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Jacques Fesch, 24 ans, accusé d'avoir assommé un agent de change pour lui dérober 300 000 francs et d'avoir tué un gardien de la paix, s'apprête à rencontrer le juge d'instruction à Paris (04.03.1954)
Épisode 1 :

Le "tueur de flic" devenu mystique

28 min

25 février 1954, 17h30, Fesch pénètre dans le Comptoir de Change et de Numismatique, au 39 de la rue Vivienne, à deux pas de la Bourse de Paris. La veille, il est venu en repérage et a commandé deux lingots et diverses pièces d'or, pour un montant de deux millions d'anciens francs.

Jacques Fesch, fils d'un ancien directeur de banque, est arrêté à Paris, le 25 février 1954, après avoir commis un hold-up dans un bureau de change de la rue Vivienne
Jacques Fesch, fils d'un ancien directeur de banque, est arrêté à Paris, le 25 février 1954, après avoir commis un hold-up dans un bureau de change de la rue Vivienne Crédits : Photo Keystone-France / Gamma-Keystone via Getty Images - Getty

Jacques Fesch est alors âgé de 24 ans. Il est grand (1,92 mètre), blond, très beau, avec dans le regard quelque chose de flottant, qui pouvait déconcerter, mais qui plaisait aux femmes, écrira plus tard l'un de ses biographes, André Manaranche (1927-2020, théologien, prêtre catholique).

Premier épisode : Le "tueur de flic" devenu mystique

S’il présente beau, il est aussi apathique et il ne parvient pas à passer son bac. Lucide sur lui-même, il écrira  en prison : Dans une atmosphère morbide, je passais mon temps à essayer de réprimer un trouble pénible, une sorte de frayeur de la vie. Ce 25 février 1954, il braque son revolver sur l'agent de change, Alexandre Silberstein, du 39 rue Vivienne. Jacques Robbe, son complice de braquage, panique, sort dans la rue et prévient un policier en faction : Venez vite, j'ai mon meilleur ami qui est en train de faire une bêtise ! Fesch s’enfuit mais il est rattrapé par l'agent de police Jean Vergne : Haut les mains ! Le braqueur se retourne et tire. 

Ce qui est arrivé n'est que la conséquence logique de tout le mal que je portais en moi. J'ai commis cette agression pour me libérer, absolument comme si j'escomptais le résultat que j'ai obtenu. J'ai l'impression que je devais faire ce que j'ai fait. J'ai été le jouet de forces supérieures. Je ne discernais plus rien. Extrait des écrits de Jacques Fesch

Il est emprisonné à la prison de la Santé, où il va demeurer trois ans, à l'isolement. En octobre 1954, sa mère lui fait parvenir un livre sur les apparitions de Fátima. L'ouvrage le bouleverse : Soudain, raconte-t-il dans son journal, un cri jaillit dans ma poitrine : "Mon Dieu !", et instantanément comme un vent violent qui passe sans qu'on sache d'où il vient, l'esprit du Seigneur me prit à la gorge. À partir de ce moment-là, j'ai cru avec une conviction inébranlable. Il s'astreint à une vie d'ascète, transforme sa cellule pénitentiaire en cellule monacale, renonce au tabac comme aux colis que lui envoie sa famille, écrit chaque jour à des moines et à des proches une lettre de soixante lignes (la longueur maximale autorisée par la direction de la Santé). 

Le traitement de l'affaire Jacques Fesch dans les journaux d'avril 1957
Le traitement de l'affaire Jacques Fesch dans les journaux d'avril 1957 Crédits : Archives de la documentation de Radio France - Radio France

Au milieu des années 1980, la publication de son journal intime Lumière sur l'échafaud, et de toutes ses lettres, regroupées en un seul ouvrage, Cellule 18, rencontre un réel succès chez les lecteurs catholiques (80 000 exemplaires vendus).

Il y a beaucoup de journalistes comme moi, des gens qui ont l'habitude si vous voulez, qui ont tout de suite senti que Fesch n'était pas un assassin comme on en voit beaucoup. C'était un garçon à part. Et nous avons parfaitement senti qu'il ne cachait rien, ça c'est très important. Un homme qui ne cache rien dans un box de cour d'assise, croyez-moi, c'est très rare. Et lui ne cachait rien du tout. Il ne cachait rien du tout, il avait une retenue et on s'est demandé ce qu'il y avait en lui. Ce qu'il y avait en lui, moi je vais vous le dire, c'est ce que son avocat y avait mis, c'est-à-dire une certaine sainteté. Frédéric Pottecher

Intervenants

  • Gérard Fesch, auteur de Mon enfance guillotinée publié à l’Archipel et Fils d’assassin, fils de saint publié chez Balland 
  • Le père Henri Moreau en charge du dossier de béatification
  • L’avocat Claude Pugnotti
  • Odile Dauchez, une amie de Gérard Fesch
  • Jean-Claude Droniou, l'oncle de Gérard Fesch

Extraits des écrits de Jacques Fesch : Lumière sur l’échafaud et de Cellule 18 (Pierre Téqui éditeur) dits par Xavier Czapla.

Archive INA : extrait de l’émission de Michel Bichebois, L’Affaire Jacques Fesch, avec Frédéric Pottecher et Hubert Bonaldi (France Culture, 10.02.1973)

Musique (extraits) : Chet Baker, Alone together - José van Dam, Requiem de Fauré - Zelenka, Psaume 50 Miserere.

Un documentaire de Michel Pomarède, réalisé par Yvon Croizier. Archives INA, Véronique de Saint Pastou. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Elna Fraysse, stagiaire.

Écouter
5 min
Archive INA : Extrait de l’émission "Le vif du sujet" consacrée à Jacques Fesch et intitulée "Le fils oublié" (France Culture, 24.07.2001)

Bibliographie

Pour aller plus loin

  • Le lieu du crime : L'affaire Jacques Fesch : un documentaire de FR3 (2000), à revoir sur YouTube (de 0' à 24’) :
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Demain, le second épisode : Au nom du père, du fils...

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