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Alain Françon

Alain Françon : "Je suis obsédé par les textes"

31 min
À retrouver dans l'émission

Alain Françon est un metteur en scène à la réputation paradoxale. On le dit taiseux alors qu’il adore parler de théâtre. On le dit rigoureux, voire janséniste, alors que ses représentations sont pour le public d’inoubliables séquences d’émotion.

Alain Françon
Alain Françon Crédits : Maxppp

Homme posé et calme, Alain Françon crée des textes où les conflits détonnent. Conflits guerriers, comme chez Edward Bond, l’un de ses auteur de prédilection vers qui il revient en 2016 avec la mise en scène de La Mer à la Comédie Française, ou conflit familial, comme dans la pièce de Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf ? montée au Théâtre de l'Œuvre. 

Au cours de cet entretien avec Joëlle Gayot, Alain Françon revient sur la création du Théâtre Eclaté en 1971 et la façon dont il s'y est découvert un talent pour la mise en scène :

Quand on a créé Le Théâtre éclaté, c’était une expérience collective, on faisait du théâtre parce qu'on en avait envie, et on jouait tous... Au bout de quelques spectacles, j’ai trouvé que je ne jouais pas très bien, et les autres ont trouvé que j’étais plutôt leader dans la manière de fabriquer le spectacle. C'est formidable parce que je n'ai pas choisi d'être le metteur en scène, on m’a désigné comme metteur en scène. C’est une position totalement privilégiée. C'est ce qui fait que par la suite, y compris à l'opéra, je n’ai jamais eu peur, cela m’a semblé naturel d’occuper cette place-là.

Défricheur d’Edward Bond, Alain Françon a parcouru ses textes avec constance, mettant en scène Café, Le Crime du XXIe siècle ou Naître au Théâtre de la Colline, Les Gens, au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis ou encore Chaise au Festival d'Avignon. En 2016, au moment de cet entretien, le metteur en scène travaillait sur La Mer pour une production destinée à la Comédie française, l'occasion de revenir sur le malentendu qui entoure l'œuvre de l'auteur britannique en France, souvent considéré comme défaitiste, voire un auteur "de la fin du monde" :

Bond passe souvent pour un donneur de leçons, or il est exactement le contraire. Son postulat est que le théâtre ne peut être qu’extrémiste. Il invente ou il se sert de situations extrêmes, et fait en sorte que ses personnages entrent dans leur compréhension. Agis comme nous tous par un impératif catégorique de justice, ils arrivent à sortir de ces situations. Si cela ne change pas tout à fait le monde, sa géographie n’est plus tout à fait la même après. Même si le changement est minime c’est un grain de sable qui permettra peut-être de reconstruire quelque chose... A la phrase qui dit qu’il n’y a plus de poésie possible après Auschwitz, Bond répond que si, mais à la condition de traverser les ruines. Reconnaître qu’il faut traverser les ruines ne signifie pas qu’on a de la complaisance à le faire, ni qu’on est défaitiste. En traversant les ruines, on apprend l’architecture.

Wladimir Yordanoff, Dominique Valadié, Pierre-François Garel, Julia Faure
Wladimir Yordanoff, Dominique Valadié, Pierre-François Garel, Julia Faure Crédits : Maxppp

Homme discret, Alain Françon accepte au cours de cet entretien d'évoquer son expérience de la psychanalyse et ce qu'elle a changé dans son travail de direction d'acteurs...

Dans mon rapport aux acteurs, il m’arrivait d’être en colère en répétition et il n’y avait aucune raison à cela. Alors j’ai voulu comprendre les raisons de cette agressivité. La psychanalyse m’a assagi, calmé, j’ai enfin pu regarder les acteurs, et les gens en général, avec un regard plus confiant. Cela a été une expérience très importante pour moi. Mais pour le reste, je ne me sers pas de cette expérience, de mon voyage psychanalytique dans la façon dont je dirige les acteurs, je préfère utiliser mes lectures et certains concepts, qui m'aident davantage à trouver comment leur parler. 

Pour rester dans le champ de la psychanalyse, Alain Françon confie que c'est à Jacques Lacan qu'il a emprunté sa formule préférée lorsque qu’il s'adresse aux acteurs : "Scandaleusement simple". Mais le metteur en scène est aussi un admirateur de la pensée de Gilles Deleuze. Au cours de cette entretien, il s'exprime sur l'usage qu'il fait de la philosophie dans son travail :

Je suis un utilisateur des concepts philosophiques, je peux emprunter un concept à Deleuze par exemple parce qu’il m’aide à comprendre ce que je suis en train de faire : par exemple, je dis souvent aux acteurs "Produisez et n’interprétez pas." Dans "produire", j'entends des rapports de vitesse, d’intensité, j'entends que conscient et inconscient sont mélangés. Ce terme induit davantage de rapport à l’instant que quand on se met à interpréter. Dans "interpréter" pour moi il y a psychologie, etc. Cette phrase m'est une aide formidable parce qu’en deux mots, Deleuze m’éclaire. De même, quand Lacan écrit "Scandaleusement simple". Ou encore ce que dit sur le rythme Henri Maldiney dont j'ai suivi les cours à la fac. Tout cela m'éclaire parce que la mise en scène est un paradoxe total : il faut être éminemment bref, ne pas baratiner, et en même temps il faut trouver comment dire l'essentiel. Souvent au théâtre on emploie le mot "juste". Mais qu’est-ce que cela veut dire que de dire à un acteur "Ça, c’est juste" ? Dans juste, il y a justice... Juste serait ce qui rend justice au texte.

Intervenants
  • Metteur en scène
  • comédienne, Formation au Conservatoire National d’Art dramatique de Paris avec pour professeurs Marcel Bluwal et Antoine Vitez
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
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