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Les gardiens de la paix Célestin Deray (en haut), Lucien Fournès (à droite) et Jean-Jacques Liabeuf (gros plan). Image extraite de "Album of Paris crime scenes" attribué à Alphonse Bertillon
Épisode 2 :

L’affaire de la rue Aubry-Le-Boucher

28 min

Le crime de Jean-Jacques Liabeuf indigne tous les demandeurs de sécurité. Cependant, sa notoriété ne s’explique pas par ce seul geste. Une forte mobilisation se forme en faveur du cordonnier. Celui qui lance ce mouvement de soutien est le journaliste Gustave Hervé.

Photographie anthropométrique de Jean-Jacques Liabeuf (1886 - 1910), criminel français. Il décida de se venger d'une condamnation injuste en tuant des policiers.
Photographie anthropométrique de Jean-Jacques Liabeuf (1886 - 1910), criminel français. Il décida de se venger d'une condamnation injuste en tuant des policiers. Crédits : Domaine publie – Wikimedia Commons - Alphonse Bertillon (1853-1914)

Socialiste insurrectionnel, Gustave Hervé prend sa défense. Selon lui, en se faisant justice contre les agents, Liabeuf a donné une belle leçon d’énergie, de persévérance et de courage aux honnêtes ouvriers qui n’osent jamais riposter alors qu’ils sont eux-mêmes  victimes de brutalités policières, d’ignobles passages à tabac, de condamnations imméritées, d’erreurs judiciaires grossières. 

Épisode 2 : L’affaire de la rue Aubry-Le-Boucher

Cet article au vitriol déclenche une guerre des gazettes : D'un côté, les partisans de l'ordre sécuritaire hurlent au laxisme contre les apaches des quartiers mal famés. Les journaux de gauche, eux, soulignent surtout l'injustice qu'a subie le misérable cordonnier, condamné à tort par des policiers véreux. C'est une lutte des classes qui se joue sur le cas Liabeuf.

L’exemple de "l’apache", ça consiste pour Gustave Hervé à dire et bien, "vous voyez, y’en a un qui l’a fait ! " C’est-à-dire qu’il y en a un qui a pris un révolver et qui a tué un agent. C’est-à-dire que c’est un ouvrier, un cordonnier, qui est passé à l’action directe. Et ça, c’est une thèse qu’il essaie de défendre et de promouvoir depuis déjà plusieurs mois. Et puis bon, encore une fois, il a senti qu’il y avait une forme d’exaspération sociale et il veut l’utiliser. Gilles Heuré, écrivain

L'affaire se trouve un temps éclipsée par la crue exceptionnelle qui engloutit Paris fin janvier puis reprend de plus belle. Gustave Hervé est condamné à quatre ans de prison pour délit de presse et Armand Fallières refuse la grâce présidentielle à Jean-Jacques Liabeuf.  

Quand il s'avance vers la guillotine, dressée le 1er juillet 1910 au pied du mur de la Santé, le cordonnier n'est pas seul. Au loin, 10 000 manifestants sont venus crier leur colère, dans un climat insurrectionnel, prêts à en découdre avec les forces de l’ordre.

Guillotine
Guillotine Crédits : Christophe Petit Tesson - Maxppp

Intervenants

Les obsèques de l'agent Célestin Deray (13.01.1910), payées par la Ville de Paris, dans la cour d'honneur de la préfecture de police en présence du préfet Lépine. Ici avec Antonin Dubost, président du Sénat et Henri Brisson, président de la Chambre.
Les obsèques de l'agent Célestin Deray (13.01.1910), payées par la Ville de Paris, dans la cour d'honneur de la préfecture de police en présence du préfet Lépine. Ici avec Antonin Dubost, président du Sénat et Henri Brisson, président de la Chambre. Crédits : Bibliothèque nationale de France/Maxppp. Photographie de presse. Agence Rol. - Maxppp

Textes lus par Pierre-François Garel. Confessions de Jean-Jacques Liabeuf (sans date) écrites à la prison de la santé et retranscrites dans le livre L’homme hérissé. Liabeuf, tueur de flics de Yves Pagès (Libertalia, 2020. Baleine, 2009. L'Insomniaque, 2020).

Textes repris par Lénora Krief : Extraits de l'article de Gustave Hervé, L’exemple de l’apache, dans l’édition de La Guerre sociale du 12 janvier 1910.

Un documentaire de Lénora Krief réalisé par Marie Plaçais. Prise de son, Julie Garraud, Thomas Robine, Alexandre Abergele et Fabien Capel. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France et Antoine Vuilloz de la Discothèque de Radio France.

Immédiatement, le Parquet l’incrimine et, finalement, le premier procès qui va avoir lieu, c’est pas du tout le procès Liabeuf. Le premier procès qu’il y a c’est le procès Gustave Hervé. C’est un procès politique. Il y a 70 témoins. Et il a invité justement tous ceux du Parti socialiste, les députés… Il a été très malin. Les plus grands syndicalistes de la CGT et des grandes figures du Barreau, pas du tout de gauche. Il a invité tout le monde. C’est son heure ! Il est le nouvel Émile Zola, c’est son "J’accuse" et il y croit à fond. Et de fait, ce procès va avoir un écho considérable et va lui valoir quatre ans de prison. C’est la plus grosse condamnation pour délit de presse depuis La Commune. Yves Pagès, éditeur, écrivain.

Musique : Ah les salauds ! de Aristide Bruant (extrait de la BOF de Lautrec, réalisé par Roger Planchon) - Sa petite personne, par Zip (alias Paul Lack. Extrait de Anthologie de la chanson française enregistrée 1900-1920 / Les chansons de l'actualité politique) - Venez donc voir, extrait de la comédie musicale la Bande à Bonnot, de Boris Vian, musiques de Louis Bessières - Dans la rue, de Aristide Bruant, interprété par Mouloudji.

Écouter
3 min
Archive INA : Les journalistes Jean-Pierre Hutin, Georges Arque et Maurice Lemay analysent "le fait-divers dans la presse écrite" dans l’émission Tribune de Paris (RTF, Chaîne Parisienne, 06.07.1953)

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