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Vue générale de l'usine de teinturerie et de préparation de la laine Gustave Hue à Elbeuf, en-tête de papier à lettre, vers 1900.

L’usine d’André Maurois (Elbeuf)

11 min
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Alors que nous approchons de cet endroit entre Le Havre et Honfleur où la Seine rejoint les eaux de la Manche, F. Sureau fait escale à Elbeuf. C'est dans cette ville au passé industriel que naît Émile Herzog, héritier d'une famille d'industriels du drap et connu sous son nom de plume, André Maurois.

Vue générale de l'usine de teinturerie et de préparation de la laine Gustave Hue à Elbeuf, en-tête de papier à lettre, vers 1900.
Vue générale de l'usine de teinturerie et de préparation de la laine Gustave Hue à Elbeuf, en-tête de papier à lettre, vers 1900. Crédits : Via Wikimedia Commons

Pour aujourd’hui il faudra se détacher de l’image bucolique des bords de Seine où il fait bon flâner et rêver. Nous nous trouvons en effet dans cette vallée de la Seine industrielle qu’est Elbeuf : une Seine (et une scène) des grandes manufactures. C’est ici que naît Émile Herzog le 26 juillet 1885. Il est l’héritier d’une famille d’industriels du drap venue d’Alsace afin de s’installer à Elbeuf, ville vouée au drap depuis l’Ancien Régime. Au faîte de leur réussite, les établissements Fraenckel-Herzog employaient mille cinq cents ouvriers sur près de vingt mille mètres carrés.  

Herzog fait son service militaire au 74ème d'infanterie à Rouen. Et lorsqu'il en sort, c'était écrit, il s'occupe avec ses cousins de l'affaire familiale. Il maîtrise la fabrication du drap, affronte des crises sociales, négocie en Angleterre. Il en tirera la matière plus tard de ses livres anglais qui restent incomparables. Mais en 1909, il rencontre Jeanne-Marie Wanda de Szymkiewicz. On l'appelle Janine et il l'épouse en 1912. C'est la fille d'un aristocrate polonais, leur amour sera tragique. On peut en lire le récit dans un livre brûlant, précis et à tous égards remarquable de Dominique Bona, qui s'appelle « Il n'y a qu'un amour ». C'est un drame des bords de Seine, entre Elbeuf et Deauville, et la naissance d'un écrivain... pas un immense écrivain, peut-être, mais l'un de ceux dont les livres ont jalonné notre éveil à la conscience. (François Sureau)

Lorsque sa femme Janine est internée à la clinique de la Malmaison – dont elle ressort près d’un an plus tard –, Émile Herzog trouve une nécessité à sa vie dans l’écriture. Pour lui, il n’y a pas d’autre issue que la consolation des mondes imaginaires. 

Il s'était cru l'héritier d'un royaume de draps, il se donne un royaume de papier. Il sert sous l'uniforme, il doit donc demander à ses supérieurs l'autorisation de publier. Ils le lui accordent à condition qu'il prenne un pseudonyme. Son cousin Fraenckel a été tué à l'ennemi en 1915 : il en prendra le prénom, André. Il vient de traverser un village des Flandres qui s'appelle Maurois. Il en aime, écrit Bona, « la sonorité triste qui correspond à l'état de ses pensées ». […] Il y a mort. Il s'appellera André Maurois. C'est sous ce nom qu'il publiera "Les Silences du colonel Bramble", "Le cercle de famille", "Climats", "Histoire de l'Angleterre" et "La Vie de Disraeli" (ce dandy juif et littéraire qui est devenu le premier ministre préféré de la reine Victoria). (François Sureau)

Bibliographie

Couverture de "L'Or du temps" de François Sureau

L'Or du tempsFrançois Sureaued. Gallimard, 2020

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