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La réalisatrice Jacqueline Audry (à gauche) donne des instructions à Andrée Debar et Jean Danet entre deux prises de vues sur le tournage du film "La Garçonne" (02 janvier 1956)

Jacqueline Audry (1908-1977), la disparue du cinéma français

58 min
À retrouver dans l'émission

Qui se souvient de celle qui fut, dans les années d’après-guerre, la seule réalisatrice du cinéma français ? En dépit des millions de spectateurs de ses adaptations de Colette, le souvenir de Jacqueline Audry et des très libres héroïnes de ses seize longs métrages a presque disparu…

La réalisatrice Jacqueline Audry (à gauche) donne des instructions à Andrée Debar et Jean Danet entre deux prises de vues sur le tournage du film "La Garçonne" (02 janvier 1956)
La réalisatrice Jacqueline Audry (à gauche) donne des instructions à Andrée Debar et Jean Danet entre deux prises de vues sur le tournage du film "La Garçonne" (02 janvier 1956) Crédits : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho - Getty

Les histoires du cinéma ne mentionnent qu’en passant son nom quand elles ne l’oublient pas complètement. L’œuvre et le parcours de Jacqueline Audry méritent pourtant d’être redécouverts tant ils sont singuliers au sein d’un cinéma français des années 1940-1950 où les femmes n’ont guère de place, et où les personnages féminins occupent rarement le premier plan. Dix ans avant qu’Agnès Varda réalise son premier film, La Pointe courte, Jacqueline Audry commence à composer une œuvre foisonnante et audacieuse qui comptera pas moins de 16 longs métrages et deux séries télévisées, célébrant à chaque fois l’émancipation féminine.

Fille d’un préfet dont les affectations lui font traverser la France au cours de son enfance, Jacqueline Audry naît à Orange en 1908. Petite-nièce de Gaston Doumergue (président de la République de 1924 à 1931), elle est surtout la sœur cadette de Colette Audry, future romancière et féministe engagée, amie proche du couple Simone de Beauvoir-Jean-Paul Sartre. Les deux sœurs seront toujours très proches, Colette collaborant au scénario de plusieurs films de Jacqueline. C’est elle aussi qui fait lire à sa sœur le roman de Dorothy Bussy, Olivia, dont Jacqueline tirera un de ses films majeurs en 1951. Soledad, une pièce de Colette Audry sert également de point de départ aux Fruits amers, avant-dernier long métrage de Jacqueline, en 1967, qui lui vaut le Grand Prix du cinéma français.

Scripte et assistante à la réalisation pendant dix ans sur des filmés signés Max Ophuls, Georg Wilhelm Pabst ou Jean Delannoy, Jacqueline Audry fait preuve d’indépendance en se mariant trois fois (la dernière avec Pierre Laroche, journaliste au Canard enchaîné qui sera le scénariste de nombre de ses films) et en élevant seule son fils, qui travaillera par la suite avec elle. Elle passe à la mise en scène en 1946 avec une adaptation des Malheurs de Sophie, de la comtesse de Ségur. Mais c’est deux ans plus tard, avec Gigi, première de ses trois adaptations des romans de Colette, qu’elle s’impose véritablement puisque le film attire plus de trois millions de spectateurs ! 

Danièle Delorme dans le film "Gigi" (1949) de Jacqueline Audry
Danièle Delorme dans le film "Gigi" (1949) de Jacqueline Audry Crédits : ZUMA PRESS/MAXPPP - Maxppp

Dès lors, Jacqueline Audry, seule femme derrière la caméra, devient “la Madame du cinéma français” comme la surnomme la presse, étonnée de voir une si petite femme tracer son chemin avec autorité dans un milieu où il n’y a que des hommes. A la suite de ce succès, elle voit ses budgets augmenter, et elle réunit dans ses films les plus grandes vedettes de l’époque (Edwige Feuillère, Arletty, Danièle Delorme, Gaby Morlay, Fernand Gravey, Jean-Claude Brialy…).

