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Olivier Py joue Miss Knife, son double féminin, "Les premiers adieux de Miss Knife"

“Tous les spectacles parlent du genre”

30 min
À retrouver dans l'émission

Ouvrons aujourd'hui deux pages conjointes de notre encyclopédie mouvante du théâtre : le masculin et le féminin. Mouvantes, ces catégories le sont aussi, dans la vie, sur scène. Notre invité, chercheur, éclaire des pièces qui réfléchissent ce souci du genre : elles le reflètent et elles le pensent.

Olivier Py joue Miss Knife, son double féminin, "Les premiers adieux de Miss Knife"
Olivier Py joue Miss Knife, son double féminin, "Les premiers adieux de Miss Knife" Crédits : Rebecca Greenfield / Opus 64

Alors qu’Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, a fait l’an passé une annonce officielle pour dire qu’en 2018, “le Festival explorera le genre, la transidentité, la transsexualité”, demandons-nous ce que cela signifie : le théâtre, un art trans par excellence ? Il est sans doute temps en effet, que le Festival, et au delà de lui, le théâtre du XXIème siècle, se mette au diapason de la société contemporaine.

Avec Thomas Cepitelli, docteur en Littérature comparée, chercheur indépendant. Après avoir enseigné à l’Université Paris III - Sorbonne Nouvelle et dans la section "Théâtre" du département des Arts (Université Sophia Antipolis, à Nice), il enseigne désormais en collège (Nice). Il est spécialiste en sociologie de la réception des œuvres théâtrale, des représentations des minorités (sexuelles, racisées) au théâtre, des Queer studies, études gays et lesbiennes au croisement des arts de la scène. Sa thèse, soutenue en 2015, portait sur l'interprétation par les publics des rôles de l'homosexuel masculin dans le théâtre en France au XXème siècle. 

Sa connaissance des questions englobées sous le terme galvaudé de “genre”, terme qui renvoie pourtant à une réalité vécue par tous, il l’applique au champ du spectacle vivant. Spectateur aguerri, il analyse avec nous la façon dont selon lui “tous les spectacles parlent du genre”. Dès lors que le masculin et le féminin sont l’objet d’une partition sociale, symbolique, politique, ces catégories et leurs porosités sont sur scène un souci autant que dans nos vies, qu’il s’agit de considérer, d’embrasser dans toute leurs complexités. A la lumière d’exemples, textes et mises en scène dont la plupart datent de ces dernières années jusqu’à tout récemment, il nous aide à qualifier et à regarder ces œuvres qui font la part belle à ces questionnements, fondamentaux, qui nous concernent tous.

Avec les voix (INA) de Fanny Ardent, Olivier Py, Phia Ménard...

  • Aller plus loin : lire l'article passionnant Quand le récit ne dit pas : l'indétectable. Thomas Cepitelli y analyse l'invisibilisation du personnage de l'homosexuel masculin dans le théâtre, à partir de trois œuvres dramatiques françaises du XXème siècle (Un Taciturne de Roger Martin du Gard ; La Cage aux Folles de Jean Poiret ; Les Œufs de l’Autruche d’André Roussin).

A la question de savoir ce que seraient le masculin et le féminin, Thomas Cepitelli leur formule un ennemi commun, depuis lequel brancher les luttes - qu'il s'agisse de lutter pour meilleure visibilité et égalité des femmes, des hommes, des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles, l'enjeu est d’œuvrer à la reconnaissance d'une coexistence possible de ces catégories chez une même personne : 

L'ennemi commun, c'est la domination masculine. [...] Ce que la société dit du théâtre, dit quelque chose de la société [...] Par exemple dans "La cage aux folles", le duo masculin- féminin permet absolument d'anesthésier le fait qu'on est face à un couple de garçons, qui élèvent un enfant. Je suis un grand défenseur de cette pièce, car il est exceptionnel de trouver un spectacle qui raconte ceci, et qui remplit des salles entières.

Il y a trente ans, en créant son personnage de Miss Knife, Py fait un geste que redécouvre la scène contemporaine maintenant : c'est de dire qu'il se situe entre les deux - entre le masculin et le féminin. Il dit que les frontières sont poreuses.

L'intérêt porté par la sphère publique à des artistes ayant opéré une transition pour faire correspondre leur sexe biologique à leur identité de genre - occasion pour notre invité de nous rappeler qu'un mot existe pour qualifier les personnes pour qui le genre vécu correspond au sexe assigné à la naissance : "cisgenre" s'oppose ici à "transgenre" - lui fait mesurer l’ambiguïté d'une question en pleine mutation :

Je trouve dommageable qu'une artiste comme Phia Ménard, lors de nombreuses rencontres avec les publics à l'issue de représentations, se voit systématiquement poser des questions sur sa transition. Alors que je trouve ses pièces, en elles-mêmes, remarquables et bouleversantes, d'un point de vue scénique. C'est vrai que, souvent, la question de société occulte la question artistique... En même temps, cela prouve que les publics sont profondément intéressés par cette question de société, fondamentale.

Méfions-nous en effet de ne pas poser une grille transidentitaire ou transsexuelle sur certaines pièces, au prétexte que leurs auteurs sont homosexuels ou transsexuels.

Car toujours, le souci de l'autre est plein et entier, dans le rapport aux œuvres :

Produire des spectacles, les jouer, aller en voir, ça reste un acte militant, parce que ça nous confronte à l'altérité.

Intervenants
  • docteur en Littérature comparée, chercheur indépendant, enseignant
L'équipe
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