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Le Bataclan : salle mythique, lieu devenu symbolique // Vendredi 13 novembre, de loin et de près (2/5)

28 min
À retrouver dans l'émission

Série : "Le Bataclan : salle mythique, lieu devenu symbolique" Première partie : Jane Birkin, 1987

Jane Birkin
Jane Birkin

Le Bataclan touché, c'est Paris, capitale des cultures du monde, qui est visée.

Toute cette semaine, en solidarité avec la salle de spectcale Le Bataclan, nous allons revivre quelques grands moments de musique live jouée dans ce lieu mythique touché par la terreur des terroristes de Daesh le vendredi 13 novembre 2015.

Deuxième partie : Paris, vendredi 13 novembre, de loin et de près. Vu du Proche-Orient.
Avec : Alaa-el-Aswany, écrivain (Le Caire), Michel Kichka, auteur de bande-dessinée (Jérusalem), Karim Katlan, agrégé d’anglais, fondateur de l’association el-Atlal (Bethléhem), Ziad Medoukh, professeur de français palestinien (Gaza).

Le Caire, Egypte, 15 novembre 2015
Le Caire, Egypte, 15 novembre 2015 Crédits : Amr Abdallah Dalsh - Reuters
Jérusalem 15 novembre 2015
Jérusalem 15 novembre 2015 Crédits : Ammar Awad - Reuters

Toute cette semaine, des intellectuels du monde entier, particulièrement ceux qui vivent dans des villes touchées par des attaques terroristes ces dernières années, vont témoigner de leur ressenti face à ce vendredi 13 novembre à Paris.

Texte de Karim Kattan :

"j’ai rarement prié avec autant de ferveur que je ne l’ai fait hier. je n’ai jamais été aussi fier d’être français que je ne le suis aujourd’hui.

il ne faut jamais s’exprimer à chaud : nous ne sommes pas des politiciens, nous avons le luxe du temps. pourquoi poster quelque chose sur facebook, pour faire son intéressant ? pour se rassurer qu’il y a des choses qui marchent encore dans l’univers, le langage par exemple ?

on parle beaucoup ce matin des morts dans d’autres pays : pourquoi est-ce une attaque contre telle ou telle communauté quand l’attentat est au liban, au yémen, en iraq, dans ces pays où on pense que la mort violente est coutumière, et un attentat contre l’humanité toute entière quand c’est en france ? comme si la France représentait l’humanité-vivante mais qu’ailleurs c’étaient une autre espèce, celle de l’humanité-pour-la-mort. je comprends cet argument, il est juste et vrai, et je serai le premier à m’insurger des déclarations demain, ou après-demain, mais aujourd’hui je veux dire des bêtises. je suis, comme la plupart d’entre vous, sous le choc, et donc susceptible à l’influence de deux bêtises : la religion et le nationalisme.

**

hier soir, quand je rentrais, et que c’était la panique, les gens couraient, ne savaient pas où aller, j’ai dit des bêtises. j’ai marmonné, j’ai prié dieu.

j’ai prié comme quand je suis dans l’avion, mon petit syncrétisme à moi : une fois le signe de la croix catholique, une fois celui grec orthodoxe (on sait jamais), et des incantations : la vierge d’abord, puis les autres ; j’ai toujours l’impression que la vierge est plus propice à tendre l’oreille, elle qui est humaine aussi, qui a souffert en accouchant dans le froid et la nuit. vous savez, l’haleine d’une vache ça réchauffe pas tant que ça. après la vierge, je suis passé à dieu. je répétais, en marchant d’un pas alerte, « dieu est grand dieu est grand », en arabe.

c’est drôle, je pense en français mais j’aime et je prie en arabe. je disais donc allahu akbar, allahu akbar pendant que pas très loin d’autres disaient allahu akbar aussi. je vous raconte ça pour vous rappeler que mon allah, c’est votre dieu. je ne sais pas si leur dieu est mon allah. je ne sais pas lequel des deux est le dieu pervers. quand eux disent que dieu est grand, ils l’affirment. quand je le dis, je ne fais que l’espérer car je n’y crois plus. mais hier j’ai voulu y croire.

