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"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière)

Matières premières

31 min
À retrouver dans l'émission

Ouvrons un chapitre tout matériel, de notre encyclopédie théâtrale vivante. De la vie, organique et mécanique, nos invités l'agitent volontiers au plateau. Quand les "matières" sont autant actrices que les comédiens : pierres, métal, et même... vase. Théâtre joyeux en milieu instable, jusqu'à 16H.

"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière)
"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière) Crédits : Jean-Pierre Estournet

Avec Pierre Meunier, comédien, metteur en scène, et Marguerite Bordat, plasticienne et scénographe. Ils signent ensemble La Vase, une pièce créée en novembre 2017 et présentée du 8 au 18 janvier au Théâtre de la Ville Abbesses.L’occasion de revenir plus largement sur l’intérêt que la scène porte aux matières organiques et concrètes. Car le travail de La Belle Meunière, compagnie montée par Pierre Meunier en 1992, se fonde sur la relation que les hommes entretiennent avec la matière : le métal, les minéraux, la terre, le bois, la pierre, le caoutchouc… C’est au tour de la vase de faire l’objet d’une préoccupation (méta)physique. Matière brute, molle et visqueuse, elle permet au duo de plonger dans l’informe et l’instable, poursuivant l’invention d’un théâtre "visco-élastique" où se rejoue chaque soir l’expérience joyeuse et infinie de ce qui nous relie à la matière la plus déconsidérée. 

Quand le théâtre, art du temps autant que de l’espace, se réjouit de ses propres attractions terrestres, que raconte-t-il du monde ? Explorateur enjoué, Pierre Meunier pose depuis longtemps un regard neuf sur les objets in(animés) sans les hiérarchiser, car tous font vivre le monde comme la scène ; son cabinet de curiosités tient du garage autant que de la nature en chantier (vents, eaux, marécages...). Plongeons-y, pour explorer le rapport du spectacle vivant à certaines matières, pas toujours abordées avec attention...

"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière)
"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière) Crédits : Jean-Pierre Estournet

L'art du théâtre répond t-il à des lois naturelles, organiques, physiques ? Si oui, pourquoi s'est-il réfugié dans des boîtes noires, salles fermées, loin des arbres et du vent ? La grande affaire de Pierre Meunier, à la vie comme à la scène, est la pesanteur :

La pesanteur est un défi à mettre en oeuvre dès que je me lève, après avoir réparé les forces de la veille. [...] Elle affecte nos vies sur tous les plans : physique, amoureux, politique, cosmique, poétique, artistique...

Comme lui, Marguerite Bordat trouve sur scène un espace où peut s'expérimenter la pesanteur, la nôtre propre et celle du monde :

L'endroit du théâtre est formidable pour lutter, pour rentrer dans une espèce de danse avec la pesanteur. [...] Un objet que l'on affectionne particulièrement, avec Pierre, c'est la poulie. Objet presque pré-historique, la poulie permet de soulever les poids, de défier le poids... C'est notre partenaire.

Son compagnon de scène voit dans le spectacle le prolongement d'un mouvement qui précède l'art, une séparation entre deux pôles qu'il s'agirait selon lui de renouer :

Le théâtre suit le chemin de la société, qui n'a pas cessé de creuser l'écart entre l'homme et la matière, son environnement liquide, solide, etc. [...] Tout mon travail part d'un éprouvé très réel, concret, face à cette présence pleine du matériau. C'est un face à face de présences (face à un bloc d'acier, à l'effet d'un marécage, à un tas de pierres) qui déclenche une question : que peut-il se passer entre ces matières et nous ?

"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière)
"La vase" co-écrit par Pierre Meunier et Marguerite Bordat (La Belle Meunière) Crédits : Jean-Pierre Estournet

Il faut "dé-nombriliser" le théâtre. La vase, par exemple, nous met  face à une puissance d'oubli qui fait très peur, et qui explique sans doute notre dégoût vis-à-vis d'elle. Or la matière est au centre, pas l'homme. [...] Il s'agit d'un désir de porosité, plus que de métamorphose : profiter, c'est-à-dire tirer profit, de cette puissance là. [...] Le risque de se faire submerger est actuel et partout : la vase parle aussi de ça, de notre perte de contrôle, qui peut être totale.

Un constat que partage sa partenaire :

Sur scène, la matière est tout à fait hasardeuse. Pour l'acteur, c'est nouveau et incertain chaque soir. C'est ça qui nous intéresse beaucoup : c'est la matière qui opère la seule vraie direction d'acteurs. On ne peut pas tricher avec cette matière là !

... et un rêve, de Pierre, avec une question :

Ce qui m'excite et me fait rêver, c'est la confrontation de l'homme avec l'instabilité du vivant. Ce qui me manque, face à une partition théâtrale figée, c'est une mise en danger ; ça me paraît artificiel. [...] Pourquoi est-ce qu'on est à ce point incapables de croire à cet imaginaire là, qui consiste à regarder les objets, la nature, par exemple un tas de pierres prêtes à chuter, et d'établir une relation amoureuse avec ces éléments ? Établir cette relation, c'est établir un réconfort... Sans ça, on est foutus ! [...] Il s'agit de créer les conditions d'une rêverie de grande ampleur.

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