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Vue de l'hôpital Sain-Alban.
Épisode 2 :

Une révolution psychiatrique

28 min

A Saint-Alban, les patients sont soignés, mais aussi l’hôpital. Théâtre d'un révolution psychiatrique, Saint-Alban n'est plus un lieu d’enfermement, mais un lieu de vie ouvert sur la cité.

Les patients et les soignants de l’hôpital de Saint-Alban en vacances au bord de la mer, avec la camionnette du club thérapeutique, 1970.
Les patients et les soignants de l’hôpital de Saint-Alban en vacances au bord de la mer, avec la camionnette du club thérapeutique, 1970. Crédits : Radio France

Pendant la seconde guerre mondiale, des juifs et des résistants sont venus s’y cacher, se faisant passer pour des malades mentaux, ou intégrant les équipes soignantes. Parmi eux, Denise Glaser, qui deviendra plus tard une vedette de petit écran grâce à son émission "Discorama", mais aussi le poète, résistant et membre du groupe surréaliste Paul Eluard, accompagné de sa seconde épouse Nusch. 

2nd épisode : Une révolution psychiatrique

A la fin de la guerre, les artistes, les juifs et les résistants venus trouver refuge à Saint-Alban quittent l’asile, regagnent le monde extérieur, leurs carrières. Les fous et les soignants restent. On  découvre alors que Saint-Alban compte parmi les rares hôpitaux psychiatriques en France où n’a pas sévi la famine qui tua 45 000 malades mentaux internés entre 1939 et 1945. Ici, les malades et les soignants se sont organisés, ont travaillé ensemble aux champs, à la ferme, à l’atelier de menuiserie, de mécanique … Certains malades ont révélé des talents et des savoirs insoupçonnés. Coordonnées de manière réfléchie et collective, ces activités où chacun est tout autant protégé que responsabilisé, semblent avoir aussi un effet positif sur l’état psychique des patients. 

Enfant, l'hôpital était ma cour de récréation. Michel Tosquelles

C’est en réalité un courant majeur de l’histoire de la psychiatrie qui vient d’émerger à Saint-Alban, sous l’impulsion de deux médecins hors norme, François Tosquelles et Lucien Bonnafé. On l’appelle : psychothérapie institutionnelle. Ici, on soigne les patients, mais aussi l’hôpital,  l’institution psychiatrique elle-même. L’hôpital n’est plus pensé comme un lieu d’enfermement, mais comme un lieu de vie, de société, ouvert sur la cité. 

L’arrivée des premiers neuroleptiques, en 1953, constitue aussi une avancée pour les malades, et pour les soignants. 

Un patient devant sa toile, dans la salle commune du club thérapeutique de l’hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole, 1960.
Un patient devant sa toile, dans la salle commune du club thérapeutique de l’hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole, 1960. Crédits : Radio France

Après avoir formé de grands psychiatres parmi lesquels Jean Oury, Frantz Fanon, ou encore Roger Gentis, François Tosquelles quitte Saint-Alban en 1962, mais l’hôpital est encore en pleine effervescence. Il compte alors près de 400 patients et presque autant de soignants. 

Aujourd’hui,  il n’y a plus qu’une soixantaine de patients qui fréquentent Saint-Alban. L’hôpital semble comme dévitalisé, à l’image de tant d’autres hôpitaux psychiatriques en France. Mais la psychothérapie institutionnelle n’est pas morte, elle continue d’exister, de se développer ailleurs, à la Clinique de La Borde fondée par Jean Oury (1924-2014), au Centre Artaud de Reims, fondé par le docteur Patrick Chemla, mais aussi via des collectifs d’usagers comme Humapsy, une association de patients suivis en psychiatrie, qui s’inscrit directement dans le mouvement de la psychothérapie institutionnelle.

Association culturelle de l’hôpital Saint-Alban.
Association culturelle de l’hôpital Saint-Alban. Crédits : Radio France

Grâce aux archives, nous entendons dans ce second volet la voix de François Tosquelles, mais aussi celles de ses enfants Germaine et Michel, et d’anciens infirmiers ayant travaillé avec lui à Saint-Alban. Leurs récits s’articulent avec les éclairages de Patrick Chemla, fondateur du Centre Antonin Artaud de Reims, et de Marie Bonnafé, psychiatre psychanalyste, et fille unique de Lucien Bonnafé.

Avec Marie Bonnafé, psychiatre – psychanalyste et fille unique de Lucien et Jeanne Bonnafé, Germaine et Michel Tosquelles, anciens infirmiers psychiatriques et enfants de François et Hélène Tosquelles, Patrick Chemla, psychiatre - psychanalyste, chef de service à la clinique Henri Ey et fondateur du Centre Antonin Artaud de Reims, Fred, co-fondateur d’Humapsy, association de patients suivis en psychiatrie, Mireille Gauzy, ancienne infirmière psychiatrique, membre de l’association culturelle du personnel de l’hôpital de Saint-Alban, et Claude Gasc, ancien infirmier psychiatrique à Saint-Alban.

Extraits des films de Martine Deyres, Les Heures Heureuses (2019) et de François Pain, Jean-Claude Polack et Danielle Sivadon François Tosquelles, une politique de la folie (1989).

Merci à Gérard Olive, à l’ensemble des patients et soignants du Centre Antonin Artaud de Reims, à Claire Sarti, Jacques Tosquellas, Claude Claverie, Nicolas Contant et Sophie Legrain des éditions d’Une.

Un documentaire d’Hélène Delye, et François Teste. Archives INA : Véronique de Saint-Pastou. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Collaboration : Julia Martin.

Bibliographie

- Didier Daeninckx, Caché dans la maison des fous (Editions Bruno Doucey ; 2015).

- Paul Eluard, Souvenirs de la maison des fous (Editions Seghers ; 2011).

- François Tosquelles, Trait-d’union, journal de Saint-Alban (Editions d’une ; 2015).

- François Tosquelles, Cours aux infirmiers, Saint-Alban, 1943-1945 (Editions d’une ; 2018).

- Jean Oury, La psychothérapie institutionnelle, de Saint-Alban à la Borde (Editions d’une ; 2016).

- Patrick Faugeras, Rencontre avec Roger Gentis, un psychiatre dans le siècle (Editions érès ; 2005).

Pour aller plus loin ...

-  Catalogue de l’exposition « L’invention du lieu, Résistances et créations en Gévaudan » (Château de Saint-Alban -  LaM musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut ; 2014-2015).

-  Le film de Martine Deyres, Les heures heureuses (2019). Production : Les Films du tambour de soie. Distribution : Sweet Spot Docs.

-  Le film de Nicolas Contant et du groupe cinéma du Centre Artaud, Nous, les intranquilles (2016).  Production : SaNoSi.

-Le film de François Pain, Jean-Claude Polack et Danielle Sivadon, François Tosquelles, une politique de la folie (1989). 

- Le film de Sonia Cantalapiedra : Saint Alban, une révolution psychiatrique qui relate la genèse de la psychothérapie institutionnelle. Production : Les Films d'Un Jour 2017

- Conférence « Saint-Alban : naissance de la psychothérapie institutionnelle ».

- Emission Profils perdus – Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère, l’esprit d’un lieu. Un documentaire de  Cécile Hamsy pour France Culture.

- Une série d’articles sur l’histoire de l’hôpital de Saint-Alban signée Eric Favereau et Philippe Artières parue dans le journal Libération à l’été 2016.

- Le site de l’association Humapsy.

-Le site de l’association culturelle et des rencontres de Saint-Alban.

Votre prochaine Histoire particulière ...

... à écouter les 30 novembre et 1er décembre.

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