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ORSON WELLES dans un labyrinthe de miroirs brisés, par Anne-Marie Garat (3/5) et Florian Revol

28 min
À retrouver dans l'émission

Tête Chercheuse. « Orson Welles dans un labyrinthe de miroirs brisés » par Anne-Marie Garat. Episode 3:

Hommage au Festival de Deauville, Dvd de films restaurés, documentaires inédits. C'est l'année ou jamais pour (re) voir tous les films d'Orson Welles. A l'occasion du centenaire de la naissance de l'auteur de « Citizen Kane », Anne-Marie Garat revient sur quelques détails récurrents comme autant de pistes possibles pour mieux comprendre l'oeuvre et la personnalité d'Orson Welles. Le rôle des femmes, la place de la famille, la mémoire et l'utilisation des flash-backs, son rapport à l'Art, la littérature, le théâtre.

Romancière, Prix Femina en 1992, Anne-Marie Garat a longtemps enseigné l'Histoire

du cinéma. Dernier roman paru « La source » (Actes Sud, 2015)

Orson Welles est le réalisateur, scénariste et comédien principal du film Citizen Kane qui demeure jusqu’à aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre incontestables du 7ème art. Né le 6 mai 1915 à Kenosha dans le Wisconsin (États-Unis), Orson Welles fait figure de pionnier dans l’industrie du cinéma et de la radio. Grâce à son père, un inventeur qui fait fortune en commercialisant des lampes à carbure pour vélo, il côtoie des comédiens et des sportifs, tout en apprenant à jouer du piano et du violon auprès de sa mère, une pianiste concertiste. Mais l’enfance d’Orson Welles est loin d’être un long fleuve tranquille... À l’âge de quatre ans, ses parents se séparent et, cinq ans plus tard, sa mère disparaît des suites d'une jaunisse. Son père, devenu alcoolique lorsque son entreprise, jadis lucrative, décline, décède alors que son fils est âgé de treize ans. Orson Welles trouve une forme de stabilité grâce à la bienveillance de Maurice Bernstein, qui le prend sous tutelle dans sa quinzième année. Bernstein décèle les talents créatifs du jeune homme et l’inscrit à la Todd School de Woodstock, dans l’Illinois, où il se découvre une passion pour le théâtre.

Son maigre héritage en poche, il se rend ensuite en Irlande. À Dublin, il se présente comme une vedette deBroadway, et il suscite l'intérêt du public avec sa mise en scène du Juif Süssau Gate Theatre. À dix-neuf ans, sûr de lui et plein d'audace, le jeune acteur fait ses premiers pas à Broadway en interprétant le rôle de Tybalt dans une adaptation de Roméo et Juliette. Sa performance retient l’attention du réalisateur John Houseman qui lui propose de travailler avec lui dans le cadre du Federal Theatre Project. C’est le début d’une longue collaboration. En 1937, alors âgé de vingt-et-un ans, Orson Welles, quivient de mettre en scène une libre adaptation de Macbethavec des acteurs noirs, s’associe à Houseman pour fonder le Mercury Theatre. Leur première production, Jules César, dans une mise en scène évoquant le fascisme de Mussolini, est un triomphe. Le Mercury Theatre, après ses nombreux succès sur scène, aborde la radio avec une émission hebdomadaire intitulée The Mercury Theatre on the Airdiffusée sur les ondes de la CBS entre 1938 et 1940, puis en 1946.Les critiques ne tarissent pas d’éloge sur l’émission, mais l’audimat est faible. Le 30 octobre 1938, tout bascule lorsqu’Orson Welles diffuse son émission librement adaptée du livre La Guerre des mondesd’H.G. Wells. Orchestrant une interruption exceptionnelle des programmes, Wells annonce à l’antenne, avec force détails et le souffle court, que les Martiens ont envahi le New Jersey. La réalisation très réaliste de l’émission, entrecoupée de bulletins d’alerte et de témoignages en direct à l’antenne, provoque un mouvement de panique et de frayeur chez les auditeurs qui croient à une véritable invasion... La colère de certains de ces derniers n’empêchera pas Orson Welles d’être reconnu comme un génie, lui ouvrant ainsi les portes d’Hollywood.

