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"La maladie de la mort" de Marguerite Duras (1982) mis en scène par Katie Mitchell (2018) avec Irène Jacob (à gauche)

L’intériorité

29 min
À retrouver dans l'émission

Ouvrons le chapitre "intérieur" de notre encyclopédie théâtrale en mouvement. Pour creuser et démystifier une notion telle que l'intériorité, notre micro s'ouvre à Irène Jacob. Partant de son rapport à l'intériorité, comme actrice et comme femme, sondons l'épaisseur de nos êtres (en représentation).

"La maladie de la mort" de Marguerite Duras (1982) mis en scène par Katie Mitchell (2018) avec Irène Jacob (à gauche)
"La maladie de la mort" de Marguerite Duras (1982) mis en scène par Katie Mitchell (2018) avec Irène Jacob (à gauche) Crédits : Stephen Cummiskey

Si dans la vie quotidienne notre monde intérieur est en contact permanent avec le monde extérieur (notre environnement, nos relations aux autres), force est de constater qu'au théâtre aussi, cette circulation entre la vie intérieure du comédien et la vie intrinsèque du plateau d'une part, et la vie extérieure d'autre part, doit s'opérer pour que la rencontre entre scène ait salle ait lieu : deux espaces qu'ils s'agit de faire interagir, sans quoi le spectacle vivant n'advient pas... De se sentir vivant et de sentir les autres autour vivants aussi, notre invitée parle à merveille. Rencontre, entre le dedans et le dehors, avec une actrice filmée par Jacques Rivette, Krzysztof Kieślowski, Claude Lelouch, Paul Auster et d'autres, et en ce moment sur les planches.

Avec Irène Jacob, comédienne, actuellement à l’affiche de La maladie de la mort de Marguerite Duras, mis en scène par Katie Mitchell, au théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 03 février avant une tournée (Luxembourg, Grenoble, Douai-Arras, Suisse, Marseille...).

Nous invitons l’actrice à réfléchir depuis un mot, qui au-delà des notions d’intimité,  de psychologie, de secret, donne accès à une complexité humaine : “l’intériorité”, à l’épreuve du plateau de théâtre. Pour se détacher de l’opacité à laquelle renvoie cette idée pourtant éprouvée par tous, à la ville comme à la scène, nous tenterons de démêler ce qu’elle raconte pour Irène Jacob, actrice qui travaille davantage pour des cinéastes que pour des metteurs en scène : la quête et le travail mis en œuvre pour y accéder ; ce que ce travail implique de silence, de ressource, d'introspection ; le recours que cela suppose à ses propres émotions et à sa propre vie ; les liens entre l’acteur et le personnage ; le rôle qu'ont joué les cinéastes dans cette affaire-là... Et aussi, l'exercice de la lecture ou de la narration pure - comme dans La Maladie de la mort, dans lequel elle incarne la voix feutrée du narrateur, émise depuis une cabine téléphonique - exercice auquel Irène se prête volontiers et qui est, sans doute, le summum de l'intériorité…  

Les voix de Marguerite Duras sur l'écriture, de l’anthropologue David le Breton sur le silence et sur la peau, de Jean Louis Trintignant sur le cinéma de Kieslowksi, etc. jalonneront ce tête-à-tête.

Comme comédien, on joue sans cesse avec cette espèce de tension intérieure qu'est la vie.

L'intériorité, c'est ce monde à l'intérieur de chacun, propre à chacun. Bien sûr, il y a des échanges, il y a la relation aux autres. "Le théâtre, c'est de la relation", dit d'ailleurs toujours Katie Mitchell. Cet espace intérieur propre, c'est donc un espace stimulé, un espace renouvelé, comme un jardin intérieur à nourrir chaque jour pour ne pas qu'il se fâne ou qu'il s'assèche. 

Et avoir peur de l'intériorité ?

En avoir peur, c'est ne pas être tourné vers la vie. Car l'intérieur permet la relation aux autres, à l’environnement : il s'agit de les faire circuler dans l'espace. Au théâtre, cela signifie s'approcher du personnage en créant une relation forte avec les objets, avec le plan, avec les autres corps... Mais pas de charger le personnage, pas de le psychologiser.

Alors comment travailler à cette relation, sur scène ?

L'imaginaire vient nous proposer, toujours, plein d'images. Sans qu'on s'y attende. Arriver à aller dans une concentration pour se rassembler autour de ce flux d'images et de mots qui se présente à nous, c'est ça, se connecter à son intériorité.

... Ou comment faire l'expérience d'une forme de déprise, pour appréhender cet imaginaire et composer avec un rôle, et de manière plus vaste composer une vie :

En italien, à un acteur qui va monter sur scène, on dit "Dans la gueule du loup, que meure le loup". C'est l'équivalent de "merde" prononcé en français. Les anglais disent "Break a leg"... Il faut faire ce geste de se laisser aller à l'inconnu, pour être juste. Une sorte d'état de grâce dans lequel plonge l'exercice de l'acteur, quand ça marche ! ça n'arrive pas toujours, mais ça arrive.

Intervenants
  • Comédienne, "La double vie de Véronique", "Rouge" et écrivaine
L'équipe
Production
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