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Article du Figaro du 24 mai 1988

Astres noirs

58 min

Deux écrivains face à deux assassins. Deux couples qui ne se sont jamais rencontrés mais qui ont donné lieu à deux œuvres majeures : "L'Amante anglaise" et "Roberto Zucco".

Article du Figaro du 24 mai 1988
Article du Figaro du 24 mai 1988 Crédits : Archives Le Figaro

Rediffusion des samedi 19 et dimanche 20 mai 2018

Marguerite Duras et Amélie Rabilloud. Bernard-Marie Koltès et Roberto Succo. Deux écrivains face à deux assassins. Deux couples qui ne se sont jamais rencontrés mais qui ont donné lieu à deux œuvres majeures : L'Amante anglaise et Roberto Zucco. Deux textes troublants qui renouvellent notre regard sur la figure fascinante du meurtrier comme sur celle du désir de l'écrivain soumis à l'influence de son modèle. Fantasme de la rencontre sublime pour Koltès ; passion pour le vertige de la folie pour Duras. L'amante anglaise et Roberto Zucco ouvrent une porte secrète sur l'imaginaire de leurs auteurs...

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Épisode 1 : Koltès et le tragique Roberto Succo

C'est une histoire sublime. Sublime. Et c'est un tueur... Moi je dis que c'est un tueur... exemplaire ! écrit Koltès en 1988. Atteint du virus du Sida, Roberto Zucco sera sa dernière œuvre.

L'Italien Roberto Succo est l'auteur de huit meurtres - dont celui de ses parents. À 25 ans, il fait trembler l'Europe à la fin des années 80, semant la terreur en France, en Suisse et en Italie. Par sa beauté et son magnétisme, il a également semé le trouble sur la figure ordinaire du tueur au sang-froid. Les images de cet athlète torse nu sur le toit de sa prison, haranguant en culotte la foule avec l’assurance d’un tribun, ont fait le tour du monde. Koltès n'y a pas échappé.

Article du Parisien du 9 novembre 1991
Article du Parisien du 9 novembre 1991 Crédits : Archives Le Parisien

« C'est un avis de recherche pour un assassin. Je l'ai vu dans le métro. Je me suis renseigné sur son histoire, et je l'ai vécue au jour le jour, jusqu'à son suicide. Je trouve que c'est une trajectoire d'un héros antique absolument prodigieuse. A quinze ans, il a tué son père et sa mère. Un jour, j'ai ouvert ma télé, et je l'ai vu, il venait d'être arrêté. Il a dit à un journaliste : « Quand je pense que je pourrais prendre cinq gardiens dans la main et les écraser. Je ne le fais pas, uniquement parce que mon seul rêve, c'est la liberté de courir dans la rue. » Il y a très peu de phrases comme ça de lui, mais je les garde toutes parce qu'elles sont toutes sublimes. Et, une demi-heure après, il avait échappé aux mains de ses gardiens »...

Il [Koltès] se savait condamné. Est-ce qu’il ne voulait pas aller vers la mort à travers Roberto Succo ? Michel Piccoli

À relire, les propos de Koltès et la teneur des débats lors de la diffusion de la pièce en France (qui sera interdite dans les villes où Succo fit des victimes), on mesure toute l'ambiguïté soulevée par une telle œuvre, née d'un couple qui ne l'est pas moins (Koltès et Succo). Singulier cocktail que ce Roberto Zucco, tout à la fois hanté par la lumière irradiante du désir et la puissance toxique du monstre.

Écouter
6 min
Archive INA : Dans "Nuits magnétiques", "Confessions, passion, parricide" par Jean Daive (France Culture, 18.03.1994)

Intervenants

Extraits diffusés : Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, interprété par Pio Marmaï, mise en scène de Richard Brunel (2015)

Article du journal "Le Parisien" (14 janvier 1950)
Article du journal "Le Parisien" (14 janvier 1950) Crédits : Journal "Le Parisien"

Épisode 2 : Duras et la folie d'Amélie Rabilloud

Au départ, il y a le crime d'Amélie Rabilloud. En 1949, cette femme sans histoire découpe son mari en morceaux à Savigny-sur-Orge. Lors de son procès, elle est dans l'incapacité d'expliquer pourquoi elle a dépecé le cadavre de son mari. Marguerite Duras découvre ce fait divers en 1952 dans les journaux, au moment du procès.

Plutôt que de comprendre, il serait plus juste de dire qu'il s'agit d’entrer en relation avec la criminelle, c’est-à-dire d’épouser son cheminement mental, aussi sinueux et peu cohérent soit-il. Marie-Hélène Boblet

Elle lui consacre une première pièce en 1960 : Les viaducs de Seine-et-Oise. Mécontente de son texte et tout à la fois obsédée par la violence et le mystère de cette femme, Duras y revient sept ans plus tard avec un roman, L'amante anglaise, puis une pièce, Le théâtre de l'amante anglaise.

Écouter
4 min
Archive INA : "La psychologie du criminel ; Le crime vient d'être commis" (Radiodiffusion Télévision Française, 26.06.1951)

Je cherche qui est cette femme, Claire Lannes. Elle a commis un crime et ne donne aucune raison. Alors je cherche pour elle, écrit Marguerite Duras. 

Michael Lonsdale (G), Madeleine Renaud et Claude Dauphin dans la pièce "L' Amante anglaise, écrite par Marguerite Duras, et mise en scène par Claude Regy, au Théâtre National Populaire (TNP), au Palais de Chaillot, à Paris
Michael Lonsdale (G), Madeleine Renaud et Claude Dauphin dans la pièce "L' Amante anglaise, écrite par Marguerite Duras, et mise en scène par Claude Regy, au Théâtre National Populaire (TNP), au Palais de Chaillot, à Paris Crédits : Photo de Jacques Haillot/Apis/Sygma/Sygma via Getty Images - Getty

Mais c'est aussi une critique en règle de la bourgeoisie de la France des années 60 que livre Marguerite Duras dans ses textes : Je pense que les Lannes étaient des prolétaires. Je les ai dégradés au rang de bourgeois pour que leurs pairs se reconnaissent en eux. Je parle pour Pierre Lannes. Claire Lannes, elle, du fait de sa folie et du crime qui en découle, est déclassée. La folie, comme la syphilis, c’est la honte chez les bourgeois.

Intervenants

Un documentaire de Stéphane Bonnefoi, réalisé par Delphine Lemer. Prise de son, Mathieu Perrot. Mixage, Eric Boisset. Archives INA, Stéphanie Place. Documentation d'actualité Patricia Mihura. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Adèle Cailleteau. Nouvelle page web, Sylvia Favre.

Bibliographie : 

Le week-end prochain, retrouvez les documentaires :

24 mars 1941 : le destin des lettres françaises de Nedjma Bouakra, réalisé par Julie Beressi, samedi 24 juillet

Les secrets d’une secrétaire de Charlotte Pouch, réalisé par Anna Szmuc, dimanche 25 juillet

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