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Adélaïde Hautval (1906-1988) cette jeune médecin déportée par les nazis, s’était opposée au célèbre médecin Josef Mengele.
Épisode 2 :

L'éthique contre la barbarie

29 min

Adélaïde Hautval est déportée le 24 janvier 1943 de Compiègne à Auschwitz-Birkenau dans le convoi dit des « 31000 », le même que celui des déportées politiques résistantes comme Danielle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Charlotte Delbo, la secrétaire de Louis Jouvet.

Adélaïde Hautval
Adélaïde Hautval Crédits : Souvenir de la famille

Affectée tout d’abord au Revier de Birkenau, l’infirmerie du camp, elle l’est ensuite au fameux Block 10 d’Auschwitz, au camp central, où près de cinq cents femmes juives de différentes nationalités sont enfermées pour servir de cobayes à des expériences pseudo-médicales. 

2ème épisode : Docteur Adélaïde Hautval, l’éthique contre la barbarie.

Pour les médecins nazis à Auschwitz et Birkenau, deux des obsessions sont de trouver une méthode de stérilisation de masse efficace pour réduire le nombre d’individus considérés comme de « race inférieure » et de mettre au point un procédé pour multiplier et améliorer la « race aryenne » en découvrant le secret biologique des jumeaux. À ces entreprises adhère sans réserve le monde médical allemand de l’époque, corps professionnel le plus nazifié de l’Allemagne hitlérienne. 

À Auschwitz, les femmes du Block 10 sont soumises à différentes tentatives de stérilisation, selon le médecin nazi auxquelles elles ont été attribuées : injections intra-utérines, prélèvement mutilants, irradiations aux rayons X, retrait des ovaires après irradiation. 

Le Block 10 à Auschwitz
Le Block 10 à Auschwitz Crédits : Georges Hauptmann

Dans le Block 10, Adélaïde s’efforce de soigner ces déportées, de les protéger autant qu’elle le peut, s’interdisant de déclarer les cas de femmes atteintes du typhus ou autre maladies graves. Elle les cache aussi dans des recoins des dortoirs, situés à l’étage où les médecins nazis ne vont jamais. Adélaïde Hautval refuse avec obstination de participer aux opérations barbares, au risque de sa propre condamnation à mort.

Il est impossible que nous sortions vivantes du camp. Les Allemands ne permettront pas aux gens qui savent ce qui se passe ici de reprendre contact avec le monde extérieur ; donc, pour le peu de temps que nous avons encore à vivre, la seule chose qui nous reste à faire est de nous comporter en êtres humains. Adélaïde Hautval

Mais refuser d’obéir à ses limites. Renvoyée à Birkenau pour exécution, elle est sauvée par l’intervention de la responsable de l’infirmerie de Birkenau, une déportée communiste allemande, qui lui administre un somnifère et la fait passer pour morte. Oubliée pendant quelques mois, elle reprend ses fonctions de médecin au Revier de Birkenau d’autant que les Allemands ont besoin d’elle ! Puis, elle est transférée à Ravensbrück où, jusqu’à la fin, elle s’efforce de sauver des détenues épuisées, menacées de la chambre à gaz lors de sélections, en les maquillant et en falsifiant leurs feuilles de température. À la libération du camp, elle reste volontairement plusieurs semaines pour soigner les déportées intransportables.

Les médecins nazis en lien avec Adélaïde Hautval
Les médecins nazis en lien avec Adélaïde Hautval Crédits : domaine public
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4 min
Extrait de l'émission "Le Siècle en marche" du 17 juillet 1951, sur les expériences médicales nazies.

Avec : Génia Obœuf, déportée au Block 10 d’Auschwitz ; Georges Hauptmann, docteur en médecine, docteur en biologie humaine, professeur de médecine honoraire de l’Université de Strasbourg ; Bruno Halioua, docteur en médecine, historien de la médecine et chercheur en éthique médicale ; Maryvonne Braunschweig, professeur et historienne. Textes d’Adélaïde Hautval lus par Gabrielle Forest

Un documentaire de Dominique Prusak, réalisé par Anna Szmuc. Prises de son, Yvan Turk et Marie Lepeintre ; Mixage : Jean Michel Bernot. Archives INA : Sabine Dahuron et Christelle Rousseau. Recherche et documentation Internet, Annelise Signoret. Collaboration Lily Cornaert.

Bibliographie : 

- Livres de Maryvonne Braunschweig et Georges Hauptmann, Docteur Adélaïde Hautval, dite « Haïdi », 1906 – 1988, 2016 et Robert WAITZ (1900-1978), médecin résistant dans les camps d’Auschwitz III (Buna-Monowitz) et Buchenwald, 2011, Editions du Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah, Maison des Associations, 8 rue du général Renault, 75011, Paris.

-Médecine et crimes contre l'humanité. Le refus d'un médecin, déporté à Auschwitz, de participer aux expériences médicales, Dr Adélaïde Hautval, Editions du Félin, 2006.

- Rester Humain ! Leçons d'Auschwitz et de Ravensbrück, Adélaïde Hautval, Editions Ampelos, août 2018. 

- Le procès des médecins de Nuremberg, Bruno Halioua, Editions Eres, 2017. 

Article sur les médecins « justes parmi les nations », publié sur le site français du Yad Vashem, parmi lesquels figure Adélaïde Hautval.

Du procès au code de Nuremberg : principes de l’éthique biomédicale par Bruno Halioua, chercheur à l’Inserm,  auteur du Procès des médecins de Nuremberg, 2018. Article à lire sur l’Espace éthique de la région Ile-de-France.

Des excuses pour quoi faire, article de Carola Sachse, extrait du livre Une médecine de mort, du code de Nuremberg à l’éthique médicale contemporaine (sous la direction de Lise Haddad et Jean-Marc Dreyfus, éd. Vendémiaire, 2014).

Votre prochaine Histoire particulière : 

A écouter les 2 et 3 février à 13h30

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