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29.11.2008 : Andrzej Zulawski, à Lodz, en Pologne, lors du festival

Andrzej Zulawski (1940-2016), l'insoumis viscéral

58 min
À retrouver dans l'émission

Fils d’un poète également diplomate, élevé entre France et Pologne, le cinéaste Andrzej Zulawski n’a cessé tout au long de sa vie d’être un brûlant destructeur de la réalité pour mieux rebâtir un univers à la fois baroque et dérangeant, parfois comique, souvent désespéré, loin de tout académisme !

29.11.2008 : Andrzej Zulawski, à Lodz, en Pologne, lors du festival
29.11.2008 : Andrzej Zulawski, à Lodz, en Pologne, lors du festival Crédits : Michal Tulinski - FORUM/MAXPPP - Maxppp

Sans concession. Les films de Zulawski secouent les spectateurs !

Son Grand Oncle était considéré comme le "Jules Verne Polonais". L’imaginaire tient de Famille ! Et parce qu’elle se veut chaotique et fuyante mais constamment maîtrisée, la mise en scène de Zulawski provoque toujours une sensation de vertige. Sans doute, les traces indélébiles d’une enfance et adolescence déchirées. 

Il (Andrzej Zulawski) attendait de son spectateur qu'il se bagarre, qu'il prenne le film qu'il lui proposait à bras le corps et qu'il s'oppose à lui, même, s'il le faut. Je pense qu'il était ravi quand ses films, comme Possession, faisaient scandale. C’est-à-dire qu’il avait justement réussi à éveiller le spectateur passif qu'il nous reprochait d'être. C'était des œuvres de combat, des œuvres d'artiste absolument soucieux de nous éveiller. Pierre Murat

Né en 1940 à Lwow (aujourd’hui en Ukraine après le partage territorial de Yalta), Allemands et Russes occupent la Pologne. L’enfant assiste à des exécutions sommaires  dans les rues tandis qu’à la maison, on mange des soupes d’écorces de bouleaux. Sa petite sœur meurt de faim sous ses yeux. Son premier film, La troisième partie de la nuit, reflète ce flagrant traumatisme et les bouleversements de sa naissance. Le reste de ses œuvres également, plus ou moins consciemment. En tout, 13 longs métrages, 2 moyens métrages et 26 livres à l’inspiration débridée. L’auteur y raconte moult amours trash sur fond de communisme (le mal absolu) "vivisectionné". En exergue, la justification d’un idéal ailleurs banal : la liberté à tout prix ! Il s’est battu toute sa vie contre l’autorité sous toutes ses formes. 

Le réalisateur Andrzej Zulawski, le 22 juillet 2008, à Wroclaw (Pologne)
Le réalisateur Andrzej Zulawski, le 22 juillet 2008, à Wroclaw (Pologne) Crédits : Tatiana Jachyra - Forum/MAXPPP - Maxppp

Mais évidemment, c’est le cinéaste de l’uppercut qui nous interpelle en premier lieu, de L’important c’est d’aimer à La fidélité (adaptation fiévreuse de la princesse de Clèves) en passant par La femme publique (son regard sur les possédés de Dostoïevski), Mes nuits sont plus belles que vos jours (d’après Raphaële Billetdoux), L’amour braque (tiré de L’idiot de Dostoïevski) ou Possession, tourné à Berlin au pied du mur glauque. Dans Possession, justement, Zulawski filme la désintégration d’un couple et une allégorie paralysante sur le thème du double. Une obsession organique que l’on retrouve dans beaucoup de ses films. A ses yeux, une sorte de parabole de la condition humaine !. Avec des manifestations paroxysmiques qui remontent du plus profond de nous-même (voire du cerveau reptilien si on songe au monstre de Possession). 

