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Arthur Koestler à son bureau (1960)

Kilomètre 265 : la liberté à Fontaine-le-Port (Fontaine-le-Port)

10 min
À retrouver dans l'émission

François Sureau et son réalisateur Vincent Decque posent leurs valises dans le village de Fontaine-le-Port. C'est là que l'écrivain trop oublié Arthur Koestler est venu s'établir après la Seconde Guerre mondiale. Retour sur un parcours semé de guerres et de conflits intérieurs.

Arthur Koestler à son bureau (1960)
Arthur Koestler à son bureau (1960) Crédits : ullstein bild - Getty

Nous sommes donc peu ou prou au kilomètre 265 depuis le départ des origines de la Seine dans le village de Source-Seine. Si l’on parcourt la route qui va de Samois à Fontaine-le-Port, on voit apparaître un monde de villas, des châteaux de genre bernois, des maisons à colombages, des pavillons en meulières. Et puis on avance jusque dans les années 1970-2000 pour reconnaître les somptueuses maisons préfabriquées de style gaullisme, immobilier pompidolien de la rocade de Vercingétorix. On y arrive en passant entre-temps par ce qu’on appelle les Affolantes du bord de Seine : 

ce [sont] toutes ces villas art-déco où on imagine qu'on pourrait très bien commettre un crime bourgeois fondé principalement sur l'adultère. […] Tout ça, c'est quand même l'apothéose du kitsch. Et pourtant, il règne sur les bords de la Seine, ici, une sorte de calme et de sérénité tout à fait surprenant. (François Sureau)

Selon l’écrivain et avocat François Sureau, c’est notamment cette atmosphère singulière qui attira l’écrivain trop oublié. En 1945, Arthur Koestler revient d'Angleterre, où il vivait depuis 1940. Le Royaume-Uni est devenu, écrit-il, « une terre de vertu et de morosité ». Il décide donc de venir en France. Arthur Koestler n’est pas rancunier d’après ce qu’on peut lire dans La Lie de la terre où il fait un récit accablant de ses aventures de début de la guerre qu’il avait pourtant rejoint pour lutter avec elle. L’écrivain est un juif hongrois d’origine qui s’est fait surprendre par l’armistice de 1940 et ce que cela signifie d’horreurs collaboratives. Il est interné au camp du Vernet en Ariège – à quelques cinquante kilomètres au sud de Toulouse – en tant qu’ « étranger indérisable ». Libéré grâce à un concours de circonstances, il veut coûte que coûte continuer sa lutte et s’engage dans la Légion étrangère. Il la déserte pour rejoindre Londres quand il comprend qu’on le laissera périr au fort Saint-Jean. 

Il reviendra pourtant dans ce pays :

après avoir combattu contre vents et marées, c'est en France qu'il choisit de revenir en 1945 et avec les droits de son livre Le Zéro et l'Infini, il achète à Fontaine-le-Port, où nous sommes, une villa sur les hauteurs qu'il baptise Verte Rive. Et c'est là qu'il est rejoint à nouveau par la bassesse française. (François Sureau)

Bibliographie

Couverture de "L'Or du temps" de François Sureau

L'Or du tempsFrançois Sureaued. Gallimard, 2020

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