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Le scénariste et réalisateur français Michel Audiard regarde les Champs-Elysées depuis le balcon de son bureau de production à Paris (1972)

Michel Audiard (1920-1985), Titi argotique et poétique

58 min
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"Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière" Michel Audiard. La citation célèbre ne passe pas inaperçue, elle laisse, elle aussi, paraître la lumière, vive comme l’esprit et la plume de son auteur. Michel Audiard, toute une vie à dialoguer le cinéma.

Le scénariste et réalisateur français Michel Audiard regarde les Champs-Elysées depuis le balcon de son bureau de production à Paris (1972)
Le scénariste et réalisateur français Michel Audiard regarde les Champs-Elysées depuis le balcon de son bureau de production à Paris (1972) Crédits : Photo de Pierre Vauthey / Sygma / Sygma via Getty Images - Getty

La gouaille de Michel Audiard a renouvelé l’art du dialogue et durablement marqué le cinéma de son empreinte. Une écriture nourrie par la biographie du Titi parisien, pris dans les soubresauts de la guerre, puis les temps difficiles de la reconstruction, jusqu’à l’entrée fracassante de sa parole au cinéma, portée par les plus grands acteurs. Une musique du Paris oublié, riche d’une langue qui témoigne de l’histoire des classes populaires et devenue emblématique du cinéma français d’après-guerre.

Principaux mots d'argot du film "Les Tontons Flingueurs". Exposition "Gaumont 120 ans de cinéma" au 104 (Paris)
Principaux mots d'argot du film "Les Tontons Flingueurs". Exposition "Gaumont 120 ans de cinéma" au 104 (Paris) Crédits : Tangopaso (30.04.2015) - Wikipédia - CC BY-SA 3.0

(A quel moment avez-vous compris que vous étiez fait pour ces phrases de cinéma ?) C'est en écoutant certainement un des premiers films de Jacques Prévert. C'est en écoutant du Prévert que je me suis dit "tiens, il y a un langage cinématographique". Ça m'a paru évident, tout d'un coup. J'ai dit "on peut faire parler des acteurs au cinéma". J'ai eu une espèce de révélation d'une possibilité et je me suis lancé là-dessus. S'il n'y avait pas eu Prévert, je n'aurais certainement jamais écrit pour le cinéma. Michel Audiard

Michel Audiard et Jean Gabin pour la sortie du film "Le drapeau noir flotte sur la marmite" à Paris en 1971
Michel Audiard et Jean Gabin pour la sortie du film "Le drapeau noir flotte sur la marmite" à Paris en 1971 Crédits : Photo REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho via Getty Images - Getty

Le ton d’Audiard est immédiatement identifiable : un humour ravageur, des répliques comme des bombes. Les acteurs phares du cinéma d’après-guerre, Jean Gabin et Lino Ventura en tête, donnent corps peu à peu à l’écriture sur mesure du scénariste qui adapte des romans à l’écran et en réinvente le style. Chaque film recèle en lui son propre pastiche, une parodie intégrée à l’œuvre elle-même. C’est la force du style et de l’écriture que Michel Audiard déploiera pleinement – après un passage par la réalisation et l’écriture romanesque – en se spécialisant dans les dialogues, faisant de l’exercice un art en soi, une incarnation de la repartie, de la poésie au cinéma.

De droite à gauche : Francis Blanche, Lino Ventura et Sabine Singen dans une scène du film "Les Tontons Flingueurs" de Georges Lautner, le 14 avril 1963
De droite à gauche : Francis Blanche, Lino Ventura et Sabine Singen dans une scène du film "Les Tontons Flingueurs" de Georges Lautner, le 14 avril 1963 Crédits : Photo Keystone-France / Gamma-Keystone via Getty Images - Getty

C'est un personnage qui est très complexe, qui est bien différent de celui qu'on imagine. C'est un dilettante qui n'arrête pas de travailler. C'est un type qui fait du cinéma populaire alors qu'il est nourri de littérature classique. C'est quelqu'un qui pratique l'ironie alors qu'il a une face très sombre, qui est liée à son deuil principalement, mais qui a construit aussi cette image de dilettante, de rigolo pour dissimuler le fait que son apparente facilité à aligner les bons mots étaient peut-être aussi le résultat d'un travail. Marc Lemonnier

À l’occasion du 50e anniversaire du tournage du film "Un singe en hiver" à Villerville (Calvados, France), la ville fut décorée avec les portraits des deux principaux acteurs, Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo
À l’occasion du 50e anniversaire du tournage du film "Un singe en hiver" à Villerville (Calvados, France), la ville fut décorée avec les portraits des deux principaux acteurs, Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo Crédits : Roland Godefroy - Wikipédia - CC BY-SA 3.0

L’enfance et la jeunesse de Michel Audiard se déroulent dans le Paris populaire du 14ème arrondissement. Tour à tour soudeur, vendeur de journaux, coureur cycliste, Audiard vit cent vies avant le cinéma, cent métiers dont ses dialogues gardent les teintes. 

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Archive INA : Extrait de "Radioscopie" de Jacques Chancel consacré à Michel Audiard. Évocation de ses métiers avant le cinéma (France Inter, 07.03.1975)

Sa biographie est parsemée d’anges gardiens (l’oncle Léopold qui l’a élevé), de deuils (celui de son fils, François) et de secrets. On ne connaît du personnage public que le farceur, une pose démentie par la gravité de son roman autobiographique La nuit, le jour et toutes les autres nuits. Un personnage provocateur – jouant du mensonge - dont les ambiguïtés ont alimenté les critiques (notamment de la Nouvelles Vague) et que la postérité (2020 est l’année du centenaire de sa naissance) permet peu à peu d’éclaircir. 