En 1940, il signe un contrat de 225 000 dollars avec le studio RKO qui lui commande le scénario, la réalisation et la production de deux longs métrages. Ce contrat, qui laisse à un jeune réalisateur débutant –Orson Welles est alors âgé d'à peine vingt-quatre ans –une entière liberté ainsi qu’un pourcentage sur les bénéfices, est une première sans précédent pour les studios.Le succès n’est pourtant pas immédiat. Welles se penche d’abord sur une adaptation cinématographique du roman Au cœur des ténèbresde Joseph Conrad. Il interrompt ce projet ambitieux pour ce qui deviendra son vrai premier long métrage, Citizen Kane. S’inspirant de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst, Citizen Kaneretrace l’ascension et la chute du journaliste Charles Foster Kane, interprété par Orson Welles lui-même. Hearst, fou de rage, refuse que la moindre ligne sur le film paraisse dans ses journaux, participant ainsi à un box-office en salles décevant. Le film sera pourtant nommé à neuf Oscars et permettra à Orson Welles de remporter celui du Meilleur Scénario original. Welles y déploie de multiples innovations techniques : le recours à la profondeur de champ –procédé permettant de capturer tous les éléments d’un plan dans ses moindres détails –, plongées/contre-plongées, une multitude de points de vue dans la narration... Citizen Kaneest désormais considéré comme l’un des plus grands films de tous les temps. La Splendeur des Amberson, son deuxième long métrage, est moins ambitieux sur le plan technique que Citizen Kane. Son tournage est interrompu par une escapade à Rio de Janeiro pour qu'Orson Welles y tourne un documentaire.

À son retour, il s’aperçoit, furieux, que la RKO a fait un nouveau montage de la fin de son film. S’ensuivent de multiples règlements de compte entre le réalisateur et la RKO, laquelle laisse entendre que Welles est incapable de travailler en équipe ou même de tenir un budget. Bien que très affecté par la polémique, Welles continue à vivre à Hollywood pendant plusieurs années. Il épouse la «déesse de l’amour» Rita Hayworth en 1943, puis réalise Le Criminel(1946) et Macbeth(1948). Mais il semble avoir fait son temps en Californie, il décide de se séparer de Rita Hayworth et s’impose un exil de dix ans à l’écart du système hollywoodien. Il réapparaît plus tard à l’écran, notamment dans Le Troisième Hommede Carol Reed (1949), et il réalise plusieurs longs métrages dont Othello(1952) et Dossier secret(1955). Il fait son retour à Hollywood en 1958 avec La Soif du mal, qui enregistre peu de recettes, mais renoue avec le succès commercial avec l’adaptation du roman de Franz Kafka, Le Procès(1962). Au cours des années 1970, Orson Welles accumule les difficultés, et notamment des problèmes de santé dus à son obésité.Il reste cependant très actif durant les dix dernières années de sa vie, multipliant les projets: porte-parole des vins californiens Paul-Masson, comédien dans la série télévisée d’ABC Clair de lune, réalisateur du documentaire Filming "Othello", consacré au making-ofde son film de 1952. Vers la fin de sa vie, Welles renoue finalement avec Hollywood. En 1975, il reçoit le Lifetime Achievement Award de L'American Film Institute, et, en 1985, le D.W. Griffith Award, la plus haute distinction décernée par le syndicat des Réalisateurs américains (Directors Guild of America). Il donne sa dernière interview lors de l'émission du Merv Griffin Showdu 10 octobre 1985, deux heures à peine avant son décès, suite à un infarctus, dans sa maison de Los Angeles.

**Notre Invité culturel du jour est Florian Revol , étudiant en géographie et ingénierie d'espace rural pour le documentaire «Enquête sur notre assiette». sortie le 9 septembre.**

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ass Crédits : Radio France

Synopsis

Six étudiants en géographie et ingénierie d’espace rural enquêtent sur l’alimentation. De leur assiette au sol, ils remontent la filière des aliments, étudient les impacts de nos choix de consommateurs et découvrent d’une façon spontanée l’envers de l’assiette.

