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Charles Baudelaire, photographie d'Etienne Carjat, vers 1862

Charles Baudelaire (1821-1867) : le poète "maudit"

59 min
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"Ô fangeuse grandeur ! sublime ignominie !" : Baudelaire conclut ainsi son poème consacré à une prostituée, "Tu mettrais le monde entier dans ta ruelle". Pour le poète et l'homme, la beauté est dans la dualité, elle balance sans cesse entre perversion et transcendance, entre éphémère et infini.

Charles Baudelaire, photographie d'Etienne Carjat, vers 1862
Charles Baudelaire, photographie d'Etienne Carjat, vers 1862 Crédits : Wikipedia

"Baudelaire gagne à être vu", faisait déjà remarquer non sans ironie Sainte Beuve, trois ans après la condamnation des Fleurs du mal, alors que le poète tentait vainement de se faire élire à l’Académie française : "là où l’on s’attendait à voir un homme étrange, excentrique, on se trouve en présence […] d’un gentil garçon, fin de langage et tout à fait classique dans les formes".

Baudelaire gagne encore aujourd’hui à être redécouvert, tant les images successives et contradictoires du poète - décadent, révolutionnaire, réactionnaire, classique, chrétien, moderne - continuent d’exercer leur effet narcotique.

Jeanne Duval par Edouard Manet, 1862
Jeanne Duval par Edouard Manet, 1862 Crédits : Wikipedia

Né dans une "odeur de vieux" (Jean-Baptiste Baronian), auteur d’une œuvre "singulièrement mince" (Pierre Pachet), Baudelaire est encore, à l’image du peintre de la vie moderne, ce solitaire qui va, court et cherche la beauté mystérieuse, "si minime, si légère qu’elle soit".

En réalité, Charles Baudelaire fut tour à tour effrayé et émerveillé devant la vie ; il loua tantôt dans la femme une volupté traîtresse, tantôt un splendide apaisement. Jean Follain

Baudelaire n’a rien d’un flâneur parisien qui s’abandonnerait à la pente de ses rêveries ou de ses obsessions. C’est un rôdeur, un chiffonnier de la ville, que le monde social ne laisse pas en répit. Qu’est-ce qu’être un individu dans une société de masse ? Après avoir épousé la foule, Baudelaire se retire dans ses vers. 

De la vaporisation et de la centralisation du moi. Tout est là. Charles Baudelaire (Mon cœur mis à nu, 1897, œuvre posthume)

Aquarelle de Constantin Guys, peintre et croqueur de scènes parisiennes, à qui Baudelaire consacre son recueil Le Peintre de la vie moderne
Aquarelle de Constantin Guys, peintre et croqueur de scènes parisiennes, à qui Baudelaire consacre son recueil Le Peintre de la vie moderne Crédits : Wikipedia

C’est un Baudelaire de la "pensée vivante" (Pierre Pachet) qui émerge dans l’extraordinaire souplesse de sa phrase poétique, capable de suivre les ondulations du désir comme de restituer les chocs du temps. Mais ce sens de l’oscillation et de l’aléatoire surgit surtout, comme à l’état brut, dans ses Journaux intimes et Carnets, avec la liste de ses projets irréalisés.

Dans un monde qui va finir, Baudelaire apparaît alors comme l’auteur de "fusées pensantes" (Pierre Pachet), c'est-à-dire d’idées fulgurantes qui ont donné quelques morceaux de bravoure dont le sens résonne encore pleinement aujourd'hui.

Dans ses velléités, qui sont précisément des fusées, quelque chose jaillit de lui, qui n'ira pas à terme certainement, mais qui a cette capacité merveilleuse de la fusée d'exploser, d'illuminer et de s'éteindre ensuite non sans avoir éclairé l'ensemble d'un paysage mental et d'un paysage social. Pierre Pachet

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Archive INA : Lecture d'une lettre de Charles Baudelaire a sa mère du 03/08/1838. Diffusion : 04/04/1970 France Culture
L'Atelier du peintre de Gustave Courbet,1855. Des proches du peintre et divers "types sociaux" y sont représentés. Baudelaire figure au premier plan à droite, penché sur un livre.
L'Atelier du peintre de Gustave Courbet,1855. Des proches du peintre et divers "types sociaux" y sont représentés. Baudelaire figure au premier plan à droite, penché sur un livre. Crédits : Wikipedia

Intervenants 

Ivresse religieuse des grandes villes. Panthéisme. Moi, c’est tous ; tous, c’est moi. Tourbillon. Charles Baudelaire (Fusées, 1867)

Textes (extraits) lus par Sophie Merceron : Fusées, Mon cœur mis à nu, Épigraphes, Notices, Titres et canevas.

Archives INA :  Eugène Ionesco, François Mauriac, Pierre Jean Jouve, Eugène Guillevic, Jean Follain

Un documentaire de Christine Lecerf et Jean-Claude Loiseau. Mixage, Rémi Fessard. Archives INA, Emilie Trasente. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio et France et Juliette Dronne, stagiaire. Nouvelle page web, Sylvia Favre.

Le rôdeur parisien est en proie à ce grand désert d'hommes qu'est la capitale, qui le conduit à croiser ces espèces de figures spectrales ou allégoriques de la modernité que sont la petite vieille, le vitrier, le joueur d'orgue de Barbarie. Jean-Michel Maulpoix

Bibliographie

Pour aller plus loin

Rediffusion du 25.03.2020

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