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Façade du 48 rue de la République, à Saint-Denis, dans lequel l'assaut du RAID a eu lieu. Vue depuis la Rue Fontaine (18.11.2015)
Épisode 1 :

Une matinée de guerre

28 min

04h20, mercredi 18 novembre, rue de la République, Saint-Denis. La police vient de lancer un assaut sur le numéro 48 où se sont réfugiés deux terroristes, ayant participés aux attaques du 13 novembre, et une complice.

Façade du 48 rue de la République, à Saint-Denis, dans lequel l'assaut du RAID a eu lieu. Vue depuis la Rue Fontaine (18.11.2015)
Façade du 48 rue de la République, à Saint-Denis, dans lequel l'assaut du RAID a eu lieu. Vue depuis la Rue Fontaine (18.11.2015) Crédits : Photopqr / Le Parisien / Olivier Arandel - Maxppp

Les attaques du Bataclan, de La Belle équipe, du Petit Cambodge, du Stade de France sont encore frais dans les mémoires.
Et moi, je me réveille hagard, sans comprendre, dans une ambiance sonore de guerre. Un mois plus tôt, j’ai emménagé à Saint-Denis, dans le quartier. Et depuis, comme beaucoup de Dionysiens, je porte en moi le traumatisme discret de cet événement.

Épisode 1 : Une matinée de guerre

C'était pas des armes de petits calibres. La preuve est que, quand vous voyez les trous, on dirait des grenades. Au niveau d'une fenêtre, en haut, là, vous voyez, il y a un gros trou comme ça avec des petits trous autour. Les petits trous, ce sont les petits calibres. Mais le gros trou, je pense que c'est une grenade. Vous voyez comment ça a percé le béton ? Curieusement, ça n'a pas pu rentrer jusqu'à l'intérieur... Oui, vous voyez le gros trou. C'est pas un marteau, çà ! Et vous avez vu les fenêtres brisées ! Y'a des balles qui ont traversé à l'intérieur. Sept heures de tirs, vous imaginez ? Traore Lassina Tagara

L’attaque est violente. J’entends des coups de feu d’arme automatique, des explosions qui font trembler mon plancher. Dans la rue, la police hurle de rentrer chez nous. Et ça dure plusieurs heures. Terré chez moi, je scrute internet sans trouver aucune information officielle sur ce qu’il se passe, observant les ombres sur les murs et les sons dans la nuit. Comme une version moderne de cette nouvelle de Maupassant qu’on lit au collège, La peur. Pendant ce temps sur les réseaux sociaux on moque Jawad, ce gros bras marchand de sommeil qui aurait loué l’appartement aux terroristes.

Saint-Denis, le 18 novembre 2015 : Les forces spéciales de la police française (RAID) font une descente dans un appartement, pourchassant les auteurs des attentats qui ont provoqué la mort de 129 personnes à Paris, le 13 novembre 2015
Saint-Denis, le 18 novembre 2015 : Les forces spéciales de la police française (RAID) font une descente dans un appartement, pourchassant les auteurs des attentats qui ont provoqué la mort de 129 personnes à Paris, le 13 novembre 2015 Crédits : Photo by Marc Piasecki/Getty Images - Getty

Mais que s’est-il vraiment passé ? Les versions divergent, la police se contredit elle-même. Les différents articles ne collent pas. Quelques mois plus tard Mediapart sort des rapports, notamment un de la police scientifique, gênant pour le RAID. Plus de 1 500 cartouches auraient été tirées côté policiers contre 11 côté terroristes. Paniqués, les policiers se seraient eux-mêmes tirés les uns sur les autres. Les planchers de l’immeuble auraient fini par se décrocher aux alentours de 5h du matin à la suite de l’explosion d’une ceinture d’explosifs des terroristes, les tuant par la même occasion. Mais sur quoi alors a tiré la police jusqu’à 07h30 quasiment sans discontinuer ? Qui a tué le chien du RAID Diesel ? Pourquoi la police a tiré sur des habitants main en l’air ?

Cinq jours après les attentats qui ont ensanglanté Paris et Saint-Denis, une opération de police a été lancée le 18 novembre 2015, au matin, à Saint-Denis.
Cinq jours après les attentats qui ont ensanglanté Paris et Saint-Denis, une opération de police a été lancée le 18 novembre 2015, au matin, à Saint-Denis. Crédits : PhotoPQR/LE PARISIEN / Olivier Lejeune - Maxppp

Intervenants

  • Traore Lassina Tagara, ancien habitant du 48 rue de la République, porte-parole de l'association des habitants du 48 rue de la République 
  • Zoubir Soahi, ancien habitant du 48 rue de la République
  • Jean-Michel Fauvergue, député LREM. En 2015, il était à la tête du RAID
  • Matthieu Suc, journaliste à Mediapart, spécialiste du terrorisme 
Écouter
1 min
Archives INA : "Les victimes collatérales de Jawad Bendaoud, logeur des terroristes". Charlotte Piret fait le récit du témoignage de victimes de l'assaut à Saint-Denis lors du procès de Jawad Bendaoud. Journal de 19H sur France Inter le 31.01.2018

Un documentaire d'Antoine Tricot, réalisé par Christine Robert. Prise de son, Marc Garvenesse et Bruno Mourlan ; Mixage, Eric Boisset. Archives INA, Anne Delaveau. Documentation sonore d'actualité : Caroline Chaussé. Avec la collaboration d'Annelise Signoret, de la Bibliothèque de Radio France.

Archives Ina : Journaux de France Inter, le 18 novembre 2020
Archives : Enregistrements de voisins réalisés dans la nuit du 18 novembre 2015

Musique : Sylvain Chauveau, On the time suspended - Clara Moto, The opposite is also wrong - Améli Paul, Delinana (à la fin du documentaire).

J'avais révélé dans l'article, que le feu nourri était, pour 1 500 tirs l'œuvre du RAID et le soi-disant feu nourri des terroristes, en fait, ils n'avaient tiré qu'à onze reprises. Ce que l'on sait des autopsies pratiquées sur les terroristes et sur la cousine d'Abaaoud, c'est qu'aucune des 1 500 balles tirées par le RAID n'a atteint les terroristes, qui, en fait, sont morts, tous les trois, par l'effet de blast de la ceinture explosive qu'a déclenchée l'un des deux terroristes et en fait, ils se sont tués avec. Matthieu Suc, journaliste à Mediapart, spécialiste du terrorisme

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Pour aller plus loin

Demain, le second épisode, Un immeuble toujours à vif

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