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Dominique Jarassé aux côtés du buste de Osiris

Philanthrope, mécène et collectionneur: une certaine idée de la France

32 min
À retrouver dans l'émission

1/2 L'actualité d'Osiris

Dominique Jarassé aux côtés du buste de Osiris
Dominique Jarassé aux côtés du buste de Osiris Crédits : D. J. - Radio France

Chères auditrices, chers auditeurs, toute l’équipe de « Talmudiques » se réjouit de vous retrouver pour cette sixième saison qui commence cette année la veille de la fête de Roch-Hachana qui tombe le 9 septembre prochain, suivie 10 jours plus tard par la fête de Kippour et suivie encore, cinq jours plus tard par la fête de Soukkot.

Ce qui frappe les fidèles qui fréquentent la synagogue en ces jours redoutables, outre la sonnerie du shofar, est une liturgie où reviennent avec insistance certaines prières et expressions particulières. J’en retiendrai une, essentielle. 

C’est le souhait que l’on se fait mutuellement et que l’on répète avec insistance d’être inscrit dans le « Livre de la vie ». 

Expression qui ouvre immédiatement des abîmes métaphysiques concernant la vie et la mort, le désir de vivre, d’être vivant de la façon la plus agréable possible pour soi et ses proches mais aussi pour ses amis et toute la société qui nous entoure.

« Inscrit dans le livre de la vie » : une expression qui questionne aussi le sens de la vie, et de l’au-delà de la vie. Qui questionne notre présent sur la terre et le présent que l’on fait à la terre, c’est à dire de ce que l’on laisse au monde, la trace de notre passage sur terre, passage qui a du sens parce que, comme dit Rabbi Zoussia, le monde n’aurait pas été le même pas le même si nous n’avions pas été là ! 

Livre de prières pour les fêtes juives (Mahzor). Manuscrit de Nuremberg, 1331.
Livre de prières pour les fêtes juives (Mahzor). Manuscrit de Nuremberg, 1331. Crédits : Musée d'lsraël collection du Dr. David and Jemima Jeselsohn, Zurich - Radio France

D’où d’autres questions : quelles actions nous inscrivent dans ce livre de la vie ? Quelle œuvre fera mémoire pour les générations qui viendront après nous. Comment aussi se souvenir des morts, comment leur faire une place dans la mémoire du monde, pour soient eux aussi inscrit dans le livre de la vie ?

La tradition juive propose plusieurs réponses à ces questions dont l’une, l’obligation pour chaque femme et chaque homme d’écrire un livre, son livre. La mémoire du monde se constituant ainsi comme une grande bibliothèque où chacun existera de manière éternelle, du moins tant qu’il y aura des lecteurs.

Une autre réponse est l’engagement dans les œuvres, que l’on nomme d’un terme générique complexe qui se dit en hébreu tsedaqa. Un terme qui recouvre à la fois la charité, la philanthropie, le mécénat, le fait de donner du travail, de prêter de l’argent, d’aider les institutions, d’être attentif au bien-être des autres en donnant de son temps par exemple. 

Dès lors vont se poser un certain nombre d’autres questions importantes du rapport social à l’argent, de la différence entre charité et philanthropie, entre philanthropie et mécénat, des questions qui interroge l’éthique du don. Pourquoi donne-t-on, à qui, dans quel domaine, comment répondre à toutes les sollicitations ? ensemble de question qui n’ont aucunement perdu de leur actualité aujourd’hui !

Il existe un personnage de l’histoire du XIXe siècle, dont la vie nous invite à nous poser à reformuler pour nous-mêmes quelques-unes de ces questions. Un homme qui devenu riche par la banque, va consacrer la plus grande partie de sa vie et de sa fortune aux œuvres. Un homme qui va faire de sa vie une œuvre par les œuvres, animé à la fois par un souci constant du bien-être de l’humanité dont il a toujours cherché l’amélioration, et par le désir ardent de laisser une trace de toutes ses actions qui firent de lui l’un des plus grands donateurs du XIXe siècle.

Osiris, de son vrai nom Daniel Iffla, modeste Bordelais devenu riche mécène.   ATELIER DE NADAR / RMN-GP
Osiris, de son vrai nom Daniel Iffla, modeste Bordelais devenu riche mécène. ATELIER DE NADAR / RMN-GP Crédits : ATELIER DE NADAR / RMN-GP - Radio France

Ironie du sort car ce personnage fut totalement oublié, et il aurait pu le rester encore très longtemps sans la recherche passionnée d’un professeur d’histoire de l’art de l’université de Bordeaux-Montaigne, qui pendant plus de 10 ans s’est attaché à reconstituer la vie et l’œuvre de cet homme d’exception, en le ré-inscrivant de facto dans « Le livre de la vie », c’est à dire dans la mémoire des hommes.

L'invité

Dominique Jarrassé, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université Bordeaux-Montaigne et à l’École du Louvre. 

