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Le Premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi est-il l'anti-Maliki ?

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Réunion de la coalition internationale contre l'organisation Etat Islamique ce mardi à Paris en présence du Premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi.Un homme au pouvoir depuis la fin de l'été dernier confronté à des défis immenses.Son portrait par Ludovic Piedtenu.

Haidar Al Abadi, Premier ministre irakien
Haidar Al Abadi, Premier ministre irakien Crédits : ANDY RAIN - Maxppp

Ingénieur électrique et électronique de formation, Haïdar Al-Abadi dans la foulée de ses études à l'université de Bagdad choisit de prolonger son cursus en Europe.Il y achève un doctorat à Manchester en Angleterre. Nous sommes en 1981, il a 29 ans, et l'homme se voit bien retourner en Irak.Mais il mettra plus de 30 ans avant d'y revenir et 40 ans pour en être le Premier ministre.

A la sortie de la fac, pendant des années, à Londres - plusieurs journalistes de la BBC peuvent même aujourd'hui en témoigner - on le voyait entretenir et réparer les ascenseurs de la prestigieuse radio-télévision publique britannique.Haïdar Al-Abadi, réparateur d'ascenseurs aujourd'hui confronté à l'organisation Etat Islamique sur son sol.L'homme, dès l'âge de 15 ans, adhère au parti Dawa, parti chiite banni du temps de Saddam Hussein.Il le paiera en exil. Deux de ses frères seront arrêtés et éxécutés, un autre emprisonné pendant 10 ans. Tous membres de ce parti Dawa dont Nouri Al Maliki, chiite, précédent Premier ministre, était le Président... devenu l'homme fort du parti et du pays, lui aussi ayant connu l'exil.Al Abadi, lui, n'était pas une personnalité de premier rang avant de lui succéder.Il existait dans le jeu politique irakien bien sûr mais il était écrasé à l'intérieur de son parti par la stature de Maliki.A son retour en Irak en 2003, il devient simple ministre des communications, puis parlementaire en 2006 où il préside différentes commissions, celle de l'économie puis celle des finances. Jusqu'à être élu vice-président du Parlement, c'était en juillet dernier, deux mois avant de prendre la charge de la conduite du gouvernement irakien.

Comment en est-il arrivé là ? Al-Abadi est décrit comme une personne très amicale, très accessible."Pas besoin d'être méfiant après avoir parlé avec lui, pas besoin de s'inquiéter si vous êtes en désaccord avec lui" raconte Zaid Al Ali, un avocat irakien.Le chercheur à l'IRIS Karim Pakzad le décrit également comme "très aimable, c'est quelqu'un qui n'est pas détesté" dit-il. "Il est capable de faire avec tout le monde". On le dit diplomate.Ce qui lui a permis de devenir PM, ce sont les occidentaux qui ont fait pression pour obtenir le départ de l'ex-chef du gouvernement à Bagdad... en échange d'une aide militaire.Ce qui lui a permis de devenir PM, c'est aussi parce qu'il répondait aux exigences des Iraniens.Par "sa modération" dit-on, par "son comportement, son exemplarité".Haïdar Al-Abadi serait à entendre beaucoup d'experts "l'anti-Maliki" par "sa méthode de gouvernance, ses contacts, sa façon d'aborder les choses et son intelligence".Mais sur le fond, il n'y a pas beaucoup de divergences.Les deux hommes sont du même moule politique.Il ne peut pas être qualifié de pro-occidental affirme par exemple le chercheur Karim Pakzad.Mais au vu des problèmes immenses auxquels son pays est confronté, il a fait ce qu'il fallait vis-à-vis des occidentauxIl est aujourd'hui déçu. En privé, il dénonce la passivité de la coalition internationale.Haïdar Al-Abadi n'a donc pas tardé à regarder ailleurs.Ce qui explique qu'il ait choisi de se rendre à Moscou pour obtenir davantage d'aide militaire comme des hélicoptères ou des avions de combat.L'homme est certes un modéré mais un modéré ferme.

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