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Arthur Miller, un américain sur le qui-vive, avec Liliane Kerjan (1/5) / Alain Fromager

28 min
À retrouver dans l'émission

Série : Arthur Miller, un américain sur le qui-vive
Tête chercheuse de la semaine : Liliane Kerjan Ecrivaine et présidente de l'Institut franco-américain de Rennes

Premier épisode : une écriture dramatique, miroir de l’Amérique du XXème siècle.

De New-York à Paris et de Londres à Pékin, les pièces d'Arthur Miller continuent à remplir les salles de théâtre. À l'occasion d'un double-anniversaire cette année (centenaire de sa naissance, 10 ans après sa mort), notre tête chercheuse Lilian Kerjan, spécialiste de la littérature américaine du 20ème siècle, retrace le parcours d'Arthur Arthur Miller, dramaturge, romancier, et essayiste new-yorkais, « le plus moderne des écrivains américains de sa génération ».

Arthur Miller 1966
Arthur Miller 1966 Crédits : Koch, Eric / Anefo
Liliane Kerjan
Liliane Kerjan Crédits : Anaïs Ysebaert - Radio France
Ce que je sais d'Arthur Miller
Ce que je sais d'Arthur Miller Crédits : Radio France

Résumé de l'éditeur : Grand nom du théâtre et du cinéma américain, auteur de pièces toujours jouées dans le monde entier (Les Sorcières de Salem , Vu du pont , Mort d’un commis voyageur , Les Misfits ), Arthur Miller (1915-2005) reste pourtant méconnu. Une Amérique déchirée entre l’exigence d’efficacité et l’aspiration au bien, le matérialisme effréné, l’espérance de liberté, le conflit entre l’homme et la femme, la famille, la loyauté, le mal : tels sont, parmi tant d’autres, les thèmes de son oeuvre, profondément ancrée dans la modernité. Liliane Kerjan brosse le portrait intime d’un homme d’une rare intégrité morale, qui forma, avec Marilyn Monroe, un couple mythique, glorieux, puis déchiré.

Il a très tôt vu l’efficacité de la radio pour l’écriture dramatique.Liliane Kerjan

Il veut faire un théâtre efficace, un théâtre du peuple. Liliane Kerjan

L'invité culturel : Alain Fromager, comédien, pour la pièce **Vu du Pont au théâtre de l’Odéon à Paris jusqu’au 23 novembre 2015
**Ivo Van Hove monte cette pièce pour parler de la situation présente des réfugiés. Alain Fromager

Vu du pont
Vu du pont Crédits : Radio France

Vu du pont , d’Arthur Miller, mise en scène Ivo van Hove

avec : Nicolas Avinée, Charles Berling, Pierre Berriau, Frédéric Borie, Pauline Cheviller, Alain Fromager, Laurent Papot, Caroline Proust

When you haveno wife you havedreams. Quand on n’a pasde femme on a desrêves.

Il y avait un avenir

Vu de loin : un fait divers banal, de ceux qu’on oublie vite. Une histoire de gens modestes dans le New York prolétaire des années 1950, presque une enquête sociologique dans le milieu italo-américain des dockers du quartier de Red Hook, à l’ombre du colossal pont de Brooklyn.Vu du pont : une tragédie aussi vieille que le conflit entre loi et justice, ou entre réalité et désir ; une version moderne du mythe du Paradis perdu. Du récit de quelques journées décisives dans la vie d’Eddie Carbone et de ses proches, Arthur Miller réussit à tirer la matière d’une intrigue immémoriale.

Eddie est docker et fier de l’être. Toute sa vie, il a lutté pour tenir sa promesse d’élever Catherine, la nièce de sa femme Béatrice, et de garantir un bel avenir à la petite orpheline. Voilà des années que cet homme de parole se saigne aux quatre veines pour tenir sa promesse en veillant sur elle, peut-être un peu trop jalousement. Eddie n’a pas vu – n’a sans doute pas voulu voir – que l’enfant a grandi, qu’elle est devenue une femme. Et il ne voit que trop quels regards les hommes portent à présent sur elle. Leur intérêt est l’un des signes que le temps qui passe ne se réduit pas au sempiternel retour du quotidien. Si Eddie refuse d’admettre cette convoitise que Katie suscite, c’est pour que la succession des jours reste suspendue dans un éternel présent : celui de l’enfance de sa petite fille chérie, celui d’un âge où rien ne troublait encore son amour quasiment paternel. Mais Katie n’en mûrit pas moins, commence à s’habiller pour plaire... Et le moment où elle-même éprouvera un désir à son tour n’est plus loin. «Qui peut savoir ce qui devra se dévoiler ? Eddie Carbone n’avait jamais pensé qu’il aurait un destin. Un homme travaille, élève sa famille, va au bowling, mange, vieillit, et puis il meurt. Maintenant, avec le passage des semaines, il y avait un avenir, il y avait un souci que rien ne pouvait dissiper.»

Le drame s’ouvre sur la soirée fatidique où Katie apprend à Eddie qu’elle désire profiter d’une occasion magnifique pour commencer à gagner sa vie, et de belle manière : grâce aux études qu’il lui a payées, son salaire de petite sténodactylo débutante sera supérieur à celui du docker. Le même soir, il accueille chez lui deux immigrés clandestins, Marco le taiseux et son frère Rodolfo le chanteur, des cousins de sa femme à qui il offre un toit par solidarité familiale... Dès lors, tous les éléments du drame sont en place. Son déroulement implacable nous est rapporté par Alfieri, acteur, témoin, et mémoire fidèle du destin d’Eddie Carbone. Italien de naissance et Américain d’adoption, Alfieri se tient à mi-chemin entre les valeurs de ses deux patries, entre les exigences absolues du code d’honneur traditionnel et le sens nécessaire du compromis. Homme de parole mais avant tout homme de loi, il se tient en quelque sorte sur le pont entre deux mondes et deux époques. Entre la scène, aussi, où revivent les épisodes du drame, et le public qui va y assister, à une distance d’où la vie secrète de Red Hook se donne à lire dans sa vraie perspective.

Prenant Miller au mot, Ivo van Hove a restitué à l’œuvre toute son acuité en invitant les interprètes à déchiffrer sous l’anecdote l’intensité des situations, et en inscrivant leurs affrontements dans un espace épuré, trifrontal, intemporel comme la fatalité dont Alfieri est le chœur et Eddie le protagoniste. C’est cette vision, qui triomphe à Londres depuis deux saisons, que le metteur en scène belge (de retour à l’Odéon après un mémorable Misanthrope en langue allemande) va recréer dans une nouvelle traduction française, avec une superbe distribution qui comprend notamment Caroline Proust (Béatrice), Alain Fromager (Alfieri) et Charles Berling dans le rôle d’Eddie Carbone.

Intervenants
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