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Le Génie de la Liberté

Le Génie de la Liberté

59 min

Qui a vu la Colonne de Juillet ?

Le Génie de la Liberté
Le Génie de la Liberté Crédits : Christine Bernard - Radio France

Il est une colonne que tout le monde croit connaître. Tant elle est là au centre de notre imaginaire…

Colonne de Juillet
Colonne de Juillet Crédits : Didier Plowy Centre des monuments nationaux

Les touristes en font le tour, les Parisiens y grimpent régulièrement et s’enroulent tout autour les jours de manifestation, réincarnant furtivement le geste et l’histoire. Mais de quelle histoire parle-t-on ? A y regarder de plus près, la colonne et son génie sont à l’emplacement d’une prison, d’une révolution, de plusieurs insurrections, de deux rives, de quelques chimères et d’un grand amour.

1er épisode : Insurrections populaires

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5 min
Archive INA 1996
La colonne est creuse
La colonne est creuse Crédits : Christine Bernard - Radio France

On fait le tour de la Colonne de Juillet comme pour boucler une requête collective faite à la République, parfois à grands coups de sifflets et klaxons. Il y a tout ceux qui y vinrent en cortèges 1981,1995, 2012… La République, ce génie aux pieds d’argile convoque son peuple pour que ces quelques mots - Liberté, Egalité, Fraternité - s’incarnent à chaque génération. Le Génie, là-haut, celui de la Bastille semble donner une direction au peuple parisien. Il porte dans la main droite un flambeau et dans la gauche les chaînes brisées du despotisme. Avec son beau visage régulier, il tient du Mercure volant de Jean Bologne exposé au Louvre dont il reprend l’élan aérien. Étrange, cette figure masculine, à bien y regarder… la figure de la Liberté est traditionnellement incarnée par une femme depuis 1789. C’est qu’il fut conçu pour commémorer 1830 ! Et non 1789… et une référence trop explicite à la figure féminine de 1789 n’aurait pu convenir à la toute nouvelle Monarchie de Juillet qui dama le pion aux républicains désorganisés.

L’éléphant de Napoléon
L’éléphant de Napoléon

Il fut un temps imaginé à cette même place : un Éléphant. Ce fut une lubie d’empereur : « Il sera élevé sur la place de la Bastille, une fontaine de la forme d’un éléphant en bronze, fondu avec les canons pris sur les Espagnols insurgés ; cet éléphant (…); l’eau jaillira de sa trompe. ». L’éléphant réalisé en plâtre cacha sous ses pieds le Gavroche de Victor Hugo : « Dans cet angle désert et découvert de la place, le large front du colosse, sa trompe, ses défenses, sa tour, sa croupe énorme, ses quatre pieds pareils à des colonnes faisaient, la nuit, sur le ciel étoilé, une silhouette surprenante et terrible. On ne savait ce que cela voulait dire » ». Longtemps, l’éléphant cohabita avec la colonne que Victor Hugo surnommait goguenard : « le tuyau de poêle »… puis le plâtre s’effrita. Baudelaire, passa un jour d’insurrection à son chevet pour réanimer sa flamme. Et Paris agité par son peuple se retrouva au pied de la colonne durant deux cent ans, 1830, 1848, 1871, bals du 14 juillet, suffragettes en 1935 … jusqu’à aujourd’hui. Mais qui sait aujourd’hui qu’en dessous de la colonne dorment les tombeaux des insurgés.

Tombeau 1830
Tombeau 1830 Crédits : Christine Bernard - Radio France
Tombeau 1848
Tombeau 1848 Crédits : Christine bernard - Radio France

2nd épisode : Liberté Chérie !

"Je suis allé les voir, ils s'appelaient Riton et Marinette, et j'ai vu qu'ils avaient le poster encadré dans le café qui se trouvait à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue des Tournelles. Ils m'ont accueilli cordialement. Ils n'étaient montés qu'une seule fois sur la colonne, ils s'en souvenaient parfaitement. Ils venaient de l'Aveyron et, à l'époque, ils n'avaient pas encore le bistrot. Ils ne l'ont eu que deux ou trois ans plus tard, alors qu'ils étaient mariés. Et le plus étonnant, c'est que sur la photo, dans la direction où ils regardent, on voit le coin de l'immeuble où se trouve le bistrot !" Willy Ronis, extrait de Virginie Chardin

Les amoureux de Willy Ronis
Les amoureux de Willy Ronis Crédits : Willy Ronis

Le photographe, Willy Ronis immortalisa ce jeune couple tout en haut de la colonne, baiser fou, amoureux décidément tournés vers l’avenir. Tout mouvement, soit-il des cœurs, est un affranchissement… Et si désir et soulèvement ne faisaient qu’un, comme le suggère le philosophe et historien de l’art Georges Didi Huberman.

« Un geste sans fin, sans cesse recommencé, souverain comme peut l’être le désir lui-même ou cette pulsion, cette poussée de liberté…"

Les amoureux de 1903
Les amoureux de 1903 Crédits : Christine Bernard - Radio France

Revêtue de bronze, la colonne n’est pas pleine mais creuse. Une porte s’ouvre. L’humidité ruisselle des murs, car en dessous coule un canal faisant la jonction avec la Seine. Nous remontons le long d’un escalier en spirale…des noms d’hommes et de femmes sont gravés sur les murs, 1913, 1968… 1903. Haut les cœurs, les couples, d’un jour, d’une courte nuit, ou d’une vie toute entière… sont venus ici même, les noms s’enroulent autour de la colonne. L’indestructibilité du désir accompagne l’envol du Génie de la liberté… La liberté, c’est certain c’est aussi celle d’aimer.

Les amoureux de 2016
Les amoureux de 2016 Crédits : La Chouette
Vue du sommet de la Colonne de Juillet
Vue du sommet de la Colonne de Juillet Crédits : Christine Bernard - Radio France

Avec :

  • Eric Vuillard, écrivain
  • Marie-José Mondzain, philosophe
  • Rosa Moussaoui, journaliste au journal L'Humanité
  • Lionel Dubois, architecte
  • Delphine Christophe, directrice de la conservation des Monuments Nationaux
  • Marc Forestier et les habitants de Paris, les passants de la Bastille et les amoureux Pierre et Jérôme 2016
  • Remerciements à Eric Hazan et Camille Boneu du Centre des Monuments Nationaux

Un documentaire de Nedjma Bouakra. Réalisé par Nathalie Salles. Prises de son Eric Audra. Lectures Antoine Reinartz. Mixage Manuel Couturier. Archive INA : Sabine Dahuron. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Collaboration : Thibaut Téranian.

Remerciements au Centre des Monuments Nationaux

Hugo et le Paris révolutionnaire : Très beau livre édité en ligne par l'université Paris - Diderot en accès libre.

Épisodes des journées de juin 1948

La révolution oubliée : Edition L'harmattan

Récit d'un journaliste allemand sur 1948

[Catalogue de l'expo Soulèvements : " L'émotion n'est pas à exclure d'une anthropologie du politique" G. Didi- Huberman](http:// http://www\.jeudepaume\.org/?page=article&idArt=2476)

Chroniques

Bibliographie

14 Juillet Eric VuillardActes Sud, 2016

L’Éléphant de Napoléon

L'éléphant de NapoléonEd : H. Clair, 2014

L'équipe
Coordination
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