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Manifestation place Taksim contre le projet de destruction du parc Gezi et l'aménagement d'un projet urbain le 25 octobre 2013.

La place Taksim et le parc Gezi, à Istanbul

3 min
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Plusieurs organisations syndicales et de gauche ont annoncé vouloir s'y retrouver à nouveau en ce 1er mai et ces deux hauts lieux de la contestation du régime en place seront formellement interdit à tout rassemblement.

Manifestation place Taksim contre le projet de destruction du parc Gezi et l'aménagement d'un projet urbain le 25 octobre 2013.
Manifestation place Taksim contre le projet de destruction du parc Gezi et l'aménagement d'un projet urbain le 25 octobre 2013. Crédits : Romain Beurrier - Maxppp

Sauvé de la destruction par décision de justice, et réhabilité depuis les manifestations de juin dernier, le parc de Gezi a retrouvé son attrait perdu. Profitant de la démolition des commerces, arrêts de bus et divers panneaux publicitaires pour ressortir au grand jour. Ses platanes presque centenaires, ses massifs de fleurs, son gazon, ont été rendus à la vue des piétons, qui retrouvent l'envie de s'y délasser. Et ce n'est que justice puisque son nom justifie justement "promenade". Or le centre d'Istanbul manque cruellement d'espaces verts et ce jardin public, dessiné à la fin des années 30 par le Français Henri Proust en est l'un des rares exemples.

Quant à la place de Taksim, elle ne ressemble plus à rien. C'est devenu un immense espace bétonné, certes piéton, mais entièrement vide et désolé, planté du mât portant le drapeau turc. Le vent y souffle en rafales, le soleil qui s'y réfléchit est aveuglant, la pluie s'y accumule en immenses flaques. Sur les six avenues qui y convergeaient, seules deux ont été reliées par un tunnel souterrain, les autres se rejoignant sur une seule voie constamment engorgée. Le rond-point - en fait rectangulaire - qui servait de carrefour giratoire a été isolé de la circulation et sert le plus souvent au stationnement de la police anti-émeutes et des canons à eau qui ne quittent pratiquement jamais l'endroit. De la même manière, l'imposant centre culturel Atatürk, qui trônait fièrement au bout de la place, à moitié démonté car lui aussi sauvé in extremis de la démolition, est occupé par des policiers lourdement armés qui montent la garde jour et nuit.

Seul le petit monument aux héros de la Libération, dont le vieux tram en bois rouge fait le tour pour remonter l'avenue piétonne Istiklal, a gardé son lustre. Mais il est souvent fermé par de hautes barrières de police pour prévenir tout attroupement, toute dépradation.

Déjà obscurs avant la grande contestation de l'an dernier, les projets de la mairie concernant la place de Taksim demeurent inconnus. Mais une chose est certaine : la transformation de cette esplanade autrefois très animée ne satisfait personne. Ni les passants ni les automobilistes, puisqu'elle n'est ni entièrement piétonne ni vraiment ouverte à la circulation. En revanche, c'est certain, elle est très pratique à contrôler par la police et ses véhicules, constamment déployés là. Dévastée et défigurée, abandonnée à son sort, Taksim est devenu comme un terrain vague qui sert de champ de bataille plusieurs soirs par semaine et attend, comme une belle endormie, le coup de baguette magique qui fera à nouveau d'elle la place emblématique qu'elle fut et la fierté de la ville d'Istanbul.

Les projets du Premier ministre Erdogan.
Les projets du Premier ministre Erdogan. Crédits : Idé
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