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Marie-Charlotte et ses élèves

Un chantier en cours

1h

La fin de la l'année scolaire de Marie Charlotte, professeur d’une classe Ulis au collège Evariste Galois Porte d’Italie à Paris.

Marie-Charlotte et ses élèves
Marie-Charlotte et ses élèves Crédits : France Jolly - Radio France

Un documentaire de France Jolly, réalisé par Delphine Lemer. Prises de son son : Yann Fressy. Mixage Eric Boisset. Archive INA Anne Delaveau.

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2 min
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La classe de Marie Charlotte
La classe de Marie Charlotte Crédits : France Jolly - Radio France

Marie Charlotte est venue, il y a quatre ans, de sa province à Paris. Elle ne connaissait personne et s’est retrouvée à la tête d’une classe un peu spéciale, celle que l’on appelle, Ulis (Unité localisée pour l’inclusion scolaire). Ce sont des élèves qui ont des handicaps cognitifs ou psychiques parfois invisibles, mais bien là. Ce fut une première pour Marie Charlotte, une première pour le collège aussi. Faisons doucement connaissance avec les élèves. Il y a Moriféré, Rayan, Kristina, Mamadou, Lydia, Harouna, Raphael, Matis, Mario, Amidou, Abdoul dans une classe à tout petit effectif. Une seule classe pour eux tous seuls, la même pendant 4 ans, de la sixième jusqu’à la troisième. C’est une petite classe aux murs blancs, où leur histoire, par strate, comme celles géologiques d’un paysage qui se modifie avec le temps, se lit sur les affiches, les dessins, les petits mots, la poésie, les post-it exposés sur les murs. Une petite classe claire, à la grande baie vitrée. Un ilot, un cocon. Au mois de Juin ils se quitteront pour toujours. Pour sept d’entre eux, c’est fini, ils vont quitter le collège et Marie Charlotte aussi. C’est elle qui a la charge, de les pousser gentiment dehors. Elle qui leur a préparé le terrain.

1er épisode : Marie Charlotte, la bâtisseuse

Le collège vu du chantier
Le collège vu du chantier Crédits : France Jolly - Radio France

Le collège, porte d’Italie, se trouve face à un chantier gigantesque. Trois immeubles viennent d’être abattus déjà, et reposent, là, en gravats. Donnant au paysage un nouveau relief, celui de montagnes de ferraille, de monceaux de terre orange, de pelotes énormes de fils électriques enchevêtrés. Les pans de murs cassés, fracturés, colorés de papier peints gisent à même la terre. Tout est noyé dans le bruit incessant des pelleteuses, des tractopelles, du va et vient effréné des camions, toutes bennes remplies, qui déblaient. Tout ici est mouvement, transformation, ébranlement, vibration. Les ouvriers sous leur casque s’affairent sans répit. Il faut creuser, éventrer, arracher, pour rendre l’espace vierge, nickel, pour de futures constructions. C’est la vie. Une zone mouvante et transitoire, bordélique, tonique, pour une mutation possible. Du CDI du collège Evariste Galois, à travers les grandes vitres, on voit le chantier. Et on ne peut s’empêcher de penser à cette petite classe Ulis. Car c’est également un chantier, celui que mène Marie Charlotte depuis quatre ans. Au départ, il n’y avait pas d’Ulis, au collège Evariste Galois. Elle est arrivée avec son projet, ses instruments de mesure, et elle a délimité son territoire. Elle a commencé à bâtir. Avec toute une équipe autour d’elle qui l’accompagne, elle a posé la première pierre, les premières fondations. Avec elle, nous remontons le cours du temps. Les histoires particulières, parfois chaotiques, de ces enfants qui viennent bousculer la sienne. La construction d’un lien solide, d’une confiance infinie comme le jour où la police l’a appelée, au lieu des parents. Des sms envoyés pour un devoir pas terminé, des coups de téléphone tardifs pour des appels à l’aide, des confidences. Un acharnement à ne jamais baisser les bras. Ce ciment qu’est la confiance a permis ce lien, cette construction. Elle et eux. Ensemble pour quatre ans.

2nd épisode : Les derniers jours d’école. Le compte à rebours a commencé. Il faut se quitter. Fin des Ulis.

Le chantier
Le chantier Crédits : France Jolly - Radio France

Mais il faut partir. C’est le mois de juin, les conseils de classe ont eu lieu et dans quelques jours, les élèves vont quitter leur cocon, leur classe et ses cinq tables doubles. Ils ne verront plus celle qui ne peuvent s’empêcher d’appeler encore, maîtresse. Et Marie Charlotte partira, elle aussi, pour d’autres projets. Elle aura porté à bout de bras ses chers élèves, depuis leur enfance, jusqu’à l’adolescence. Inventant toujours pour eux des chemins détournés, tentant de pallier des manques. Elle a fait ce qu’elle a pu. Tantôt maternelle, tantôt sévère, toujours bienveillante. Alors, comment se quitter ? Au bord de quel avenir les laisse-t-elle ? Le terrain est-il prêt ? Les fondations sont-elles solides ? Ulis, c’est bien fini. Fin du chantier. De la fenêtre du CDI, l’immense trou du chantier est prêt. La place est nette. Les grues sont installées, on voit s’élever tout au fond, les piliers des nouvelles fondations. Pour quelle construction?

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