De la grande surface aux producteurs locaux, les réponses apportées varient sur le fond et sur la forme. Chemin faisant, c’est notre vie à tous qui se dessine dans les gestes et les mots des pionniers de l’agriculture de demain.

Il s’agit d’un documentaire de création qui s’adresse d’une façon responsable et souvent drôle à toutes les générations, et plus particulièrement aux jeunes. Les 6 étudiants proposent une approche qui laisse toute sa place au spectateur, au gré de la curiosité et des rencontres, en participant pleinement au monde à construire.

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f Crédits : Radio France

Note du Réalisateur Pierre Beccu

Le point de départ est un atelier de cinéma réalisé à partir de 2010 avec 6 étudiants en Géographie d’Annecy (Haute-Savoie), qui souhaitaient étudier les impacts de notre consommation alimentaire sur différents aspects de la vie. Rapidement, leur curiosité et la pertinence de leur regard m’ont paru de nature à dialoguer avec les interrogations de nos concitoyens. J’ai proposé aux jeunes de faire évoluer l’atelier en film grand public, et de transformer l’outil pédagogique en objet de cinéma.

Nous sommes tombés d’accord très vite sur le fait que les la majorité des films sur le sujet étaient plutôt anxiogènes et que dans la nouvelle ère qui s’ouvre, les jeunes devaient apporter une parole nouvelle. A partir de là, je leur ai laissé les clés du contenu.

Toutes les rencontres de spécialistes, d’associations, de producteurs, de transformateurs ont été initiées et organisées par les étudiants eux-mêmes.

Le trajet de l’assiette au sol a été retenu, avec le principe des questions importantes à se poser : Qu’y a-t-il dans mon assiette? Est-ce que je me nourris bien? Comment c’est fait? D’où ça vient? Qui cela fait-il vivre? Quelle est la relation entre ce que je mange et ce qui m’entoure? Pour ne pas risquer de se perdre dans une thématique aussi large, il a été décidé de trouver au maximum les réponses à côté de chez soi, là où nous dépensons notre argent. Les arnaques et les scandales naissent de ce flou que la longueur des circuits, le nombre d’intermédiaires et les gros budgets de communication contribuent à entretenir. C’était une façon de relier la nourriture elle-même, les informations et les réflexions sur la nourriture.

Les étudiants ont rencontré des patrons de grandes surfaces, de supérettes, des négociants sur les marchés, des responsables de groupements et des producteurs. Ils ont déniché et valorisé des expériences innovantes. Ils ont formulé les questions qui leur paraissaient les plus pertinentes pour avancer dans une meilleure relation citoyenne à l’alimentation. Pour finir, ils ont permis d’engager la réflexion sur les défis directs qui se posent à nous.

J’ai apporté mes outils et mon expérience. Les jeunes ont exprimé quelque chose de profond, de sincère, de fort, en rapport avec le monde qui les entoure, raconté une histoire qu’ils sont les seuls à pouvoir raconter, de cette façon là du moins. De cette unicité est née leur légitimité, fondamentale pour braver les difficultés et aller au bout. Le désir de film s’est transformé en énergie. Ils ont travaillé dur, non pas pour faire partie d’un projet, mais pour constituer et construire leur propre projet. Ils ont été formés, ont tourné et monté des séquences entières. Ils ont géré l’histoire jusqu’à l’écran.

Le film est également l’aboutissement de 15 années d’ateliers cinéma, dans lesquels j’invite des groupes d’enfants et des jeunes à vivre l’expérience de la fabrication d’un film de A à Z. Je crois qu’il est possible d’engager un processus de création avec les jeunes générations qui aille bien au-delà de la simple éducation artistique, sans pour autant les amener à se considérer artistes ou cinéastes. Selon la longueur du dispositif, la difficulté de la narration, les intérêts pour les aspects techniques, les jeunes sont réalisateurs ou non, mais ils mettent toujours en oeuvre une curiosité et une capacité de comprendre qui donne vraiment espoir.

Intervenants
L'équipe
Production
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