**

j’aurais beaucoup de choses à dire sur le choix de la rue bichat : ce triangle des bermudes des trentenaires poussettes et jeunes cons mobylettes, dont je me moquais souvent et que je fréquentais pourtant assidument. mais je me souviens notamment de ça :

après la marche pour charlie – oui, j’y suis allé – j’ai rejoint des amis qui, comme moi, avaient honte, avaient tort d’avoir honte et le savaient, mais avaient honte malgré tout d’être arabes. nous avons pris des bobuns au petit cambodge et nous sommes réfugiés chez l’un d’entre nous. le petit cambodge ce soir là, ça avait été à cette bande d’arabes et de juifs, la certitude qu’on était chez nous ici aussi.

la dernière fois, donc, j’avais honte d’être un arabe-en-france. Je ne me suis jamais considéré comme un « immigré » : un immigré, ça a la peau basanée et ça parle en prononçant les « e » comme des « i ». pendant charlie je me suis rappelé que j’étais immigré – et de première génération ! un vrai de vrai – et j’ai ressenti une honte immense.

**

j’ai ressenti une paix inconcevable à l’idée de savoir prier hier. je n’ai jamais été aussi heureux d’être français qu'aujourd'hui.

promis, pas de nationalisme, pas d’islamophobie, de repli identitaire, je laisserai ça aux autres, qui ont déjà commencé et qui continueront de plus belle demain, après-demain, dans les mois qui viennent. je sens pour ma part qu’il ne sera pas très drôle de s’appeler karim en france, quand bien même je peux chanter la marseillaise, dire le pater noster, réciter la longue liste des rois de france.

promis, les morts ailleurs – il y a peu à beyrouth, et dans mon autre terre natale, ensanglantée et cruelle, ma palestine martyrisée – je les porte dans mon cœur aussi. je n’oublie pas l’injustice que c’est de les considérer comme des morts naturelles, comme des peuples voués uniquement à la mort par le sabre.

promis, demain, pas de nationalisme, demain il n’y en aura plus mais juste aujourd’hui, et juste pour un instant, ce ne sera rien d’autre qu’un murmure je vous le promets, laissez-moi aujourd'hui le dire et le penser : vive la france."

Dessin de Michel Kichka
Dessin de Michel Kichka

Lettre ouverte d’Allah aux djihadistesJe dois vous l’avouer, je dors très mal ces derniers temps. D’un sommeil sans cesse interrompu. A peine ai-je les yeux fermés que des hurlements « Allahu akbar » provenant d’en bas me réveillent, suivis de grands « Boum! ».J’aime entendre « Allahu akbar », ça m’apaise et me rassure. Ce sont les détonations qui suivent qui me font sursauter. Et ça fait des années que ça dure. Ce manque de sommeil me rend nerveux, irritable et tendu. Les calmants n’ont aucun effet sur moi.Je me suis branché sur mon nuage d’infos pour comprendre l’origine de ce remue-ménage. Je n’en crois pas mes yeux. Ni mes oreilles.Vous- une horde de truands, de mafieux, d’assassins, de violeurs, de voleurs, de trafiquants, de dealers, de menteurs- agissez en mon nom! Le sang que vous faites gicler m’éclabousse en plein visage, me salit. La violence aveugle que vous déployez m’atteint en plein coeur. Mon coeur pleure et saigne à la fois. Vos « Allahu akbar » me donnent la nausée.Vers qui puis-je me tourner? Il n’y a pas d’instance au-dessus de moi.Il ne me reste qu’à vous crier, haut et fort: les infidèles, c’est vous!Michel Kichka, Jérusalem, le 19 Novembre 2015

Et pour finir,

un poème de Ziad Medoukh :

"De Gaza sous blocus à Paris sous le choc De Gaza la souffrante à Paris l’endeuilléeDe Gaza l’opprimée à Paris la blesséeDe Gaza , les agressions permanentes à Paris les attentats meurtriers De Gaza la prison à ciel ouvert à Paris la douloureuse De Gaza l’isolée à Paris la courageuse De Gaza la détruite à Paris la ville lumièreDe Gaza la pacifique à Paris l’accueillante De Gaza la confiante à Paris la toléranteDe Gaza la dignité à Paris la solidaritéDe Gaza l’enclave assiégée à Paris la force de vieDe Gaza la résistante à Paris l’avenirDe Gaza la déterminée à Paris l’espoirDe Gaza la volonté à Paris les valeurs universelles Le combat, c’est notre combat à nous tousContre la haine, contre la barbarie et contre le terrorismePour la liberté, l’amour, la fraternité et la paixMessage de tolérance, message de soutien, message de compassionMessage de sympathie , et message de solidaritéLa vie continue à Gaza, et la vie continuera à Paris malgré ces événements tragiques.Amitiés de Gaza la vie à Paris la vie malgré tout !"

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