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Michel Vinaver, le 13 octobre 2015.

Michel Vinaver : "Il y a chez moi comme une sorte de recul devant l'homogénéité dans un récit"

30 min
À retrouver dans l'émission

Joëlle Gayot reçoit Michel Vinaver à l'occasion de la mise en scène de sa pièce "Bettencourt Boulevard ou une histoire de France".

Michel Vinaver, le 13 octobre 2015.
Michel Vinaver, le 13 octobre 2015. Crédits : Eric Feferberg - AFP

Joëlle Gayot  reçoit Michel Vinaver,  à l'occasion de la mise en scène - par Christian Schiaretti  - de sa pièce "Bettencourt Boulevard ou une histoire de France" , au Théâtre National de la Colline, du 20 janvier au 14 février 2016…

Avec ce texte, écrit à même la réalité et l’actualité, Michel Vinaver frappe un grand coup. Un coup qui résonne au-delà des salles de théâtre, un coup dont l’écho est politique, poétique, intime et public. Dans cette pièce, chaque protagoniste porte son nom véritable. On voit ainsi apparaître Liliane Bettencourt, sa fille Françoise Meyer, mais encore François-Marie Banier, Nicolas Sarkozy, Patrice de Maistre ou encore Eric Woerth. Rien n’est masqué. Nous savons avec clarté qui nous fait face. Devant nous, se joue une comédie du pouvoir qui est aussi une tragédie amoureuse. Sous la plume de Michel Vinaver, l’affaire Bettencourt devient une histoire de France.

En vérité, c’est un coup de maître qu’accomplit là cet auteur qui n’est jamais passé à côté de ses contemporains. Qu’il s’agisse de la guerre de Corée, des attentats du 11 septembre 2001, des ravages opérés dans la société par le libéralisme ou de l’impact de l’économie au cœur même de nos vies privées, Michel Vinaver a toujours été à l’affut des mouvements qui font que le monde oscille jusqu’à, parfois, basculer sur lui-même. Dans ses textes, on croise le plus souvent des héros ordinaires, on entend des paroles simples, ramenées à l’essentiel. Il ne recourt ni au lyrisme, ni au spectaculaire. Son écriture trouble la surface du réel pour en révéler les aspérités et les accrocs. Elle se refuse à l’amalgame, aux thèses toutes faites, aux jugements en surplomb. L’écrivain regarde vivre ses personnages. Les regarder vivre, ça veut dire également les entrechoquer, tous, grands et petits, femmes et hommes, riches et pauvres.

Il y a du chaos là dedans, c’est vrai, mais c’est de ce chaos que nait la vie.

Il y a chez moi comme une sorte de recul devant l'homogénéité dans un récit. J'ai toujours été amené à des coupures et à des chocs entre différents éléments à la fois du récit mais aussi de la forme. Michel Vinaver

"Que la gaieté de l'art coïncide avec la plus grande cruauté et puisse rencontrer la plus grande douleur humaine, qu'elle soit loin aujourd'hui de susciter systématiquement et d'avoir même pour objet premier de susciter le rire des spectateurs, voilà ce dont témoigne dans le théâtre contemporain de nombreux textes dramatiques. Michel Vinaver, qui considère le comique moderne comme une "réponse au désespoir", ou plutôt, comme un "rebondissement à partir du désespoir", qualifie ainsi ses pièces de "comédies", parce que, dit-il, quelque chose dans ces textes est constamment décalé" , comme l'a expliqué Catherine Naugrette dans on ouvrage "Paysages dévastés. Le théâtre et le sens de l'humain"  (Editions Circé, 2004).

A propos de sa pièce "Les travaux et les jours"  (L'Arche, 1979), Michel Vinaver écrit lui-même :* "Quant au comique - qu'est-ce qui fonde le rire aujourd'hui? C'est peut-être une irrigation capillaire de la matière quotidienne par ce que j'appelle l'ironie, non pas un regard extérieur et, disons, satirique, mais une quantité de mini-décalages qui déstabilisent la banalité sans la dénaturer, qui simplement permettent à la sympathie d'y pénétrer."*  L'ironie dans toutes ses pièces du quotidien : "Les Huissiers" , "La Demande d'emploi" , " Dissident" , "Il va sans dire à Nina" , "Les Travaux et les jours" , "Les Voisins", ou encore "11 septembre 2001" , et aujourd'hui "Boulevard Bettencourt ou une histoire de France".. .

"Michel Vinaver, qui est maître en matière de micro-conflits, pratique (…) le sur-dialogue. Comme il le répète à l'envi, il part toujours du tout-venant , de l'ordinaire, du plus banal du langage quotidien. Ce matériau pléthorique - qui se présente comme une vaste récolte des échanges verbaux sur les lieux de la vie familiale ou, très souvent, sur le lieu de travail et au sein de l'entreprise -, l'auteur le traite comme un dialogue-matériau  à partir duquel il élabore, dans un processus de montage extrêmement raffiné, un sur-dialogue parfaitement orchestré. C'est ainsi que la pléthore langagière se transforme en rareté. Que ce qui était a priori  amorphe, insignifiant devient dynamique et accède à des bouts de sens ." Jean-Pierre Sarrazac  "Poétique du drame moderne"  (Seuil)

"On ne répétera jamais assez que l'art est une affaire de forme et non de contenu."  (Jean Dubuffet , in "Céline Pilote" )

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