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Nicolas-René Berryer (1703-1762), comte de La Ferrière, est un magistrat et homme politique français.  Il fut lieutenant général de police de 1747 à 1757
Épisode 1 :

La fine mouche

28 min

Une mouche, dans l’argot du 18ème siècle, c’est un agent de renseignement de la police, un indic.

Enlèvement de police. Gravure de Claude Augustin Duflos d'après une peinture d'Étienne Jeaurat, vers 1756-1757.
Enlèvement de police. Gravure de Claude Augustin Duflos d'après une peinture d'Étienne Jeaurat, vers 1756-1757. Crédits : Domaine Public. Wikipédia commons

Marie Geneviève Dion, dite la Maréchal, est la plus célèbre et sans doute la plus haïe des mouches de la police de Paris – lors d’une émeute, le peuple de Paris scandera son nom en réclamant sa tête. Voleuse, escroqueuse, maquerelle et maitresse chanteuse, plusieurs fois condamnée, elle deviendra assez puissante pour rêver de diriger l’hôpital général de la Salpêtrière, avant de finir elle-même dans cette prison, abandonnée de tous. A travers sa vie haute en couleurs, on assiste à la naissance de la police moderne : recrutement des indicateurs, recherche de preuves (notamment scientifiques), création de fichiers, sont autant d’outils rationalisés à l’usage d’une police en pleine expérimentation, confrontée à des mouvements de contestation de plus en plus violents.

Garre les Mouches (sic). Caricature des « mouchards » de la police, gravure sur cuivre, 1720
Garre les Mouches (sic). Caricature des « mouchards » de la police, gravure sur cuivre, 1720 Crédits : Domaine Publix. Wikipédia commons

Episode 1 : la fine mouche

En 1728, Marie Geneviève Dion, fille d’un gros marchand de bois, est emprisonnée pour la première fois, pour des vols au Palais Royal où elle est femme de chambre : elle a volé un nombre considérable de toiles de Perse, de damas, d’étoffes d’or, de robes. L’ordre du roi qui la jette en prison sans procès est bienvenu pour elle : elle risque la peine de mort pour vol domestique ! Elle sort deux ans plus tard. 

En 1741, elle est à nouveau condamnée, pour escroquerie, après s’être enfuie à Londres avec une jeune femme. Son complice et amant l’a ramenée à Paris et dénoncée. En 1743, sa vie bascule : la nuit de son exécution, un voleur, Jean Thibault, charge Marie Geneviève lors de ses aveux. Elle serait liée à une bande de voleurs, la « bande des Raffiats », qu’elle aurait recrutés pour assommer son amant. Elle est soupçonnée d’être une mouche… Car la voici de nouveau libre en 1745. Elle travaille désormais pour l’inspecteur de police Poussot, autrefois marchand de vin, maintenant chargé de la sûreté des rues de Paris et de la chasse aux mendiants, voleurs, prostituées… Pour lui, elle surveille, dénonce, elle participe même aux patrouilles nocturnes. Elle intègre une police en plein essor : la pratique de l’infiltration de la pègre par les « mouches » se systématise. 

En 1747, le processus s’accélère.

La conduite des filles de joie à la Salpêtrière, toile d'Étienne Jeaurat, Paris, musée Carnavalet, 1745
La conduite des filles de joie à la Salpêtrière, toile d'Étienne Jeaurat, Paris, musée Carnavalet, 1745 Crédits : Domaine Public. Wikipédia

Intervenants

  • Ce documentaire est basé sur le texte d'Isabelle Foucher "Heurs et malheurs de Marie Geneviève Dion (1702-1761)". Isabelle Foucher est chargée d’études documentaires au Département du Moyen Âge et de l’Ancien Régime des Archives nationales, responsable du fonds du Châtelet de Paris (série Y) 
  • Ce texte fait partie de l'ouvrage collectif sous la direction de Vincent Denis, Vincent Milliot et Isabelle Foucher, La Police des Lumières, Ordre et désordre dans les villes au XVIIIe siècle. Paris, Gallimard/Archives nationales, 2020.
  • Patrice Peveri, maître de conférences à l'IDHES-Paris 8 (laboratoire Institutions et Dynamiques Historiques de l’Économie et de la Société) 
  • Sylvie Steinberg, historienne, directrice d’études à l’EHESS 
  • Claire Lesage, conservatrice générale des bibliothèques, chef du Service collections et chargée des manuscrits (XVIIe - XXIe s.) à la Bibliothèque de l'Arsenal (BnF)

Avec les voix de :

Eric Desrues ; Yves Flammant ; Renée Foucher ; Pascale Foucher ; Hubert Gauthier ; Pascale Girard ; Zoé Lanté ; Jovan Susanj Foucher ; Sarah Viallard

Merci à Claire Béchu Bénazet des Archives Nationales et à Isabelle Kermet de la Bibliothèque nationale de France

Un documentaire de Mariannick Bellot, réalisé par Annabelle Brouard. Prise de son : Virginie Lorda. Bruitages et ambiances : Elodie Fiat, Claude Niort. Mixage : Archive : Manon Houssin. INA : Isabelle Fort Rendu. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France.

Bibliographie

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Pour aller plus loin :

Liens :

Sur le site des Archives Nationales : l'article qui a inspiré de documentaire

Patrice Peveri : Les pickpockets à Paris au XVIIIe siècle. In Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 29 n°1, janvier-mars 1982. 

Christian Romon : Mendiants et policiers à Paris au XVIIIème siècle. Article paru dans Histoire, économie et société, 1982, 1ᵉ année, n°2.

Les informations policières à Paris entre 1667 et 1830. Production, usages et pratiques de gouvernement. Article de Nicolas Vidoni publié dans Amnis, n°13, 2014.

Gilles Malandain : Les mouches de la police et le vol des mots. In Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 42, n°3, juillet-septembre 1995.

Le tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier : tome 9, chapitre 749 consacré au « Signalement ».

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