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Alessandro Moreschi, l'Ange de Rome (vers 1900)
Épisode 1 :

Alessandro Moreschi, l’Ange de Rome

29 min

Une histoire particulière nichée dans le corps. Plus précisément entre la tête et la poitrine, dans les plis vocaux du larynx où naît, trébuche, se conquiert et se déploie la voix dans ses différents registres.

Alessandro Moreschi, l'Ange de Rome (vers 1900)
Alessandro Moreschi, l'Ange de Rome (vers 1900) Crédits : Domaine public

Passant par Rome et Paris, les « chemins de voix » empruntés dans ces deux épisodes évoqueront le parcours de deux hommes : l’un, tenu de chercher la perfection dans les hauteurs de la gamme, l’autre, en quête de sons graves lui permettant d’accéder à une voix socialement acceptable ; l’un, castrat en CDI dans le choeur de la Chapelle Sixtine au tournant des XIXe et XXe siècle, l’autre, jeune homme souffrant d’une mue faussée, en recherche d’emploi à l’ère glorieuse du CDD.
 

1er épisode : Alessandro Moreschi, l’Ange de Rome

S’intéresser à Alessandro Moreschi, c’est s’attacher à ce que la majorité des musicologues considèrent avec un certain mépris comme un fossile vivant, évacué au détour d’une note de bas de page, raconte le contre-ténor Nicholas Clapton.
Décédé en 1922 à Rome dans un relatif oubli, Moreschi est celui que l’histoire désignera comme le dernier castrat, surnommé l’Ange de Rome après avoir chanté le rôle du Séraphin dans Le Christ au Mont des Oliviers de Beethoven. Un homme effacé à la voix que l’on décrit comme étrangement belle, entièrement voué à son art, peu conforme aux portraits des grands castrats de l’époque baroque brossés en personnages capricieux et brillants.

Né en 1858 - année de l’apparition de la Vierge à Lourdes, castré sans doute en 1867 - année où Karl Marx publie Le Capital, il chantera jusqu’en 1913 dans le chœur papal de la Chapelle Sixtine, quelques pas de côté dans la vie profane le conduisant à de rares occasions jusque dans les salons romains ou sur les scènes musicales.

De 13 à 14 ans, il y a une période pour l’enfant où la voix sonne très bien, parce que le corps commence à se développer mais le larynx ne bouge pas trop ; c’est ce qu’on appelle la voix du chant du cygne. Pendant 1 ou 2 ans, on a encore un larynx très mobile. Ça donne une puissance, tout en donnant l’aisance. C’est ce que conservaient les castrats. - Léopold Gilloots-Laforge

Le célèbre castrat du XVIIIème siècle, Farinelli, à la voix naturelle de soprano d'une étendue de trois octaves.
Le célèbre castrat du XVIIIème siècle, Farinelli, à la voix naturelle de soprano d'une étendue de trois octaves. Crédits : Affiche du film "Farinelli" par Gérard Corbiau

1902 marque à Rome la réforme de la musique sacrée et, bien tardivement, sonne le glas des voix de castrats dans le chœur de la Sixtine, remplacés par des contre-ténors et des enfants. C’est aussi l’année où furent réalisés par la compagnie Gramophone, témoignage sonore unique, des enregistrements de la voix d’Alessandro Moreschi publiés sur disque plat. Poursuivis en 1904, les 17 enregistrements donnent à entendre la troublante voix de cet homme et le chœur de la Chapelle Sixtine, ultime trace de ce qui avait constitué le cœur de sa vie d’interprète.

Avec la voix de Moreschi, on peut avoir un sens défini des voix de ces géants du XVIIIème siècle, de cette tradition des machines faites pour le chant. C’était pas tout à fait une voix masculine, pas une voix féminine, c’est une troisième voix, d’un autre sens, d’une autre sexe, d’un genre particulier. - Nicholas Clapton

Ce premier épisode fera également entendre une seconde voix, celle du jeune contre-ténor Léopold Gilloots-Laforge, qui compte de nombreuses années au sein d’ensembles vocaux et déploie aujourd’hui avec talent sa voix singulière dans les répertoires lyriques anciens et modernes. Une voix de chant trouvée comme une évidence au sortir de l’adolescence, conquise et patiemment travaillée.
 

Avec Nicholas Clapton, contre-ténor et biographe d’Alessandro Moreschi ; Léopold Gilloots-Laforge, contre-ténor ; Bruno Sébald et Lionel Michaux, conservateurs en charge du fonds sonore ancien de la BNF, accompagnés de Luc Verrier, ingénieur du son ; et Claire Gillie, musicologue, psychanalyste.
 

Un documentaire de Marie Chartron, réalisé par François Teste. Archives INA, Linda Simhon. Collaboration Adèle cailleteau
 

Écouter
8 min
Archive INA : Séance de travail avec Alfred DELLER Diffusé qur France Culture 01/08/1973

Liens :

Journée mondiale de la voix

Site du contre-ténor Léopold Gilloots-Laforge

Bibliographie :

Nicholas Clapton, Moreschi, Le dernier castrat, Buchet/Chastel, 2008

Patrick Barbier, Histoire des castrats, Grasset, 1989

Claire Gillie, Voix éperdues, Solilang, 2014

Filmographie :

Gérard Corbiau, Farinelli, 1994

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