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Poupée en silicone fabriquée au Japon
Épisode 1 :

Love dolls : le plastique c'est fantastique

29 min

A la rencontre des Sex Dolls et de ceux qui les aiment

Poupée en silicone fabriquée au Japon
Poupée en silicone fabriquée au Japon Crédits : Behrouz MEHRI / AFP - AFP
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6 min
Fabrication des poupées gonflables Emission Là bas si j'y suis Archive INA France Inter 1996

En 2007, Craig Gillespie nous livrait une comédie dramatique dérangeante avec « Lars and the Real Girl », l’histoire troublante d’un jeune homme timide et solitaire, introverti et socialement inadapté et de sa relation avec Bianca, sorte de poupée moulée façon « Love Doll » japonaise en silicone qu’il prétend avoir rencontré sur Internet. En 2013, ARTE diffusait « Real Humans », série de science-fiction suédoise de Lars Lundström dans laquelle l’androïde, le « hubot » investit le quotidien de l’Homme pour l’aider dans les tâches domestiques et industrielles. Capable de sentiments et de pensées, le « hubot » peut tout faire, même être le partenaire sexuel idéal alors que la loi l’interdit.

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Et pourtant… Fini donc la vulgaire poupée gonflable en plastique des sex-shop. Le 16 mars 2016, Sergio Santos, jeune ingénieur américain dévoilait Samantha, super-poupée à la pointe de la technologie en matière d’intelligence artificielle, robot tout équipé « capable de relations amoureuses et d’orgasmes ». L’entreprise californienne Abyss Creations a même annoncé vouloir commercialiser, dès cette année, des robots sexuels à visage humain. Des humanoïdes partenaires-sexuels « presque comme les femmes, les vraies, mais plus faciles à séduire et à posséder », selon leurs concepteurs et ceux qui les imaginent. 

En attendant, de voir débouler ses « poupées » métalliques, les afficionados devront se contenter « d’amantes » en silicone, plus abordables, tout aussi froides et déjà commercialisées, les « love dolls ». Comme le dit l’anthropologue Agnès Giard, le développement de ces « love dolls », objets de soins, d’amour et de sexe, d’abord au Japon et aujourd’hui en Occident, permet de comprendre notre vision de l’érotisme, du couple et de nos sociétés de plus en plus contraignantes. Si au Japon, nous dit Agnès Giard, (dans son livre "Un Désir d'humain : les "love doll" au Japon) elles sont impénétrables et faites pour décourager la possession physique, En Europe et particulièrement en France, pour les entreprises qui les fabriquent et commercialisent, la frontière est bien plus floue, entre objet de compagnie et « partenaire » sexuel. La robotique devrait très vite s’en mêler. 

1er épisode : « Le plastique c’est fantastique »

En 2010, Jean-Philippe Carry revient du Japon. 

La « love doll », apparue sur le marché nippon en 1981 reste un marché de niche, 15 entreprises et seulement quelques milliers de poupées vendues par an dans un pays de 127 millions d’habitants dont 14 millions de célibataires. 

Les clients ? Des célibataires, des hommes en deuil, des divorcés, ceux qui ne souhaitent pas de relation affective réelle, des employés forcés de travailler loin de leur famille ou des hommes mariés à la recherche d’une relation extraconjugale. Pour 2 000 à 6 000 euros, ils obtiennent la poupée de leur choix, la Galatée parfaite, livrée en pièces détachée avec vagin amovible. 

Jean-Philippe Carry est séduit et crée un an plus tard une filiale française d’une de ces sociétés japonaises, la « 4woods-Europe ». Les clients affluent par dizaines de toutes l’Europe et de toute la France. 

Les choix sont multiples : la totale à 6 500 euros TTC, un visage seul à 750, l’option « main articulées » à 359, l’option grain de beauté à 49 et pour les ongles des pieds, rajouter 69 euros. 

Les love dolls de Jean-Luc
Les love dolls de Jean-Luc Crédits : Alain Lewkowicz - Radio France

Jean-Luc, de Normandie, nous livre ses sentiments : « Livia est vraiment magnifique. Quand j’entre dans une pièce où elle se trouve, je suis toujours surpris par sa présence. Quand je vois le détail des mains, des clavicules, des genoux, je ne ferais l’échange pour rien au monde. En l’habillant pour l’installer chez elle, j’ai été surpris et impressionné par la sensation que procure la douceur de sa peau. Je ne m’attendais pas à ressentir une telle émotion. Son réalisme fait que je ne voyais plus un objet, non pas une femme, mais quelque chose près de moi qui allait m’accompagner longtemps. Elle est fascinante de beauté. Vous avez fait un travail magnifique. Si Rodin était vivant, il serait très jaloux de vos créations. Elle procure une sensation de présence à la fois forte et discrète, cela fait drôle. Mais c'est très agréable. Pour le moment elle se repose des fatigues du voyage mais ensuite je l'habillerai et je prendrai bien soin d'elle. Il faut que j'apprenne à la manipuler et que je m'habitue à son poids pas négligeable. » 

Dans l'atelier de fabrication des poupées, en France
Dans l'atelier de fabrication des poupées, en France Crédits : Nathalie Battus - Radio France

Des femmes également témoignent comme Marine : « J'ai connu Alex l'an dernier, et il m'a invité au bout de 2 mois chez lui pour la première fois. Il ne m'avait jamais parlé de sa poupée avant. Quand je suis arrivée et que je l'ai aperçu, je me souviens que mon tout premier sentiment a été la jalousie. On aurait dit une vraie femme ! Alors je me suis assise à côté d'elle, et je ne l'ai pas lâché du regard pendant au moins une heure ! Au début, j'ai vraiment pensé qu'Alex était fou, ou pervers, que les femmes ne voulaient pas de lui, et qu'il n'arrivait pas à garder une copine, alors je l'ai assommé de questions. Au fil de la soirée, la poupée avait pris une autre dimension pour moi, elle faisait partie de la déco, avec une dimension supérieure. Et j'ai commencé à la coiffer, à lui remettre sa lingerie en place, à la toucher... J'avais l'impression de jouer à la poupée, mais avec une poupée aussi grande que moi ! C'est fou ! Et aujourd'hui, quand j'arrive, elle me surprend toujours un peu, elle m'amuse. Et assez souvent, il nous arrive de jouer en couple avec elle, et c'est super excitant. Et tous nos amis sont contents de la voir, de la toucher, on l'a même prêtée 2 ou 3 fois. Je comprends que certains ne soient pas d'accord avec ça, mais ça vaut quand même le coup. »

Un documentaire d'Alain Lewkowicz réalisé par Nathalie Battus. Mixage : Bruno Mourlan. Archives INA : Linda Simhon

Une Histoire particulière : Désirs humains d'inhumain : Robots, humanoïdes : la vallée de l'étrange, 2nd épisode

Liens utiles 

- Film "Ganesh yourself"

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