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Edward Hopper en 1955
Épisode 3 :

First row orchestra, ou la passion du théâtre

28 min
À retrouver dans l'émission

Un rideau baissé, une salle presque vide. Dans ce troisième épisode, Karin Müller analyse "First row orchestra", peint par Edward Hopper en 1951, en plein maccarthysme, au moment où la chasse aux sorcières n'épargne pas le monde du théâtre, et force à l'exil de nombreux metteurs en scène mis au ban.

Edward Hopper, First row orchestra, 1951
Edward Hopper, First row orchestra, 1951 Crédits : by WikiArt

Issu d'un milieu cultivé de la côte Est, encouragé par sa famille et son professeur, Edward Hopper nourrit une passion précoce pour le théâtre, se passionnant pour Molière, Shakespeare... A partir de son mariage en 1924, il partage avec son épouse cette passion et entame avec elle une fréquentation effrénée des théâtres, dont témoigne leur collection de billets, que le peintre a minutieusement conservée.

Karin Müller : First row orchestra est un tableau important parce qu’il renvoie à l’amour du théâtre de Hopper. On y voit un homme brun et une femme blonde, en tenue de soirée mais qui ne communiquent pas. Le rideau est fermé, on ne sait pas si l’on est avant ou après le spectacle, et les rangs sont clairsemés, on se dit que peut-être la pièce n’a pas eu de succès. Malgré ses couleurs claires et joyeuses, le tableau dégage une impression de grande tristesse, c’est la pâte de Hopper. A chaque fois que le peintre a représenté des spectateurs, ils sont vaguement isolés, dans des salles vides, ou à l’entracte. Il y a toujours cette notion d’enfermement, de solitude. Parmi les auteurs de prédilection de Hopper, il y avait Ibsen, qui a écrit un théâtre féministe mais somme toute assez noir.

Edward Hopper détestait se confier aux journalistes, expliquer son travail, et jusqu'à un âge avancé, il a systématiquement refusé les interviews. On ne peut donc pas savoir exactement s'il est possible de lire en filigrane dans First row orchestra un écho dela crise que traverse le monde du théâtre - et celui des arts et du spectacle en général - en ce début des années 1950 marqué par la politique répressive menée par le sénateur républicain Joseph McCarthy. C'est pourtant une hypothèse que n'écarte pas Karin Müller :

Karin Müller : First row orchestra date de 1951, nous sommes en plein maccarthysme, mises sur fameuse liste noire, de nombreuses troupes de théâtre commencent à mettre la clé sous la porte.  On peut très bien imaginer que Hopper a choisi d'exprimer sa tristesse devant cette situation, d'exprimer sa crainte, en tant que passionné de théâtre, de voir cet art mourir, ou du moins encourir le risque de se transformer en une scène aseptisée, normée, suite à l'exil forcé d’un certain nombre de metteurs en scène.

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