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"Conférence de choses (en 9 épisodes)", conception, mise en scène et co-écriture : François Gremaud, interprétation et co-écriture : Pierre Mifsud

Explorer les possibles du théâtre : l’improvisation

30 min
À retrouver dans l'émission

Ouvrons un chapitre créatif et audacieux de notre encyclopédie théâtrale en mouvement : l'improvisation. Deux comédiens partagent leurs expériences techniques et éthiques de l’improvisation, véritable processus d’écriture, levier d’inspiration, de création, d’imagination...

"Conférence de choses (en 9 épisodes)", conception, mise en scène et co-écriture : François Gremaud, interprétation et co-écriture : Pierre Mifsud
"Conférence de choses (en 9 épisodes)", conception, mise en scène et co-écriture : François Gremaud, interprétation et co-écriture : Pierre Mifsud Crédits : Giovanni Cittadini Cesi

... ou comment explorer un art vivant ? Comme si tout était sur scène toujours possible, ouvert, poreux au réel et aux risques du plateau. Qu'est ce qu'accueillir l'accident veut dire, dès avant l'arrivée du public dans la salle, et jusqu'à la rencontre avec lui ? Le Dictionnaire Encyclopédique du Théâtre nous éclaire sur "improviser" : le mot signifie "bâtir à mesure, sans préméditation". Naviguons à vue jusqu'à 16H, sans filet ou presque, grâce à deux invités à l'imprévisibilité toute étudiée !

Avec Véronic Joly, comédienne, metteure en scène, formatrice à la Ligue Majeure d’Improvisation. Elle joue dans de nombreuses pièces de théâtre improvisé dont Le Dîner, une création du Collectif Jacquerie, en tournée dans toute la France jusqu’en juin 2018. Partant d’une trame toujours identique - deux personnages en invitent trois autres à partager un dîner à une occasion particulière - le spectacle se crée en direct chaque soir : le public, par petits groupes de spectateurs, est invité à définir le profil des personnages ; leur passé, leurs secrets, sur failles, à l’aide d’une vingtaine de questions établies par Joan Bellviure. Véronic Joly participera par ailleurs le 30 janvier à un match d'impro à La Cigale (Paris).

Avec Pierre Mifsud, comédien, interprète et co-auteur, avec François Grémaud,  de la Conférence de Choses (en 9 épisodes), à voir au Théâtre du Rond-Point (Paris) jusqu’au 31 décembre. Une série de rencontres au format unique : un conférencier, une parole déliée, qui flotte, file, virevolte entre une idée et une autre, associations libres et folles, pour explorer la grandeur et la vacuité du savoir encyclopédique. Tout y passe, et du coq à l’âne : la Torah, Annie Cordy, Woody Allen, la mythologie grecque, l’avènement de l’automobile, les bonbons Haribo, l’histoire du chat qui dort, un dialecte archaïque... Des digressions magiques dans un cerveau plein. Au plateau s’invente en direct un théâtre marathon, irrésistible vertige d’une connaissance exhaustive, sauvage, lâchée en liberté.

Véronic puis Pierre décrivent la sensation presque physiologique produite par l'improvisation, chez l'acteur :

J'ai la sensation de "dé-cérébrer". De travailler à endormir certaines zones du cerveau qui permettent de prévoir, d'anticiper.

Je sens que ce qui se passe alors en moi, c'est un calme, un grand calme serein, depuis lequel tout peut se combiner, se mettre en place dans le corps.

... jusqu'à une forme de mécanisme conscient, quasiment un pilotage automatique, précise t-elle :

Dans la vie, je ne prendrais pas d'avion sans pilote. Sur scène, c'est pareil : je sens que je peux partir dans des directions inconnues, parce qu'en moi il y a bien un pilote.

Une position qui renvoie selon elle à l'éthique contenue dans le geste d'improviser,  :

Sur un plateau, il faut de la distance théâtrale avec ce qu'on fait. Se poser la question de comment dire les choses, ou comment ne pas les dire : c'est important.

Ce à quoi acquiesce Pierre, puis à son tour Véronic :

Ce qui compte, c'est de prendre un risque de belle qualité. [...] Le fait d'accepter toutes les propositions de l'autre, de dire oui, permet d'être là, simplement d'être là... Ensuite, seulement, on ajoute des contraintes [...] Ce qui est important, c'est le goût du jeu : plus il y a de règles, plus on est libres. [...] C'est comme un habit différent qu'on propose au public chaque soir : il y a des pans de l'habit qui sont sus, et d'autres qui sont totalement inconnus et imprévisibles.

Il faut aimer être "risquophile" ; aimer avoir peur ; être prêt à se jeter du haut d'une tour. L'impro apprend à être maintenant. C'est très important de jouer avec le maintenant, parce que c'est être ouvert à la surprise. Et revenir à un texte écrit, par exemple à un Shakespeare, après cet apprentissage de l'improvisation, c'est précieux : c'est jouer Shakespeare maintenant, découvrir la surprise du texte [...] C'est l’espérance de la chute, qui fait venir le public aux matchs d'impro... Il y a quelque chose de l'ordre des jeux du cirque, où le spectateur vient voir les acrobates pour les voir tomber.

Et Véronic de conclure, en une formule efficace :

Il ne faut pas jouer la mise en scène, mais être la mise en scène : il faut accueillir l'accident.

Avec les voix du comique Raymond Devos, du philosophe Robert Bourgne, de Jean Poirée et de Michel Serrault...

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