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Yvonne Salamon dans les bras de sa mère, Hélène, en 1946
Épisode 2 :

Une vie à l’écoute des autres

29 min

"Je m'appelle Yvonne Salamon, je suis juive. Sans enfants. Psychiatre. Née en 1944 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen. Bébé revenu vivant de l'enfer."

Yvonne Salamon
Yvonne Salamon Crédits : Dominique Prusak - Radio France

J'avais 6 mois. Et, à ce titre, sûrement dotée d'une force que rien ne pourrait réduire et une indépendance totale et définitive. Portée aussi par un sentiment d'invulnérabilité. Comme beaucoup de survivants peut-être... 

Voilà comment, aujourd'hui, à 77 ans, d'une voix calme et joliment timbrée, Yvonne Salamon résume sa vie en quelques mots. Son ton posé de psychiatre, à l'écoute des autres, rassure.     Retour en arrière.

Une vie à l’écoute des autres

Nathan Salamon
Nathan Salamon Crédits : Archive personnelle d'Yvonne Salamon

À 28 ans, Yvonne découvre que sa date de naissance déclarée légalement par sa mère n'est pas exacte. Et donc son identité réelle non plus. Sa mère, Hélène, a menti. Yvonne n'est pas née 4 mois après la libération du camp de Bergen-Belsen comme elle l'a prétendu et déclaré au départ, mais dans le camp, 6 mois avant la libération de ce dernier. Hélène a voulu cacher une relation avec un ami résistant, son mari ayant été emmené en Allemagne comme prisonnier de guerre. L'ami est toujours en vie. Le mari aussi. Ils sont tous deux médecins et se fréquentent. Mais surtout, Yvonne lui ressemble prodigieusement. 

La carte d'identité d'Yvonne Salamon avec sa date de naissance réelle. Sa véritable identité retrouvée.
La carte d'identité d'Yvonne Salamon avec sa date de naissance réelle. Sa véritable identité retrouvée. Crédits : Archive personnelle d'Yvonne Salamon

En janvier 1973, après une cérémonie commémorative, Yvonne rencontre l’ami résistant de sa mère. Il lui confirme son intuition. Elle est bien sa fille biologique. C’est le choc ! Yvonne se retrouve maintenant avec deux pères !

Pourtant, elle ne reproche rien à sa mère et entretient toujours une relation fusionnelle avec elle. Yvonne choisit même la médecine, suivant son souhait. À 32 ans, après la révélation sur sa conception, elle quitte son métier d'orthophoniste et devient psychiatre en effectuant douze années d’études et en terminant première. Elle veut bâtir sa vie sur une relation vraie avec les autres à travers la thérapie. Elle confie :

J'ai voulu aider ces malades anonymes, les soigner, les apaiser. Ma manière de rendre ce que j'ai reçu. Avec la distance que m'impose mon métier. Mais avec amour aussi.

Intervenants

  • Yvonne Salamon, psychiatre
  • Francine Christophe, écrivaine
  • Catherine Dolto, médecin haptotérapeute
  • Boris Cyrulnik, neuropsychiatre
  • Jean Raymond Zekri, psychiatre 
Yvonne Salamon à 4 ans
Yvonne Salamon à 4 ans Crédits : Archive personnelle d'Yvonne Salamon

Un documentaire de Dominique Prusak et François Teste. Archives INA, Marie Chaveau. Page web, Sylvia Favre.

Écouter
4 min
Archive INA : "Perspectives contemporaines", la voix de Mireille Perrier pour l'adaptation du livre "Une petite fille privilégiée" (France Culture, 06.03.2001)

Francine Christophe relate sa rencontre avec Ginette Kolinka, lorsque cette dernière est arrivée au camp de Bergen-Belsen, après avoir été déportée à Auschwitz : 

Elle a dit que "la vie à Bergen-Belsen était presque pire qu'à Auschwitz. Parce qu'à Auschwitz, c'était propre étant donné que les cadavres étaient brulés et qu'à Bergen-Belsen il n'y avait qu'un seul four et que les cadavres trainaient partout". Elle a dit "qu'à Auschwitz, on mangeait, pas grand chose, mais on mangeait quand même, alors qu'à Bergen, quand elle est arrivée, il n'y avait plus rien à manger, plus rien !" Elle a dit aussi "À Auschwitz, je devais travailler en commando, dur, mais cela me tenait presque. À Bergen, il n'y avait plus de travail et on trainait, morts-vivants dans les allée, par terre. À Bergen-Belsen, j'ai été presque plus malheureuse qu'à Auschwitz. Les deux ou trois premiers jours, c'était la loi des plus forts". Voilà le témoignage de Ginette Kolinka

Bibliographie

Le premier souvenir d'Yvonne Salamon : 

Je m'en souviens encore très bien aujourd'hui. Je devais avoir trois ans, mes parents avaient eu un autre bébé - Roger, mon frère - et j'entends Roger, mon frère, le bébé, dans son berceau, pleurer. J'ai couru dans la cuisine où était ma mère, je lui ai bougé sa jupe et je lui ai dit "Maman, bébé pleure, bébé pleure". Et pour moi, c'était impensable qu'elle laisse mon frère pleurer, tellement pour moi, un bébé, ça ne pouvait pas pleurer. C'est mon premier souvenir.

La semaine prochaine, retrouvez "La petite reine et le terrible roi", un documentaire d'Élise Gruau, réalisé par  François Teste.

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