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4 min
Archives INA : Andrzej Zulawski au micro de Sylvain Augier dans l'émission "Rendez-vous, vous êtes cerné" sur France Inter (23 mars 1993)

Et pour l’incarner, des femmes totalement sous l’influence du charmant démiurge malgré son humeur d’Ogre. C’est toute l’ambiguïté du cinéaste : Séducteur mais inquisiteur et manipulateur ! Et au final attachant pour celles et ceux qui l'ont côtoyés, supportés et aimés. Ainsi, Romy Schneider, Isabelle Adjani, Valérie Kaprisky ou Sophie Marceau doivent à Zulawski "le rôle de leur vie". C’est du moins ce qu’elles ont déclaré. Une sacrée unanimité si on considère la fièvre éprouvante voire cannibalesque des tournages. Zulawski se plaisait d'ailleurs à répéter que les actrices sont inépuisables (sic). Il leurs donnait toujours le rôle essentiel !

 (De G à D) Lambert Wilson, Valérie Kaprisky et Francis Huster posent, le 13 mai 1984, avant la projection du film d'Andrzej Zulawski "La femme publique", hors compétition à la 37e Festival international du film de Cannes
(De G à D) Lambert Wilson, Valérie Kaprisky et Francis Huster posent, le 13 mai 1984, avant la projection du film d'Andrzej Zulawski "La femme publique", hors compétition à la 37e Festival international du film de Cannes Crédits : Ralph Gatti / AFP - AFP

Plus généralement, Zulawski insistait sur le fait que réaliser un film revient à mettre dans une petite capsule ce qui prend le temps d’une vie. Une formule simple et délicate qui cachait aussi assemblages avec ruptures et confrontations névrotiques. Comme dans La fidélité, sans illusion sur cette dernière pour le cinéaste. Une forme d’accouchement dans la douleur. Et un testament affectif. Tout Zulawski ! Dans sa vie quotidienne comme dans ses films. Pareil ! Les deux y étant toujours mêlés.

La maison familiale Zulawski dans la banlieue de Varsovie (Pologne)
La maison familiale Zulawski dans la banlieue de Varsovie (Pologne) Crédits : Dominique Prusak

A la fin de sa vie, à l’intérieur de sa grande maison au milieu des bois en banlieue de Varsovie, le cinéaste et écrivain toisait la maladie qu'il voyait pourtant l'envahir inexorablement. Refusant les médecins, il se voulait inébranlable à la fois du corps et de l’esprit. Intègre et sans jamais capituler ! L’éthique, comme squelette du monde, et lui,  en homme libre. Toujours à la recherche de la beauté perdue, jusqu’au dernier souffle. «

Il n’y a que dans le monde de l’enfance que le lien entre le beau et le propre est évident. C’est pour ça que l’enfance est un idéal pour soi-même. Andrzej Zulawski

Intervenants

  • Mathieu Zulawski (frère très proche d'Andrzej Zulawski. Il est enseignant et traducteur)
  • Xavier Zulawski (son fils aîné, cinéaste)
  • Valérie Kaprisky (actrice de La femme publique)
  • Marc Guidoni (producteur et réalisateur)
  • Erik Veaux (ami et traducteur de ses livres)
  • Pierre Murat (critique de cinéma)
  • Avec la voix d'Andrzej Zulawski
L'actrice Valérie Kaprisky après son interview par Dominique Prusak, producteur du documentaire sur Andrzej Zulawski (Paris, novembre 2020)
L'actrice Valérie Kaprisky après son interview par Dominique Prusak, producteur du documentaire sur Andrzej Zulawski (Paris, novembre 2020) Crédits : Dominique Prusak

Un documentaire de Dominique Prusak, réalisé par François Teste. Prise de son Bruno Mourlan. Archives INA, Marie Chauveau. Avec la collaboration d'Annelise Signoret, de la Bibliothèque de Radio France et Elna Fraysse, stagiaire.

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4 min
Archives INA : Francis Huster puis Andrzej Zulawski à propos du film "La femme publique" et la direction d’acteurs dans "Les étoiles du cinéma", sur France Inter (04 mai 1984)

Extraits des films : L'important c'est d'aimer (1975), Possession (1981), La femme publique (1984), L'amour braque (1985), La fidélité (2000) d'Andrzej Zulawski et des documentaires Varsovie, la forêt forteresse (2008) et Andrzej Zulawski - Matière noire - Episode 1 (2012).