Michel Audiard et son fils François (1949-1975) en mars 1968
Michel Audiard et son fils François (1949-1975) en mars 1968 Crédits : Photo de Jack Burlot/Apis/Sygma/Sygma via Getty Images - Getty

Dialoguiste, c'est pas vraiment un métier. Ce n’est pas tout à fait normal parce qu'on prend un bouquin, on change à peu près tout pour commencer, sauf si c'est un bon livre, et puis alors, on fait parler des gens... En vérité, le métier de dialoguiste, c'est plus un don qu'un métier, je crois. On est dialoguiste et on ne le devient pas. On peut, peut-être, devenir scénariste en lisant beaucoup et en plagiant beaucoup mais dialoguiste c'est un don, vous comprenez ? Les vrais dialoguistes, il n'y en a pas eu des tonnes. Michel Audiard

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5 min
Archive INA : Extrait de "Nonobstant" où Jacques Audiard évoque son père, Michel, le cinéma, la littérature et le film "Mortelle randonnée" (France Inter, 31.08.2009)

Ce documentaire revient sur une trajectoire qui se confond avec celle du cinéma populaire et de ses vedettes, en compagnie de son fils Jacques Audiard, de la comédienne Marlène Jobert, et des critiques et spécialistes de son cinéma, Marc Lemonnier et Stéphane Germain.

Bernard Blier et Martine Carol sur le tournage du film "Le cave se rebiffe", en 1961, réalisé par Gilles Grangier
Bernard Blier et Martine Carol sur le tournage du film "Le cave se rebiffe", en 1961, réalisé par Gilles Grangier Crédits : Cité Films-Compania Cinematografica Mondiale-Sunset Boulevard-Corbis - Getty

Bibliographie

Michel Audiard, en mars 1968, sur le tournage de son film "Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages"
Michel Audiard, en mars 1968, sur le tournage de son film "Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages" Crédits : Photo Keystone-France / Gamma-Keystone via Getty Images - Getty

Archives INA :

Radio : Radioscopie, de Jacques Chancel, consacrée à Michel Audiard (France Inter, 07.11.1969) - André Pousse dans l’émission Tire ta langue, L’art de Michel Audiard (France Culture 14.05.2002) - Radioscopie, de Jacques Chancel, consacrée à Françoise Rosay (France Inter, 13.11.1968).

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2 min
Archive INA : Extrait de "Radioscopie" de Jacques Chancel consacré à Michel Audiard. Il nous raconte le plaisir de dire une vacherie, et nous parle aussi de pudeur et d'amitié (France Inter, 07.03.1975)

Télévision : Michel Audiard nous fait visiter le XIVème arrondissement dans L’invité du dimanche (12.02.1970) - Extrait du documentaire Je parle pas aux cons ça les instruit,  film de Yves Riou et Philippe Ponchain (2015) - Michel Polac avec des livreurs de journaux parisiens dans Bibliothèque de poche (12.08.1969) - Bernard Blier interviewe Michel Audiard dans Samedi loisirs (18.03.1972) - Michel Audiard et Jean Gabin interviewés par Max Favalelli dans L’invité du dimanche (15.02.1970) - Michel Audiard à propos de son livre La Nuit le jour et toutes les autres nuits dans Apostrophes (Antenne2, 28.04.1978).

L'actrice française Marlène Jobert avec Michel Audiard (en mars 1968) sur le tournage de son film "Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages"
L'actrice française Marlène Jobert avec Michel Audiard (en mars 1968) sur le tournage de son film "Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages" Crédits : Photo par Jack Burlot / Apis / Sygma / Sygma via Getty Images - Getty

Extraits de films utilisés : Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, Michel Audiard (1968) - Le Sang à la tête, Gilles Grangier (1956) - Un Singe en hiver, Henri Verneuil (1962) - Archimède le clochard, Gilles Grangier (1959) - Gas-Oil, Gilles Grangier (1955) - Le Cave se rebiffe, Gilles Grangier (1961) - Les Tontons flingueurs, Georges Lautner (1963) - Les Barbouzes, Georges Lautner (1964) - L’incorrigible, Philippe de Broca (1975) - La Métamorphose des cloportes, Pierre Granier-Deferre (1965).

Musiques (extraits) : BOF Le Pacha (G. Lautner), Serge Gainsbourg (1968) - BOF Les Barbouzes (G. Lautner), Michel Magne (1964) - BOF L’incorrigible (P. De Broca), Georges Delerue (1988) - BOF Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages (M. Audiard), Georges Van Parys, Stéphane Varègues (1968) - BOF Touchez pas au Grisbi (J.Becker), Jean Wiener (1954) - Titi parisien, Seth Gueko. Extrait de l’album Professeur punchline (2015).

Un documentaire de Maylis Besserie, réalisé par Marie Plaçais. Prise de son, Chantal Nouvelot et Michel Gasic ; mixage, Claude Niort. Archives INA, Véronique Jolivet. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Elna Fraysse, stagiaire.

La semaine prochaine, Virginie Bloch-Lainé et Clotilde Pivin nous emmèneront en Grèce pour un portrait de l'historien et géographe, Hérodote (vers 480 avant notre ère-vers 425), considéré comme le père de l'Histoire.

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