Né en 1955, il a fait sa thèse (Paris IV-Sorbonne) sur L'architecture thermale en France entre 1800 et 1850 et son HDR (Paris IV-Sorbonne) sur L'architecture des synagogues en France au XIXe siècle

Dominique Jarassé a été chercheur à l’Institut Français d'Architecture pour l'exposition Villes d'eaux en France (1983-1985), puis maître de conférences à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Commissariat de plusieurs expositions dont Le Temps des Synagogues en France 1791-1914 au Musée d’Orsay (1991). Travaux dans le domaine du patrimoine et de l’art juifs.

Dominique Jarassé a publié :

  • L’Age d’or des synagogues (Herscher, 1991) ;
  • Rodin (Terrail, 1993) ; 
  • Une histoire de synagogues françaises. Entre Occident et Orient (Actes Sud, 1997) ;
  • Synagogues. Une architecture de l’identité juive (Adam Biro, 2001), 
  • L’art des jardins parisiens. Guide esthétique et poétique du jardin public, de l’héritage des rois aux créations contemporaines (Parigramme, 2002) ; 
  • Guide du patrimoine juif parisien, (Parigramme, 2003), 
  • Osiris, 
  • Synagogues de Tunisie (Editions Esthétiques du Divers, 2010).

Une part de ses recherches porte sur les villes thermales tant au point de vue de l’architecture que de la culture originale élaborée dans ces lieux et sur l’art colonial.

Il développe aussi une réflexion sur l’historiographie de l’histoire de l’art et la place qui y est affecté à l’art juif. 

Après un essai Existe-t-il un art juif ?, réédité en livre de poche aux Editions Esthétiques du Divers (2014), il publie ces jours-ci, une « biographie de collection » avec La Collection Strauss. Aux origines de l’art juif et du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (2018).

Transition musicale

Le morceau proposé s'entend à partir de 1h 06 minutes

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Le livre de l'invité

Osiris, mécène juif et nationaliste français

aux éditions ESTHÉTIQUES DU DIVERS

Remarque : Le site amazone indique par erreur la non disponibilité de l'ouvrage.

le livre est disponible sur le site des éditions Esthétiques du divers.

Osiris
Osiris Crédits : Dominique Jarassé - Radio France

Quatrième de couverture

Qu’y  a-t-il de commun entre offrir à l’État le château de Malmaison  restauré, ériger une statue de Jeanne d’Arc à Nancy ou de Guillaume Tell  à Lausanne, acheter un cru de Sauternes, collectionner les reliques  napoléoniennes, ouvrir pour les déshérités du port de Bordeaux un «  bateau-soupe », véritable ancêtre des « restos du Cœur », rêver de  restaurer le Temple de Jérusalem, et à défaut, financer une huitaine de  synagogues, de Paris à Tunis, ou encore léguer une trentaine de millions  à l’Institut Pasteur? 

Jeanne d'Arc par Frémiet (Nancy)
Jeanne d'Arc par Frémiet (Nancy) Crédits : Dominique Jarassé - Radio France

Ce sont quelques œuvres originales d’un homme, Daniel Iffla  (1825-1907), qui, sous le pseudonyme plus romanesque d’Osiris, voue sa  fortune de brillant financier au mécénat, selon une mystique incarnant  ses valeurs philanthropiques et nationalistes à travers un panthéon où  se croisent Moïse, Jeanne d’Arc, Napoléon, Pasteur…

Monument en l'honneur de Mesdames Boucicaut et Hirsch et de Louis Pasteur (Place Boucicaut, Paris)
Monument en l'honneur de Mesdames Boucicaut et Hirsch et de Louis Pasteur (Place Boucicaut, Paris) Crédits : Dominique Jarassé - Radio France

Mais c’est aussi une blessure profonde, un amour de jeunesse, qui lui  inspire ses fondations médicales et ce culte mélancolique de la  commémoration. Romantique attardé dans la société de la Belle Époque,  dont il est néanmoins une figure brillante, Osiris conserve toute sa vie  le souvenir de sa femme morte en couches. Il n’écrit pas ses mémoires,  mais rédige une série de testaments qui laissent entrevoir les  sentiments qui l’animaient et les valeurs qu’il partageait avec un  siècle dominé par la foi en la science et en l’homme, combinée chez lui  avec une fidélité indéfectible au judaïsme et à sa patrie. 

Plaque de la place Osiris, Paris (2018)
Plaque de la place Osiris, Paris (2018) Crédits : Dominique Jarassé - Radio France

Dans cette biographie d’Osiris, un personnage romantique et énigmatique,  l'auteur propose une plongée dans les valeurs et les mythes du XIXe  siècle. Il montre de quelle manière le mécénat artistique, le  collectionnisme et la philanthropie soutiennent l’idéal de fidélité à la  nation et au judaïsme d’un homme qui avait pour devise « Dieu, Patrie,  Liberté »

Adresse du site des éditions "Esthétiques du divers"

Site des éditions Esthétiques du divers
Site des éditions Esthétiques du divers Crédits : ... - Radio France

http://www.esthetiques-du-divers.com/?view=category&lang=fr_FR&category_id=12

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