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A Auschwitz en 2000, une visiteuse marche parmi les ruines d'une des chambres à gaz

La rhétorique négationniste

29 min
À retrouver dans l'émission

Les théories négationnistes nient des faits historiques, en manipulant le travail des historiens. Cette émission décrypte ces discours qui, savamment étudiés et emprunts de nombreuses références détournées, vise à faire douter.

A Auschwitz en 2000, une visiteuse marche parmi les ruines d'une des chambres à gaz
A Auschwitz en 2000, une visiteuse marche parmi les ruines d'une des chambres à gaz Crédits : FRANCOIS BOUGON - AFP

Si le négationnisme visait la vérité historique, il ne multiplierait pas les attaques contradictoires contre les prétendus “exterminationnistes”. Le but est ailleurs. Cette émission tente de décortiquer les outils rhétoriques (généralisations abusives, citations controuvées, affirmations péremptoires, fabulations pseudo-historiques, démarche en crabe, dénégations, brouillage des références, argument d'autorité mêlé au sarcasme crispé...) du discours négationniste. Un discours qui décrédibilise les recherches des universitaires et du monde savant, en les faisant passer pour des affabulateurs au service de l'idéologie dominante. Il s'agit surtout de briser le consensus propre à la démocratie, au nom d'un dissensus corrupteur se réclamant d'une liberté bâillonnée...

Les deux invités de cette émission, le professeur des sciences du langage Michael Rinn, et le créateur du site Pratique de l'Histoire et Dévoiement Négationniste, Gilles Karmasyn, rappellent d'abord que le discours négationniste porte en lui un paradoxe. C’est à la fois un discours qui véhicule l’émotion, mais qui se pare d’un bouclier scientifique comme argument d’autorité, et qui fait mine d’exposer calmement des arguments qui sont faux. Il y a une contradiction entre l’émotion cryptée qu’il véhicule et la prétendue raison qu’il voudrait transmettre insidieusement.

« Le discours du négationniste est discursif, il interpelle, il veut nous convaincre de quelques chose. C’est un discours chargé d’émotion, qui nous interroge sur la façon d’envisager un fait du passé », explique Michael Rinn, professeur en sciences du langage à l'Université de Brest. 

Dans les années 1970, Robert Faurisson devient un chef de file du négationnisme, après une carrière universitaire consacrée à la littérature en général, et à Rimbaud en particulier. Il s’appuie notamment sur des arguments d’autorité pour faire passer la violence du négationnisme. 

Pour Gilles Karmasyn, auteur du site Pratique de l’Histoire et Dévoiements Négationnistes, Robert Faurisson s’appuie sur des références historiques, comme des historiens authentiques, pour valider son discours négationniste :

Robert Faurisson, depuis le début des années 1970, évoque et cite très souvent un texte de l’historien Martin Borszat, publié dans le journal "Die Zeit". Ce texte a été publié en 1960 et Faurisson l’a repris  à plusieurs reprises. En 1975, Faurisson écrit : ‘’Martin Broszat y déclare qu’il n’a, en fin de compte, existé aucune chambre à gaz dans les camps situés sur le territoire de l’ancien Reich.’’ C’est une citation courte, très représentative du discours de Faurisson parce qu’on y entend que les camps de Ravensbrück, de Mauthausen, dont les témoignages, l’histoire, et les procès attestent qu’ils ont eu des chambres à gaz… Quand on se réfère au texte de Martin Broszat, jamais ce que Faurisson lui prête n’est dit. Martin Broszat parle de Dachau, et de Buchenwald , où il n’y avait pas de chambre à gaz. Martin Borzsat dit que le massacre de masse des juifs a eu lieu dans des camps d’extermination en Pologne, et en Europe de l’est, mais pas dans les camps de l’ouest. Par contre, Martin Brozsat ne dit pas que des chambres à gaz utilisées ponctuellement et sur de petites échelles n’auraient pas existé dans les camps, où ils ont existé. Faurisson travestit le discours d’un historien reconnu, pour faire passer un discours négationniste, en l’appuyant sur une historiographie légitime. Gilles Karmasyn

Le négationnisme, c’est aussi une stratégie d’interpellation, susceptible de créer une incertitude pour le lecteur. Une incertitude qui passe par une violence exercée sur l’interlocuteur. Alors, comment faire pour ne pas sombrer dans cette violence et cette manipulation ? 

Le cinéaste Claude Lanzmann, réalisateur du film Shoah, sorti en 1985, déplorait qu'il "n'y ait pas de pédagogie de l'histoire de la Shoah" : 

Ceux qui sombrent dans le négationnisme ont une méconnaissance de l’histoire de la Shoah. En cultivant la connaissance, les savoirs et la rhétorique, on peut lutter contre ce discours négationniste. Il ne peut y avoir de débat avec le négationnisme, parce que leur discours, le mensonge, la mauvaise foi, la manipulation, exclut toute possibilité de dialogue. Gilles Karmasyn

Invités  : Gilles Karmasyn,  concepteur et animateur avec Nicolas Bernard du site Pratique de l'histoire et dévoiements négationnistes et Michael Rinn , professeur en sciences du langage à l'Université de Brest, agrégé de lettres, docteur en linguistique, qui a publié des travaux sur l'indicible de la Shoah (Les récits du génocide.  1998 « Imre Kertész. Une écriture de l'extrême contemporain », 2005 « L'effet de style. Au sujet du Sang du ciel  de Piotr Rawicz », 2007). Depuis plusieurs années, il analyse les discours de l'extrême contemporain (Rhétorique de la communication publique,  2002), théorisant le fonctionnement argumentatif des nouvelles techniques de communication (« La mémoire courte d'Internet », 2006 : « Cybernégationnismes », 2006).

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