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Le sacre de Bokassa 1er, empereur de Centrafrique, 04 décembre 1977
Épisode 2 :

La vie de chateau

29 min

Dans la petite commune d’Hardricourt, dans les Yvelines, se trouve un château. Là, entre 1983 et 1986 a vécu un ex-empereur avec 15 de ses 54 enfants.

Photo de la famille Bokassa entrant dans le château d'Hardricourt le 12 septembre 1984.
Photo de la famille Bokassa entrant dans le château d'Hardricourt le 12 septembre 1984. Crédits : Joel Robine - AFP - AFP

La France soutient Jean-Bedel Bokassa jusqu’à ce que ses excès pèsent plus lourd que l'intérêt de le maintenir à son poste. Alors, en septembre 1979, après que des soulèvement d’écoliers et d’étudiants sont réprimés dans le sang et que Bokassa 1er s’est rapproché de la Libye de Kadhafi, la France le renverse. Voilà Jean-Bedel Bokassa trahi par son “parent” Giscard d’Estaing - à qui il reproche, en plus de l’avoir évincé, de lui avoir piqué sa femme l’Impératrice Catherine - voilà le cruel autocrate contraint de partir en exil.

 Photo de Jean-Bedel Bokassa avec sept de ses enfants le 06 décembre 1984.
Photo de Jean-Bedel Bokassa avec sept de ses enfants le 06 décembre 1984. Crédits : Pierre Guillaud - AFP - AFP

Second épisode : la vie de château 

Et, paradoxalement, après un épisode dans la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny, cet exil le conduit dans les Yvelines. Il argue de sa nationalité française, lui qui a passé 23 années dans l’armée française. La France, elle, lui dénie. Mais il est chez lui au château d’Hardricourt, même s’il est sous surveillance des renseignements généraux. Pendant 3 ans, il règne sur ses enfants comme il le faisait sur la Centrafrique : en tyran. Et, dans ce qui est maintenant la France de Mitterrand, qui lui rend bien de s’être vengé de Valéry Giscard d’Estaing en dévoilant l’affaire des diamants, Jean-Bedel Bokassa se démène pour rentrer en Centrafrique et pour faire taire ces fausses rumeurs de cannibalisme qui ne le quittent pas. Car à la table de l’Empereur, dit-on, on sert de la chair humaine…

Je ne suis pas ex-Empereur. Je suis l’Empereur de Centrafrique. J’avais 17 épouses. Ben oui… Et grâce aux 17 épouses, j’ai eu 54 enfants. Mais ne dites pas “Bokassa a tué quelqu’un”, “Bokassa a mangé quelqu’un”, “Bokassa a fait ceci, Bokassa…”, non ! C’est de la haute jalousie. Au lieu de me créer une honte comme ça a été fait par la presse française, je préfère à ce moment que l’on tue Bokassa carrément et puis c’est fini ! Je demande au gouvernement français de m’autoriser de rentrer chez moi. Conférence de presse de Jean-Bedel Bokassa au Château d’Hardricourt, septembre 1984

Photo de Jean-Bedel Bokassa devant le château d'Hardricourt, 21 September 1984
Photo de Jean-Bedel Bokassa devant le château d'Hardricourt, 21 September 1984 Crédits : AFP - AFP

Octobre 1986 : Jean-Bedel Bokassa parvient à rentrer en Centrafrique. Pour se faire juger par son peuple, dit-il, à moins que ce ne soit pour tenter de récupérer le pouvoir. Il est placé en prison, puis amnistié par le président Kolingba en 1993. Il meurt en 1996, à 75 ans, après être passé par une crise mystique. Il ne signe plus “Son Altesse Impériale”, mais “L”Apôtre’, le 6ème du Christ, pour être plus précis. C’était bien le dernier titre que l’étonnant et le cruel Jean-Bedel Bokassa n’avait pas.

Bokassa va précisément apprendre qu’il est renversé sans une goutte de sang alors qu’il n’est pas sur le territoire national. Le réflexe assez rapide de Bokassa c’est de chercher un pays refuge et le paradoxe ou l’ironie de l’histoire c’est qu’en tant qu’ancien soldat français il considère que son refuge, c’est son domicile personnel dans sa vraie patrie d’adoption, à Hardricourt en France. Jean-Pierre Bat

Jean-Bedel Bokassa escorté par des soldats durant son jugement à Bangui le 12 juin 1987.
Jean-Bedel Bokassa escorté par des soldats durant son jugement à Bangui le 12 juin 1987. Crédits : Gérard Fouet - AFP - AFP
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1 min
Le 12 janvier 2011 : La réaction de Georges Bokassa (fils de Jean-Bedel Bokassa) sur la vente aux enchères du château d'Hadricourt sur France Inter.

Alors pourquoi Mitterrand accepte son retour (le retour de Bokassa en France en 1983) ? D’abord parce que, il faut bien l’admettre, l’Affaire des diamants a largement servi  sinon la politique du moins la stratégie électorale de Mitterrand en 1981. Deuxièmement, c’est un fait oublié, parce que Mitterrand est assez respectueux, en tant qu’ancien ministre des colonies, des vétérans des guerres coloniales. Jean-Pierre Bat

Intervenants

  • Marie-France Bokassa, fille de Jean-Bedel Bokassa, auteur de Au Château de l’Ogre, Flammarion, 2019
  • Yvonne Mété-Nguemeu, franco-centrafricaine et ancienne leader des manifestations étudiantes contre le régime de Jean-Bedel Bokassa en 1979
  • Jean-Pierre Bat, archiviste-paléographe, chercheur affilié au CNRS, anciennement chargé d’études et responsables du fonds Foccart aux Archives Nationales et auteur de Le syndrome Foccart : la politique française en Afrique de 1959 à nos jours (2012, Gallimard)
  • Patrick Rougelet, ancien commissaire principal des renseignements généraux et chargé de la surveillance de Jean-Bedel Bokassa à Hardricourt de 1983 à 1985 et auteur de RG, la machine à scandale (1997, Albin Michel)

Remerciements à 

Anne Cros, à Saber Jendoubi, à Colette Guyomard et à Guy Mongo.

Un documentaire de Romain Weber réalisé par Yvon Croizier. Archives INA, Anne Delaveau. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Quentin Vaganay. 

Bibliographie 

Jean-Bebel Bokassa à l'entrée du château d'Hardricourt le 04 décembre 1977
Jean-Bebel Bokassa à l'entrée du château d'Hardricourt le 04 décembre 1977 Crédits : Joel Robine - AFP - AFP

Pour aller plus loin

Bibliographie

Le putsch de Bokassa : histoire secrète

Le putsch de Bokassa : histoire secrèteEditions L'Harmattan - coll. Mémoires africaines, 2004

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