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Matthias Sindelar (poste d'attaquant), à gauche sur la photo
Épisode 1 :

Match gagné

28 min

À Vienne, dans le cimetière central, tous les 23 janvier depuis 80 ans, quelques dizaines de personnes se rassemblent autour d’une tombe surmontée d’un ballon de foot et d’un curieux visage au front démesuré sculptés dans le marbre noir.

Tombe de Matthias Sindelar dans le cimetière central de Vienne (Autriche)
Tombe de Matthias Sindelar dans le cimetière central de Vienne (Autriche) Crédits : Bezirksmuseum Favoriten

Cette tombe n’est ni celle de l’écrivain Arthur Schnitzler, ni celle du compositeur Ludwig van Beethoven ou encore du cinéaste Georg Wilhelm Pabst, autres célébrités défuntes ici rassemblées.

C’est celle de Matthias Sindelar, der Papierene, l’homme de papier, qui scellera son mythe sur terrains de foot durant les années 1930, sur fond de montée du nazisme.

La ville de Vienne enterre Matthias Sindelar. Derrière son cercueil, il y a 20.000 personnes sous la pluie. Et on arrive au cimetière. Et là, le chef des SA, allemand, bien sûr, fait stopper le cortège funèbre et il dit "Ici, repose le plus grand combattant du football". Et on l'enterre très près d'un cercle magique, le cercle magique des cénotaphes de Schubert, de Brahms, de Mozart... Il se trouve aussi que Matthias Sindelar a été surnommé le Mozart du football. Et, il se trouve que quand il est mort, il est mort à quelques dizaines de mètres de la loge maçonnique que fréquentait Mozart. Je trouve ça magnifique ! Olivier Margot, auteur de L'homme qui n'est jamais mort (JC Lattès, 01.2020)

Épisode 1 : Match gagné

Depuis la tombe de Matthias Sindelar, nous retournons un siècle en arrière dans les rues de Vienne la rouge (das rote Wien). Matthias est né Matěj Šindelář en 1903 en Moravie, cette région de l’Empire austro-hongrois qui sera plus tard intégrée à la République Tchèque. Sa famille modeste émigre à Vienne, où il joue au ballon dans les rues de son quartier populaire et cosmopolite de Favoriten avec les autres enfants immigrés - des Tchèques, des Polonais, des Hongrois…. 

Portrait de Matthias Sindelar (1903-1939), attaquant de la "Wunderteam" (équipe nationale d'Autriche de football), de la fin des années 1910 à la fin des années 1930
Portrait de Matthias Sindelar (1903-1939), attaquant de la "Wunderteam" (équipe nationale d'Autriche de football), de la fin des années 1910 à la fin des années 1930 Crédits : Bezirksmuseum Favoriten

Il commence sa vie de jeune adulte dans une première république d’Autriche en pleine effervescence architecturale, théâtrale, littéraire et médiatique au sortir de la Première Guerre mondiale. Les politiques sociale et culturelle offensives feront de Vienne la Mecque du socialisme démocratique, et cette ville voit naître des équipes de foot tout à fait singulières, où les corps rompent avec les gestes et les codes habituels. Sindelar, le fils d’ouvrier, incarne un singulier mélange. Dès 1917, il est repéré par un club, le Hertha Wien, intègre l’équipe première en 1922 puis rapidement l’équipe nationale. Malingre, rapide et imprévisible, il reçoit le surnom d’homme de papier, gagnant l’admiration des artistes et des intellectuels. 

Ce premier épisode évoque sa jeunesse viennoise et sa foudroyante ascension dans une équipe que l’on nommera le Wunderteam, "l’équipe miraculeuse".

Matthias Sindelar, en pleine action (2ème en partant de la droite)
Matthias Sindelar, en pleine action (2ème en partant de la droite) Crédits : Bezirksmuseum Favoriten

Je pense qu'on peut parler de projection. D'un côté, les intellectuels ont vu en Sindelar, ce qu'ils ne pouvaient pas être eux-mêmes, une personne qui pratique un sport très physique mais qui le pratique d'une manière remarquablement intelligente, joueuse. Dans un poème connu*, Friedrich Torberg, (nom de plume de Friedrich Kantor), écrit de Matthias Sindelar qu'il jouait sans cesse et ne combattait jamais. Et c'est précisément ça, ce côté joueur, ludique, ce don hautement technique que les intellectuels ont reconnu dans le jeu de Mattias Sindelar et qui a fait qu'ils y ont vu une projection d'eux-mêmes. Pour le monde ouvrier, ensuite, Sindelar est le symbole de l'ascension. Sindelar et "Vienne la rouge" vont très bien ensemble... Quand on vient de ce milieu, prendre l'ascenseur social jusqu'à devenir une star internationale, bien sûr que ça incite à la projection, à l'identification. Wolfgang Maderthaner, historien, spécialiste du mouvement ouvrier et de l’histoire du football. 

* Auf den Tod eines Fußballers (À propos de la mort d'un footballeur), titre du poème de Friedrich Torberg consacré à Matthias Sindelar.

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3 min
Archive INA : L’Anschluss, à Vienne, commentée par un journaliste qui décrit l’ambiance de la capitale autrichienne ("Les nazis font main basse sur Vienne", Chaîne non déterminée, 10.04.1938)

Intervenants

  • Olivier Margot, journaliste et écrivain, auteur de L’homme qui n’est jamais mort (JC Lattès, 2020)
  • Georg Spitaler et Wolfgang Maderthaner, historiens, spécialistes du mouvement ouvrier et de l’histoire du football
  • Polo Breitner, consultant pour le foot allemand sur RMC
  • Berta Wenzel, Helmut Wenzel et Walter Sturm, habitants de Favoriten, dixième arrondissement de Vienne (Autriche), et collaborateurs du musée local.

Avec les voix de Leyla-Claire Rabih (metteure en scène, directrice artistique de la compagnie Grenier Neuf à Dijon) et Emilie Chaudet (productrice à France Culture).

Archives autrichiennes : 

Musique (extraits pour les deux épisodes) : Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n°25, Ode funèbre maçonnique K 477, Concerto pour piano n°20, Concerto pour piano n°23 - Joseph Haynd : Deutschland über alles (Quatuor l’Empereur) - Johann Strauss II : Le beau Danube bleu - Max Reger : Variations et fugue sur un thème de Mozart - Arnold Schönberg : La nuit transfigurée opus 4, pour sextuor à cordes - Alban Berg : Quatuor à cordes opus 3.

Matthias Sindelar posant pour une publicité : Le ballon porte son nom.
Matthias Sindelar posant pour une publicité : Le ballon porte son nom. Crédits : Bezirksmuseum Favoriten

Bibliographie sélective

Livre :

Extraits de films (Filmarchiv Austria sur YouTube) :

Matthias Sindelar posant pour une publicité. Sa signature figure en bas de l'image.
Matthias Sindelar posant pour une publicité. Sa signature figure en bas de l'image. Crédits : Bezirksmuseum Favoriten

Un documentaire de Marie Chartron, réalisé par Yvon Croizier. Prises de son, Pierric Charles, Marie Lepeintre ainsi qu'Alexandre Czuczman de France Bleu Saint-Etienne Loire. Archives INA, Delphine Desbiens. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France.

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