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Jean-Pierre Vincent et "Godot le héros"...

31 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Pierre Vincent
Jean-Pierre Vincent Crédits : ThB - Radio France

Joëlle Gayot reçoit le metteur en scène Jean-Pierre Vincent , qui a d'abord dirigé avec Patrice Chéreau le groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand avant de rencontrer, en 1968, Jean Jourdheuil qui devient son dramaturge. Ils vont alors fonder le Théâtre de l'Espérance , monter Labiche , Brecht (notamment "La Noce chez les petits bourgeois" , en 1968, 1973, et même une troisième fois en 1974, au Théâtre de la Ville). En 1975, il est nommé à la tête du Théâtre national de Strasbourg , où il monte "Germinal" , "Le Misanthrope" , des pièces de Sean O'Casey , des créations de Michel Deutsch et de Bernard Chartreux. En 1983, il est nommé administrateur de la Comédie-Française , il y reste trois ans, et y déclenche des controverses, en paticulier autour de la création de "Félicité" de Jean Audureau (il y avait alors dix-sept ans qu'aucune oeuvre contemporaine n'était entrée au répertoire du Théâtre-Français). En 1990, il succédera à Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers de Nanterre , et y montera Sophocle , Molière, Musset , ainsi que Woyzeck de Georg Büchner ...

Strelhlerien? brechtien? postbrechtien? - le metteur en scène qu'il est s'interroge sur le rapport du théâtre à l'Histoire, où la distanciation, chez lui, prend souvent l'aspect de l'ironie (comme dans "Le Palais de justice ", de Bernard Chartreux , où il se moquait de la justice en la donnant à voir).

Dan son encyclopédie "La Scène moderne" (Actes Sud), Giovanni Lista dit de Jean-Pierre Vincent qu'il se montre plus préoccupé "par des questions de signification que par l'aspect visuel, la magie ou la magnificence du théâtre."

La signification : "Quelqu'un, vous ou moi, s'avance et dit : je voudrais apprendre à vivre enfin ", entendait-on, d'entrée de jeu, dans sa mise en scène de la pièce "Karl Marx. Théâtre inédit ", au Théâtre des Amandiers, en 1997, qui partait du grand livre de Jacques Derrida , "Spectres de Marx" (Galilée).

  • "En attendant Godot" : c'est avec Beckett - et avec cette pièce en particulier, sur l'anti-héros Godot - que Jean-Pierre Vincent a passé l'année 2015...En effet, il a créé le spectacle à Marseille (théâtre du Gymnase), en avril dernier, et il l'achève aujourd'hui, 27 décembre, au Théâtre des Bouffes du Nord* , à Paris.

Absurde, cette pièce, comme toutes les pièces de Beckett, non par absence de tout sens mais parce qu'elles mettent le sens en question et en développent l'histoire..."L'art est aujourd'hui capable d'accomplir cela; par la négation conséquente du sens, il rend justice aux postulats qui constituaient jadis le sens des oeuvres" , disait le philosophe Adorno dans sa "Théorie esthétique" (Klincksieck).

Vladimir et Estragon restent "les gardiens du concept de sens dans une situation manifestement absurde" , dit encore Gunther Anders dans l'analyse de cette pièce qu'il fait dans son ouvrage "L'obsolescence de l'homme" (Editions de L'Encyclopédie des Nuisances), que Jean-Pierre Vincent a lu de près...

"Le réconfort des hommes est plus important que la signification de leurs actes, et ce n'est pas le métaphysicien qui peut avoir le dernier mot, mais seulement l'ami de l'homme" dit Anders. ..

Samuel Beckett
Samuel Beckett

Le deuxième volume de la correspondance de Samuel Beckett vient de paraître aux éditions Gallimard : "Les années Godot", des lettres des années 1941-1956.

Le 23 janvier 1952, Beckett écrivait ainsi à Michel Polac : "Vous me demandez mes idées sur "En attendant Godot", dont vous me faites l'honneur de donner des extraits au Club d'Essai, et en même temps mes idées sur le théâtre.

Je n'ai pas d'idées sur le théâtre. Je n'y connais rien. Je n'y vais pas. C'es admissible.

Ce qui l'est sans doute moins, c'est d'abord, dans ces conditions, d'écrire une pièce, et ensuite, l'ayant fait, de ne pas avoir d'idées sur elle non plus.

C'est malheureusement mon cas.

Il n'est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s'ouvre sur la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce.

Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention.

Je ne sais pas dans quel esprit je l'ai écrit (e).

Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu'ils disent, ce qu'ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j'ai dû indiquer le peu que j'ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple.

Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas s'il existe. Et je ne sais pas s'ils y croient ou non, les deux qui l'attendent.

Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie.

Tout ce que j'ai pu savoir, je l'ai montré. Ce n'est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serais contenté de moins.

Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les Esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible.

Je n'y suis plus et je n'y serai plus jamais. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n'ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Qu'ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes."

"Malheur au pays qui a besoin de héros." B. Brecht "La Vie de Galilée"

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