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"Macbeth" de William Shakespeare, mise en sène Stéphane Braunschweig, traduction Daniel Loayza, actuellement à l'affiche de l'Odéon - Théâtre de l'Europe

La barbarie

30 min
À retrouver dans l'émission

Ouvrons notre encyclopédie mouvante du théâtre à la page "barbarie". Que font les barbares au théâtre ? Qu’ont-ils à nous dire ? Nous font-ils du bien ou du mal ? La question, d'abord ancrée dans l'Antiquité, se pose toujours sur nos scènes contemporaines. Pleins feux sur une figure de l'altérité...

"Macbeth" de William Shakespeare, mise en sène Stéphane Braunschweig, traduction Daniel Loayza, actuellement à l'affiche de l'Odéon - Théâtre de l'Europe
"Macbeth" de William Shakespeare, mise en sène Stéphane Braunschweig, traduction Daniel Loayza, actuellement à l'affiche de l'Odéon - Théâtre de l'Europe Crédits : © Elizabeth Carecchio (photo de répétition)

... une figure éclairante, s'il en est. Le  théâtre n’a pas l’apanage de l’humain qui devient inhumain. Les  peintres, les écrivains, les cinéastes eux aussi se font les puissants  portraitistes du meurtrier, de l’assassin, du violeur, du fasciste. Pour s’inspirer,  ces artistes n’ont qu’à tourner leurs regards vers la réalité. Elle  regorge malheureusement de modèles. Mais le théâtre a, lui, une longueur  d’avance qui le distingue et qui le rend unique. Il puise dans le monde contemporain mais peut aussi, parce qu’il est  représentation vivante et dans le temps présent, ressusciter l’histoire.  Une histoire qui démarre dans l’arrière pays antique. Le barbare à  visage humain est un pilier du théâtre. Et ce, depuis toujours. Le spectacle serait cet art qui écoute rugir la bête dans la  jungle.... Mais laquelle, exactement ? Quel miroir nous tend t-il, cet autre ?

Avec Daniel Loayza, agrégé de lettres classiques, dramaturge, traducteur d’Eschyle, Sophocle, Shakespeare, également conseiller artistique au Théâtre de l’Odéon depuis plus de vingt ans. Plusieurs  spectacles créés en ce début 2018 convoquent la notion de barbarie, peut-être consubstantielle au théâtre : Macbeth (Stéphane Braunschweig, au Théâtre de l’Odéon), Tertullien (Patrick Pineau, au Théâtre de Poche Montparnasse), Les Bacchantes (Bernard Sobel, au Théâtre de l’Epée de Bois), ou encore 1993 (Julien Gosselin, au T2G)... Cette actualité multiple est l’occasion de se poser la question de la prégnance toute contemporaine de cette notion à l’épreuve des textes comme du plateau, présente dès les prémisses avec la tragédie gréco-latine. 

Le regard éclairé de notre invité, en tant que traducteur, spectateur, mais aussi en tant que dramaturge au carrefour du texte et de la scène, nous aide à appréhender un terme galvaudé : parce qu’il est son miroir, on oppose d’emblée la barbarie à la “civilisation” sans forcément prendre le temps de creuser plus avant ses sens profonds, complexes, humains : cathartique, philosophique, psychanalytique, politique...

Les grecs ont été les premiers à regarder les barbares dans les yeux. [...] Le barbare est celui qui habite loin, qui n'a pas notre culture ni notre langue ; c'est, à la limite, notre inverse. C'est aussi celui, comme Dionysos - divinité du théâtre d'ailleurs - qui n'est pas vraiment un homme : il est trop féminin pour être tout à fait un Dieu. Dionysos libère de toutes les identités arrêtées : il est une menace pour l'ordre établi, délimité. Sa féminité, dans un corps masculin, laisse à penser que les grecs voient en lui une figure de l'entre-deux.

Le barbare permet d'ébranler le modèle du citoyen grec : masculin, roi, guerrier. [...] Une cité qui s’arque-boute sur le principe de l'altérité se retourne contre elle-même. Voici la leçon d'Euripide.

Le théâtre grec, dans un premier temps, nous montre le sang. La "catharsis", c'est en grec le simple fait de s'en laver, de s'en nettoyer. C'est seulement comme une lessive, en fait. C'est ensuite Aristote qui, le premier, dote ce mot du sens qu'on lui connaît. 

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