Outre Colette (dont elle adapte Minne, l’ingénue libertine puis Mitsou), elle porte à l’écran une pièce de Sartre (Huis clos), un roman sulfureux de Victor Margueritte (La Garçonne), un western tourné en Camargue (La Caraque blonde), un film de cape et d’épée (Le Secret du chevalier d’Eon)… et surtout le stupéfiant Olivia où elle met en scène avec une grande liberté des amours lesbiennes dans un élégant pensionnat de jeunes filles.

En dépit de l’originalité de ses personnages féminins, son cinéma souvent en costumes, ses films tournés en studio sont trop associés à la Qualité Française pour plaire à la Nouvelle Vague et elle fait partie des nombreux cinéastes dont la carrière est balayée par l’irruption de Truffaut, Godard & co. Sa tentative de road-movie (Les Petits matins, 1962) est un échec, et si elle est la première réalisatrice à être membre du jury au festival de Cannes en 1963, elle sombre doucement dans l’oubli. Son dernier long métrage, Le Lis de mer (1969) ne sortira jamais.

Lorsqu’elle meurt dans un accident de voiture le 19 juin 1977, plus grand-monde ne se souvient de cette pionnière, et cette disparition des histoires du cinéma ne cesse d’interroger. 

Car sous ses allures classiques et rassurantes, le cinéma de Jacqueline Audry est incroyablement transgressif et féministe, à l’image de ses héroïnes, pour une époque corsetée où le conformisme régnait en maître. Il n’est que temps de la redécouvrir.

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Intervenants

Bibliographie

Photo de plateau : Gaby Morlay, Hélène Pépée, Danièle Delorme et Yvonne de Bray dans "Gigi" (1949).
Photo de plateau : Gaby Morlay, Hélène Pépée, Danièle Delorme et Yvonne de Bray dans "Gigi" (1949). Crédits : D.R. Collection Cinémathèque Française

Extraits des films de Jacqueline Audry : Les Malheurs de Sophie (1946) - Gigi (1949) - Minne, l’ingénue libertine (1950) - Olivia (1951) - Les Petits matins (1962)

Extraits diffusés : Olivet ; portrait de Jacqueline Audry, Centre Actualités, 8 avril 1976 - Cinépanorama, Jean Danet interviewe Jacqueline Audry, RTF, 2 mars 1957 - Archives littéraires, rencontre avec Colette, RTF, 1 octobre 1949 - Actualités du cinéma, interview de Danièle Delorme, RTF, 1 septembre 1950 - Paris vous parle, Hommage à Colette, Chaîne nationale, 4 août 1954 - Rendez-vous à cinq heures, Paris Inter, 19 janvier 1951 - Avant-premières, interview de Jacqueline Audry à propos des Petits matins, Chaîne Parisienne, 18 mars 1962 - Chronique de l’Association des auteurs de films, causerie de Jacqueline Audry, France Culture, 26 octobre 1964.

Écouter
4 min
Archive INA : Paris Inter, "Chronique de l'association des auteurs de films" le 18.12.1955. Causerie de Jacqueline Audry, réalisatrice, qui veut montrer que la place d'une femme peut être à côté de la caméra.

Un documentaire de Didier Roth-Bettoni, réalisé par Marie Plaçais. Prise de son, Nicolas Mathias ; mixage, Pierre Monteil. Archives INA, Isabelle Fort-Rendu. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France.

Scénario augmenté appartenant à Danièle Delorme pour "Minne, l’ingénue libertine" (1950)
Scénario augmenté appartenant à Danièle Delorme pour "Minne, l’ingénue libertine" (1950) Crédits : Stéphane Dabrowski, Cinémathèque Française. collection Cinémathèque Française

Musique

  • Mitsou (RCA 1957), composée par Georges Van Parys, est interprétée par Odette Laure. Extrait de la BOF du film éponyme de Jacqueline Audry (1956)
  • La Garçonne (Columbia 1957), interprétée par Colette Mars. La musique de cet autre film de Jacqueline Audry est signée Jean Wiener.  Chansons : Jean Marsan, Albert Willemetz : La Garçonne (éditions Salabert)
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