Si j'ai la chance de faire un film et si je n'y mets pas tout ce que j'ai, tout ce que je sais, tout ce que j'ai appris, tout ce que le monde m'a appris, tout ce que la vie m'a appris… je fais quoi ? Je m'amuse n'est-ce pas ? Je ne saurais pas faire ça. Cette espèce de bonheur de pouvoir faire un film… En deux heures vous ramassez combien d'années de la vie ? Je ne sais pas, ça dépend. Certains ne ramassent rien du tout parce qu'ils ne vivent pas mais certains peuvent mettre cinq, six, dix ans de leur vie en un seul bloc et essayer de le donner aux autres en disant "qu'est-ce que vous en pensez ?" Andrzej Zulawski

Archives INA :

  • Projection privée de Michel Ciment, sur France Culture (1991) 
  • Les étoiles du cinéma sur France Inter (04.05.1984 et 04.08.2001)

Musique :

  • BO des films d'Andrzej Zulawski signées Andrzej Korzynski, Georges Delerue (1925-1992) pour L'important, c'est d'aimer (1975), Frédéric Chopin (1810-1849) pour La note bleue (1991)
  • Chanson pour ma Varsovie est le titre de la musique qui termine le documentaire. Cette chanson, très populaire, a été écrite pendant la seconde guerre mondiale :
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Pour aller plus loin

  • Biographie de Zulawski à lire sur le site de l’Institut Adam Mickiewicz, chargé de promouvoir la culture polonaise.
  • Andrzej Zulawski ou le chaos de la chair : article de Marc Alpozzo, paru dans La Revue du cinéma, n°2, juin/juillet 2006, en ligne sur son blog.
  • Extrait de l’émission de la RTS Entracte avec Andrzej Zulawski (novembre 1981).
  • Hommage à notre Zuzu d’amour : hommage signé par la rédaction de Chaosreigns.fr, site de critique cinématographique fondé par Romain Le Vern.
  • Interview de Zulawski par Margaret Barton-Fumo, publiée par le site Film Comment en mars 2012.
  • Le cinéma français d’aujourd’hui me fait chier. Entretien avec Andrzej Zulawski dans l’émission L’invité sur TV5 Monde, décembre 2015 :
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Bonus

  • Le parler des oiseaux, une histoire en famille : Xawery Zulawski, fils d'Andrzej, a tourné l'année dernière le dernier scénario écrit par son père. Il l'a réalisé dans l'esprit de celui-ci. Mowa ptakow (en polonais) est sorti dans un circuit de salles en Pologne et a été primé dans le grand festival de film polonais à Gdynia. En France, il n'est disponible que sur Netflix (sous-titré en français avec une traduction de Mathieu Zulawski, l'oncle de Xawery).
  • Varsovie, la forêt forteresse, un long métrage documentaire produit par Marc Guidoni d'après l'ouvrage La forêt forteresse d'Andrzej Zulawski (éditions Stock, collection Nouveau cabinet cosmopolite, 1994. Traduit en français par Mathieu Zulawski, le frère d'Andrzej). Il était une fois un pays totalitaire dans lequel a existé un improbable îlot d'intelligence et de résistance auto-baptisé 'Principauté de Varsovie'... Des intellectuels tentaient d'y survivre, tant bien que mal. Pour cela, ils n'avaient d'autre choix que de pratiquer un double-jeu pour éviter de se faire broyer par les vis du régime. Jusqu'où était-il possible d'aller sans définitivement perdre son âme ?... Co-réalisé par Jean-Philippe Guigou et Andrzej Zulawski.
  • Andrzej Zulawski - Matière noire - Episode 1 (2012), un long métrage de fiction produit par Marc Guidoni, qui n'a pas pu être tourné. Pour découvrir son thème, une petite balade à la gare de Lyon à Paris intitulée Carnets de route pendant laquelle Andrzej Zulawski se confie au journaliste Jean-Jacques Bernard.
  • Coffret Andrzej Zulawski (DVD Malavida, Pologne, 1972-1976, PAL, 4/3 - 106' 123' 157' Zone 2, Couleur) : Ce coffret réunit trois films qui ont révélé le talent d'Andrzej Zulawski et son esthétique choc aussi originale qu'avant-gardiste. La 3ème partie de la nuit (1972), Le Diable (1972), Sur le globe d'argent (1988).
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