrace ainsi ces  tentatives méconnues ou oubliées, menées par des hommes remarquables,  soucieux d’assurer à leur peuple un simple havre de paix, tentatives qui  ne prendront fin qu’en 1948."

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